Retour sur l'histoire complexe des relations sino-américaines, du siècle d'humiliation chinois à la rivalité actuelle entre Pékin et Washington.
Key Takeaways
- La rivalité actuelle s'enracine dans un siècle d'humiliation subi par la Chine face aux puissances occidentales
- Les États-Unis ont défendu leurs intérêts commerciaux en Chine tout en se présentant comme des alliés, ce que Pékin n'a jamais oublié
- Le rapprochement sino-américain des années 1970-1980 a permis l'essor économique chinois, dont découle la rivalité actuelle
- Les désillusions répétées (Tian'anmen, durcissement du pouvoir sous Xi Jinping) ont alimenté la méfiance mutuelle
What the video covers
- Ouverture sur la rencontre Trump-Xi Jinping à Pékin en mai 2026 et la question de la rivalité sino-américaine
- Le siècle d'humiliation chinois : guerres de l'opium (1839-1860) et traités inégaux imposés par les puissances occidentales
- Naissance de l'impérialisme américain : annexion d'Hawaï, des Philippines et de Guam après la guerre contre l'Espagne en 1898
- La politique de la « porte ouverte » de John Hay en 1899 et l'hypocrisie perçue par les Chinois
- La révolte des Boxers (1899-1901) réprimée par une coalition incluant 4 000 soldats américains
- La révolution de 1911, la proclamation de la République et les illusions américaines sur Sun Yat-sen
- La guerre civile chinoise entre nationalistes du Kuomintang et communistes, et l'ascension de Mao Zedong
- L'Amérique face au Japon : soutien à Tchang Kaï-chek, attaque de Pearl Harbor et entrée en guerre des États-Unis
- La proclamation de la République populaire en 1949, la guerre de Corée et la rupture sino-soviétique
- Le rapprochement sous Nixon, la réforme de Deng Xiaoping, Tian'anmen en 1989 et la montée des tensions au XXIe siècle
Chapters
- 00:00Introduction : la rivalité Chine-États-Unis
- 03:23Chapitre I : Le siècle d'humiliation
- 09:51Chapitre II : L'Amérique et la Chine républicaine
- 19:50La guerre civile et l'ascension de Mao
- 30:00La guerre du Pacifique et la victoire communiste
- 40:00La guerre froide, la Corée et la rupture sino-soviétique
- 50:00La Révolution culturelle et l'ONU
- 60:00Deng Xiaoping, Tian'anmen et la montée des tensions
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Speaker A
Pékin, mai 2026. Dans le décor parfaitement millimétré du Palais du Peuple, deux hommes se font face. D’un côté, Donald Trump, président des États-Unis, à la tête de la première puissance militaire de la planète.
Speaker A
De l’autre, Xi Jinping, maître absolu d’une Chine qui est devenue en quelques décennies la deuxième économie mondiale. C’est désormais indéniable : la rivalité entre la Chine et les États-Unis va façonner le XXIe siècle.
Speaker A
Mais du coup, j’ai voulu comprendre comment on en était arrivé là. Comment, d’un côté, une jeune nation devenue superpuissance après la Seconde Guerre mondiale, et de l’autre, un vieux pays humilié par les puissances étrangères, ravagé par un demi-siècle de guerres puis refermé sur lui-même sous une dictature communiste,
Speaker A
ont-ils fini par devenir les deux grands rivaux de notre temps ? L’Amérique et la Chine ont-elles toujours été des adversaires ? Ou bien leur histoire est-elle bien plus complexe… Car en préparant cette vidéo, j’ai découvert une chose assez folle : les États-Unis ont
Speaker A
peut-être aidé, sans le vouloir, à faire émerger le rival qu’ils redoutent aujourd’hui le plus.
Speaker A
Pour comprendre la rivalité entre la Chine et les États-Unis, il faut remonter bien avant Trump, Xi Jinping, Taïwan et même Mao. Car les ennuis commencent dès le XIXe siècle, avec ce que les Chinois appellent le “siècle de l’humiliation”.
Speaker A
➡️ CHAPITRE I : Le siècle d’humiliation Notre histoire débute par deux nations que tout semble opposer.
Speaker A
Au XIXe siècle, les États-Unis sont encore une jeune nation tout juste sortie d’une guerre d’indépendance remportée contre la couronne britannique en 1783.
Speaker A
La Chine quant à elle, est un vieil empire millénaire où règne depuis 1644 la dynastie des Qing.
Speaker A
Mais voilà, le vieux monde des Qing est en train de changer… L’Asie entière doit faire face à un Occident conquérant, qui impose sa domination à coups de canons et de traités inégaux.
Speaker A
Les Chinois en font les frais lors des guerres de l’opium menées entre 1839 et 1860 par l’armée britannique.
Speaker A
Rapidement vaincus, les Qing doivent signer des traités qui ouvrent leurs ports aux étrangers et qui leur donnent de gros avantages économiques.
Speaker A
Sans être une colonisation à proprement parler, la Chine se retrouve donc totalement soumise aux intérêts étrangers, surtout des anglais, des français, des allemands, des Russes et même japonais.
Speaker A
C’est le début de ce que les Chinois vont appeler le siècle de l’humiliation qui, assez naturellement, va créer un petit ressentiment envers l’Occident.
Speaker A
Et ça, c’est important à garder en tête pour la suite… Bon, et dans tout ça, ils font quoi les États-Unis ? Eh bien, disons que l’ouverture soudaine d’un marché de 400 millions de personnes, le plus grand au monde
Speaker A
à l’époque, fait frétiller la grande puissance capitaliste en devenir que sont les États-Unis. Car à ce moment, le pays est en plein essor !
Speaker A
La conquête de l’Ouest est pratiquement achevée. Le pays dispose d’un territoire immense, de ressources colossales et d’une industrie en pleine expansion !
Speaker A
Et surtout, sa côte ouest lui ouvre les portes du Pacifique et donc naturellement de l’Asie.
Speaker A
C’est la naissance de l’impérialisme américain. En 1898, ils annexent Hawaï et mettent la main sur Guam et sur les Philippines après une guerre avec l’Espagne.
Speaker A
Et la prochaine étape naturellement, c’est la Chine avec qui les Américains entendent bien faire des affaires.
Speaker A
Sauf que problème, on l’a vu : à la fin du XIXᵉ siècle, la Chine est en train d’être littéralement dépecée par les puissances coloniales. Zones d’influence, ports contrôlés par les Européens, privilèges commerciaux… le territoire chinois ressemble à un
Speaker A
gâteau que tout le monde se partage. Pour éviter d’être exclu du festin, le secrétaire d’État américain John Hay formule en 1899 la fameuse politique de la “porte ouverte”.
Speaker A
Pour faire simple : Officiellement, les États-Unis défendent “l’intégrité territoriale” de la Chine et affirment que tous les pays doivent pouvoir y commercer librement.
Speaker A
En clair : pas question de coloniser la Chine comme l’Afrique… mais pas question non plus que les Européens et les Japonais gardent tout le marché pour eux.
Speaker A
Sur le papier, ça ressemble à un discours très noble. Mais les Chinois, eux, ne sont pas dupes. Derrière les beaux discours sur le libre commerce, ils voient surtout des étrangers qui s’installent partout, imposent leurs lois, exploitent leurs ressources et cherchent à convertir la population au christianisme.
Speaker A
Résultat, en 1899, cette colère explose avec la révolte des Boxers. Des groupes de Chinois, encouragés par une partie du pouvoir impérial, s’en prennent violemment aux étrangers.
Speaker A
La révolte des Boxers est réprimée dans le sang par une coalition de huit pays à laquelle participent les États-Unis avec près de 4 000 soldats.
Speaker A
Cette victoire assoit encore plus la domination occidentale sur la Chine des Qing. Les États-Unis aiment pourtant se présenter à ce moment‑là comme les “sauveurs de la Chine”.
Speaker A
Dans leur récit, ils auraient empêché la Chine d’être totalement démembrée par les empires européens et japonais. Mais dans les faits, ils ont surtout défendu leur propre accès au marché chinois.
Speaker A
Une hypocrisie encore plus flagrante quand on sait le sort réservé au même moment aux immigrés chinois aux États-Unis qui sont victimes de racisme, d’exclusion et qui sont forcés de vivre regroupés dans les chinatowns.
Speaker A
Une condescendance et un paternalisme que les dirigeants chinois n’oublieront jamais vraiment… À force d’humiliations, la colère monte dans la population.
Speaker A
L’empereur Guangxu tente des réformes, mais il est bloqué par les conservateurs. Le régime est épuisé. Il ne manque qu’une étincelle pour que tout s’écroule.
Speaker A
Tout part d’une révolte militaire qui éclate à Wuhan en octobre 1911. En quelques mois, l’empire millénaire s’effondre et en janvier 1912, la République est proclamée.
Speaker A
Pour les Américains c’est une excellente nouvelle ! Ils se disent que la Chine va enfin entrer dans la modernité, adopter un régime républicain inspiré de l’Occident, devenir une démocratie, et donc un partenaire idéal pour le commerce.
Speaker A
Le fondateur de la République chinoise, Sun Yat-Sen, est même comparé au premier président américain George Washington ! Sur le papier, c’est donc le scénario rêvé pour les intérêts américains en Asie. Sauf que la réalité est très différente.
Speaker A
Sun Yat‑sen est peu populaire et cette nouvelle République est très fragile. Et il ne faut pas attendre longtemps avant que le pays ne bascule dans la guerre civile.
Speaker A
Pendant 20 ans, des petites factions menées par des seigneurs de guerre et les nationalistes qui veulent réunifier la Chine vont s’entretuer. Les nationalistes, avec leur parti le Kuomintang, sont alors menés par un jeune militaire du nom de Tchang
Speaker A
Kaï-Chek qui a succédé à Sun Yat-Sen mort en 1925. Mais dans cette guerre civile, il y a un mouvement fondé en 1921: le Parti Communiste Chinois, dont un des membres va réussir à s’imposer à en prendre la tête pendant la guerre civile, un jeune fils d’agriculteur né en 1893 du nom de Mao Zedong.
Speaker A
Je passe rapidement sur la guerre civile car j’en ai déjà parlé plus en détails dans une autre vidéo sur “comment la Chine est devenue communiste”. Ce qu’il faut retenir, c’est que pendant que la Chine se déchire, les États-Unis se désintéressent progressivement de son
Speaker A
sort. Du moins… jusqu’à ce que leur principal rival en Asie décide de s’en mêler : le Japon.
Speaker A
➡️ CHAPITRE II : L’Amérique à la rescousse de la Chine Si le Japon a jusque-là échappé à l’emprise des occidentaux, c’est parce qu’il a compris à la fin du XIXe siècle que pour survivre il allait devoir jouer selon leur règle du jeu.
Speaker A
En quelques décennies, l’Empire du Soleil levant se modernise à marche forcée. Il passe d’un pays quasi féodal, fermé au monde, à une puissance industrielle et militaire redoutable.
Speaker A
En 1895, une première guerre oppose le Japon à la Chine. C’est une défaite humiliante pour les Chinois, qui doivent abandonner leur influence sur la Corée et céder une île qui va devenir centrale dans notre histoire : Taïwan.
Speaker A
Après une nouvelle victoire, cette fois contre la Russie en 1905, le Japon se transforme en une nation de plus en plus militariste et expansionniste.
Speaker A
Le 19 septembre 1931, il passe à l’offensive : l’armée japonaise envahit la Mandchourie, au nord de la Chine.
Speaker A
La Chine, toujours en pleine guerre civile, est incapable de résister efficacement. Pour les États-Unis, c’est un premier signal d’alarme en Asie : une puissance montante, le Japon, menace de contrôler tout le continent, y compris le gigantesque marché chinois.
Speaker A
Mais à Washington, on a d’autres soucis : la crise économique de 1929 a frappé de plein fouet, et l’opinion publique est très isolationniste. Les États-Unis protestent, mais n’agissent pas.
Speaker A
En mars 1933, le nouveau président américain Franklin Delano Roosevelt prend ses fonctions. Dans un premier temps, il préfère jouer à l'apaisement avec le Japon.
Speaker A
Mais en juillet 1937, tout bascule. Le Japon lance une invasion à grande échelle cette fois pour conquérir toute la Chine.
Speaker A
En quelques semaines, les troupes de Tchang Kaï-Chek sont décimées. Les Japonais s’emparent des grandes villes côtières et commettent des atrocités comme à Nankin où ils se livrent à un effroyable massacre qui fait entre 50 000 et 300 000 morts.
Speaker A
Pour éviter que la Chine toute entière ne soit engloutie, le Kuomintang et le Parti Communiste mettent leurs querelles de côté et forment une alliance.
Speaker A
Vu de Washington, la situation est catastrophique ! Si la Chine et ses ressources tombent entre les mains de Tokyo, le Japon pourrait devenir une puissance inarrêtable !
Speaker A
Malgré une opinion publique américaine toujours très isolationniste, Roosevelt se décide à la fin des années 30 à apporter au Kuomintang une aide clandestine.
Speaker A
En 1938, il envoie auprès de Tchang Kaï-Chek des armes, des munitions, de la nourriture et des conseillers militaires.
Speaker A
Une escadrille de pilotes volontaires américains appelée les Tigres Volants viennent combattre les japonais dans le ciel chinois.
Speaker A
Le tout alors que les États-Unis ne sont toujours pas officiellement en guerre avec le Japon. Mais tout bascule au matin du 7 décembre 1941. L’aviation japonaise attaque par surprise la base américaine de Pearl Harbor, à Hawaï. Le choc est immense. Le lendemain,
Speaker A
les États-Unis entrent officiellement dans la Seconde Guerre mondiale. La Chine intègre officiellement le camp des Alliés face à l’Axe.
Speaker A
Aux États-Unis, une intense propagande est mise en place pour convaincre la population américaine de la nécessité d’aider la Chine et pour reconnaître Tchang Kaï-Chek comme son leader légitime. Signe de son importance, Tchang Kaï-Chek participe à la conférence du Caire aux côtés de Roosevelt et de Churchill.
Speaker A
La femme de Tchang, Soong May-ling, est même invitée par le couple Roosevelt à Washington où elle tient un discours devant le Congrès américain le 18 février 1943.
Speaker A
Sur le papier, tout semble simple : l’Amérique aide Tchang Kaï-Chek, donc elle aide la Chine.
Speaker A
Les Américains pensent ainsi pouvoir une nouvelle fois sauver la Chine pour en faire après la guerre un allié de taille contre l’Union soviétique. Mais la suite va cruellement leur donner tort.
Speaker A
Car en vérité, les Américains comprennent mal la situation chinoise. Ils oublient qu’avant l’invasion japonaise, le pays était en pleine guerre civile.
Speaker A
C’est pourquoi s’ils pensent soutenir la Chine en aidant Tchang Kaï-Chek, ils ne font que soutenir qu’un seul camp, celui des nationalistes.
Speaker A
Et autant vous dire qu’ils ont clairement misé sur le mauvais cheval. Car derrière les belles images, le Kuomintang est totalement désorganisé et rongé par la corruption que Tchang Kaï-Chek a laissé proliférer. Au fil du temps, les relations entre Chinois
Speaker A
nationalistes et Américains se tendent de plus en plus. Sur le terrain, la situation est désastreuse. Les armées du Kuomintang sont coupées des routes de ravitaillements et ne reçoivent plus de munitions.
Speaker A
Une situation qui permet à Mao et aux communistes de reprendre l’avantage. Car eux aussi combattent le Japon, et eux aussi prétendent incarner l’avenir du pays.
Speaker A
Mais Washington préfère s’accrocher à Tchang Kaï-Chek sans voir qu’il est en train de perdre.
Speaker A
Ce qui sauve finalement les nationalistes, c’est qu’en parallèle, le cours de la guerre dans le Pacifique est en train de s’inverser.
Speaker A
Depuis la bataille de Midway, le Japon recule face aux américains. En août 1945, l’URSS déclare la guerre au Japon pendant qu’au même moment les Américains larguent deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Le 15 août, l’empereur Hirohito accepte la
Speaker A
capitulation du Japon, et la Seconde Guerre mondiale est terminée. À ce moment en Chine, c'est bien Tchang Kaï-Chek qui s'affiche fièrement comme le vainqueur des communistes et des japonais. La République de Chine fait même partie des tout premiers pays à signer la charte des Nations Unies ce qui lui permet d’avoir
Speaker A
son siège au conseil de sécurité aux côtés des autres vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.
Speaker A
Sauf que vous êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui ce ne sont pas vraiment les nationalistes qui dirigent en Chine. Alors c’est où que ça a mal tourné ?
Speaker A
Car en 1945, malgré les sourires, la situation en Chine est tout bonnement catastrophique. Depuis le début de la guerre civile puis de la guerre sino-japonaise c’est plusieurs dizaines de millions de chinois qui sont morts, des villes entières ont été rasées
Speaker A
et l’économie du pays est à genoux. Et dans tout ça, la rivalité entre nationalistes et communistes ne faiblit pas. Lorsque l’URSS se retire de Mandchourie, Mao en prend le contrôle et met la main sur un immense stock d’armes japonaises.
Speaker A
Pour tenter de calmer la situation, Harry Truman, le président américain qui a succédé à Roosevelt, envoie le général George Marshall pour renouer le dialogue entre communistes et nationalistes.
Speaker A
Sauf qu’il constate que c’est peine perdue, le Kuomintang ne réussit pas à relancer l' économie, est toujours aussi corrompu et refuse tout partage du pouvoir pendant que le Parti communiste campe sur ses positions, attendant bien sagement l’étincelle qui mettra le feu au poudre.
Speaker A
Sans grande surprise, la guerre civile finit par reprendre en novembre 1946. Pour la faire courte: c’est une boucherie pour les deux camps. Les communistes anéantissent les troupes nationalistes qui sont soit détruites soit désertent pour rejoindre les rangs du PCC.
Speaker A
Dans un chaos total, Tchang Kaï-Chek et ses derniers soutiens sont obligés de se replier sur l’île de Taïwan. A Beijing, le 1er octobre 1949, devant une foule immense, Mao Zedong proclame la République Populaire.
Speaker A
La Guerre civile qui déchire la Chine depuis presque un demi-siècle vient de s’achever… enfin pas tout à fait.
Speaker A
Car désormais ce sont deux Chines qui coexistent, d’un côté la Chine communiste et la Chine nationaliste réfugiée à Taïwan séparées par un détroit de seulement 130km.
Speaker A
Deux Chine irréconciliables. Et entre les deux, les États-Unis, grand vainqueur avec l’URSS de la seconde guerre mondiale, qui se revendiquent maintenant défenseur du monde libre face au péril communiste. la guerre froide a commencé.
Speaker A
Et avec un pays de plus de 500 millions d’habitants qui vient de basculer dans le camp communiste on se pose une question: Comment les États-Unis vont-ils réagir ? vont-ils relancer la guerre contre la Chine communiste au risque d’une confrontation directe avec Staline ?
Speaker A
Alors que l’Asie devient l’un des principaux champs de bataille de la Guerre Froide, c’est le début d’un long bras de fer entre Pékin et Washington.
Speaker A
➡️ CHAPITRE III: Le bras de fer Bon, face à ça, comment réagissent les Américains ?
Speaker A
Quand Tchang Kaï-Chek fuit à Taïwan et que Mao proclame la RPC, le président Truman refuse de reconnaître le gouvernement de Mao. Pour la Maison Blanche, la seule “vraie Chine”, c’est celle de Tchang Kaï-Chek et elle est à Taïwan !
Speaker A
Même s’il faut bien l’avouer que pour le moment, on ne sait pas trop quoi faire de lui et de son île… A Taïwan, Tchang Kaï-Chek instaure une dictature militaire qui fait la chasse aux communistes ou à tous ceux soupçonnés de l’être.
Speaker A
Quant à l’avènement de la Chine communiste et bien pour les Américains c’est avant tout énorme gâchis. Après tout l’argent dépensé pour l’aider contre les japonais, voir un type comme Mao prendre le pouvoir et aller serrer la main à Staline,
Speaker A
ça devait pas mal grincer des dents à Washington. Mais malgré l’inquiétude que suscite le fait que le pays le plus peuplé au monde bascule dans le camp communiste, les Américains ont à ce moment d’autres priorités. L’Europe est à reconstruire
Speaker A
et surtout le grand rival à ce moment c’est bel et bien l’Union Soviétique. L’Union soviétique qui obtient à son tour la bombe atomique en août 1949.
Speaker A
L’équilibre de la guerre froide vient de basculer une première fois. En conséquence, le 5 janvier 1950, le président Truman annonce que les États-Unis n'interviendront pas en cas de conflit entre la RPC et Taïwan, par peur d’une réaction de Staline.
Speaker A
Enfin ça, c’est jusqu’à ce qu’un tout petit évènement vienne totalement rebattre les cartes en Asie : la Guerre de Corée.
Speaker A
Pour poser rapidement le contexte : après l’occupation japonaise, la péninsule coréenne s'est retrouvée en 1948 coupée en deux avec au nord un État communiste et au sud un État libéral. Mais le 25 juin 1950, la Corée du Nord
Speaker A
envahit le Sud avec le soutien de l’URSS. En réponse, une coalition internationale des Nations unies se met en place à laquelle se joint les États-Unis mais aussi Taïwan.
Speaker A
Cette décision déclenche la colère de Mao qui menace d’envahir Taïwan. En conséquence, les États-Unis rompent avec leur stratégie de non intervention.
Speaker A
Pour protéger l’île, la 7e flotte américaine est déployée pour protéger Taïwan. Le général américain Douglas MacArthur qui dirige les forces de l’ONU en Corée, souhaite aller encore plus loin en proposant d’aider les nationalistes chinois à débarquer en Chine continentale. Face à cette menace, Mao décide de réagir
Speaker A
et d’apporter son soutien à la Corée du Nord avec l’envoi de plus d’un million de combattants chinois qui déferlent sur la Corée et ce malgré le risque d’escalade avec les États-Unis qui risque de compliquer la conquête de Taïwan.
Speaker A
C’est la première fois que des soldats chinois et américains s’affrontent directement. Après l’intervention chinoise qui sauve in-extremis les nord-coréens, la guerre s’enlise et personne ne réussit à prendre l’avantage.
Speaker A
Pour débloquer la situation, MacArthur propose en mars 1951 de lancer des bombes nucléaires sur la Chine, au risque de déclencher une guerre ouverte avec l’URSS.
Speaker A
Pour le président Truman c’est le dérapage de trop et MacArthur est relevé de ses fonctions.
Speaker A
Finalement la guerre de Corée dure jusqu’à un armistice signé le 27 juillet 1953 qui rétablit les frontières d’origine entre les deux corées Mais la fin de la guerre de Corée ne marque absolument pas la fin des tensions avec la Chine,
Speaker A
bien au contraire. Car au même moment une autre guerre fait rage. L’Indochine, une colonie française est aussi en proie à une guerre entre la France et le Viêt Minh, une rébellion communiste. Dans ce conflit, l’URSS et la Chine communiste
Speaker A
apportent leur soutien aux Viet Minh tandis que les français sont eux aussi très largement soutenus par les États-Unis. Mais malgré cette aide qui se compte en milliards de dollars, la Guerre d’Indochine est définitivement perdue par la France lorsqu’elle dépose les armes à la bataille Dien Bien Phu le 7 mai 1954.
Speaker A
Au même moment se tient à Genève une conférence qui doit justement régler la question de la Corée et de l’Indochine. Durant celle-ci, le représentant des États-Unis, le Secrétaire d’Etat John Foster Dulles humilie le représentant de la RPC, le ministre des affaires étrangères Zhou Enlai en refusant de lui serrer la main.
Speaker A
C’est une manière pour les Américains de rappeler qu’ils ne reconnaissent toujours pas la Chine communiste comme un interlocuteur légitime.
Speaker A
Bon, faut aussi le dire, les Américains ont un peu le seum. Car après la Corée et l’Indochine, c’est bien Mao le grand vainqueur. Il est désormais protégé à ses frontières par deux États communistes qu’il a aidé à vaincre deux des plus grandes puissances impérialistes.
Speaker A
Pour Eisenhower, le président américain qui vient de succéder à Truman, il faut désormais contenir à tout prix la menace communiste pour éviter qu’elle ne se propage au reste de l’Asie.
Speaker A
Puisqu’il est impossible de débarquer en Chine, Washington veut étouffer l’économie chinoise avec un embargo et isoler Beijing sur la scène politique.
Speaker A
En réponse, Mao frappe un grand coup. Fin 1954, il lance son armée à la conquête des petites îles qui entourent Taïwan qui restaient contrôlées par les nationalistes.
Speaker A
L’armée populaire de libération bombarde massivement les positions du Kuomintang. Mais la 7e flotte américaine finit par s’interposer ce qui force l’Armée Populaire à reculer. Pour sécuriser Taïwan, Eisenhower prend ensuite une décision radicale : positionner à Taïwan des armes nucléaires.
Speaker A
La pression se resserre sur Mao d’autant que dans le même temps son alliance avec l’Union Soviétique commence à se fissurer. Après la mort de Staline en 1953, le nouveau maître du Kremlin, Nikita Khrouchtchev, cherche à tourner la page du stalinisme.
Speaker A
En 1956, Khrouchtchev dénonce les crimes de son prédécesseur et défend, je cite, une “coexistence pacifique” avec les Occidentaux.
Speaker A
Mais pour Mao, ça, c’est une faute idéologique... Car derrière ce changement de cap, il voit surtout une URSS qui veut continuer à dicter sa loi au monde communiste tout en se montrant trop conciliante avec les Américains.
Speaker A
Isolée, la Chine se referme sur elle-même. Afin de reconstruire le pays après la guerre, Mao mène entre 1958 et 1960 sa politique du “grand bond en avant” qui doit moderniser le pays à marche forcée.
Speaker A
Sauf que rapidement, le “grand bond en avant” vire au désastre. En trois ans, les mauvaises récoltes, la baisse de la production, la pauvreté et les maladies auraient en tout provoqué la mort d’entre 10 et 30 millions de chinois.
Speaker A
D’après les rapports des services de renseignements américains, le régime de Mao est sur le point de s’effondrer sur lui-même, ce n’est plus qu’une question de temps.
Speaker A
Eh ben… j’espère pour eux qu’ils sont patients parce qu’aux dernières nouvelles la RPC existe toujours… Dans les années 60, toujours dans l’optique de freiner l’expansion du communisme en Asie, les Américains maintiennent une présence militaire importante sur le continent.
Speaker A
Au Vietnam, la guerre a repris. Et pour empêcher que le Sud libéral ne soit avalé par le Nord communiste, les États-Unis déploient massivement des troupes.
Speaker A
Dans ce contexte, Taïwan devient une véritable base arrière américaine. Les présidents Kennedy puis Johnson demandent à Tchang Kaï-Chek de se tenir tranquille pour ne pas mettre de l’huile sur le feu. D’autant qu’en pleine guerre du Vietnam, une nouvelle arrive de Chine… et elle fait l’effet… d’une bombe.
Speaker A
Le 16 octobre 1964, les Chinois ont mené avec succès leur tout premier essai atomique.
Speaker A
Après les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni et la France, la Chine devient la cinquième puissance atomique. Désormais, plus possible de procéder à un chantage à l’arme nucléaire avec Mao, ni pour Washington, ni pour Moscou.
Speaker A
Les mains désormais libres, le Grand Timonier peut s’atteler à asseoir définitivement son autorité dans son pays. En 1966, Mao lance la Révolution Culturelle, une purge de masse du parti communiste chinois mais aussi de l’ensemble de la société.
Speaker A
Très vite la Révolution Culturelle devient hors de contrôle et une répression extrêmement violente et aveugle s’abat sur la société chinoise. Selon les estimations, en dix ans, entre plusieurs centaines de milliers et plusieurs millions de Chinois trouvent la mort.
Speaker A
En parallèle, les tensions entre les plus grands pays communistes de la planète atteignent leur paroxysme. Après des années de querelles idéologiques et politiques, des affrontements armés éclatent à la frontière entre l’URSS et la Chine.
Speaker A
On se demande alors si soviétiques et chinois ne sont pas sur le point de déclencher une guerre totale pour décider qui dominera le monde communiste.
Speaker A
Bon, heureusement : ça en restera là. Néanmoins, cette rupture sino-soviétique va avoir un sacré impact sur l’équilibre du monde.
Speaker A
Car c’est dans ce contexte qu’en 1969, Richard Nixon devient président des États-Unis. Bien décidé à en finir avec la Guerre du Vietnam, il cherche à exploiter les tensions entre l’URSS et la Chine pour l’isoler de Moscou et d’Hanoi. Pour ça, Nixon pourtant fervent anti-communiste
Speaker A
fait volte-face et décide d’un rapprochement inattendu avec la République Populaire… Un pari audacieux qui pourrait bien coûter très cher à l’Amérique.
Speaker A
➡️ CHAPITRE IV : Le grand pari Juillet 1971, Pakistan. Le conseiller à la sécurité nationale du président Nixon, le célèbre diplomate Henry Kissinger tombe malade lors de sa visite dans le pays et doit se mettre en retrait.
Speaker A
Du moins, ça, c'est ce qu’on raconte à l’époque à la presse. En vérité, Kissinger embarque dans un avion pour Pékin pour une mission secrète confiée par le président des États-Unis.
Speaker A
Alors que cela fait 20 ans que les deux pays n’ont presque aucun contact diplomatique et que les Américains font tout pour isoler la Chine, les États-Unis tentent un rapprochement.
Speaker A
À Pékin, Kissinger rencontre Zhou Enlai. Se rappelant de l’humiliation de la conférence de Genève, Kissinger prend bien soin de lui serrer la main chaleureusement.
Speaker A
Les discussions portent sur le retrait américain du Vietnam et de Taïwan, empêcher la remilitarisation du Japon et l’entrée de la RPC à l’ONU.
Speaker A
Quelques mois plus tard, le 25 octobre 1971, au siège des Nations Unies à New York, grâce à un large soutien des pays africains anti-impérialistes, une résolution est votée qui permet officiellement à la République Populaire d’être admise dans l’Organisation.
Speaker A
C’est un véritable séisme ! Malgré la protestation des États-Unis qui voulaient que les deux Chines puissent coexister à l’ONU, les représentants de Tchang Kaï-Chek sont expulsés et la République Populaire récupère même le siège de la Chine au conseil de sécurité.
Speaker A
Désormais, aux yeux du monde, Taïwan n’est plus reconnu comme le représentant légitime de la Chine.
Speaker A
Dans la foulée, Richard Nixon atterrit en Chine le 21 février 1972 pour rencontrer Mao.
Speaker A
C’est un moment historique, c’est la première fois qu’un président américain met les pieds à Pékin.
Speaker A
En signe de rapprochement, Nixon accepte sur le principe que Taïwan et la RPC forment une seule Chine, mais il s’oppose à ce que cette réunification se fasse par la force.
Speaker A
Une manière de se dire prêt au changement… sans que rien ne change. Nixon fait aussi un geste en retirant les armes nucléaires stationnées à Taïwan depuis 1958.
Speaker A
Et comme le dit le dicton “l’ennemi de mon ennemi est mon ami”, les deux pays s’entendent aussi pour contenir l’influence soviétique en Asie.
Speaker A
C’est le début d’une coopération entre Washington et Pékin qui semblait encore impossible il y a quelques mois. Plusieurs années après avoir failli tout perdre lors de la Révolution Culturelle, Mao vient de réussir un tour de force.
Speaker A
Il fait désormais comprendre au monde qu’on ne peut plus ignorer la Chine. Et c’était là son tout dernier coup avant de disparaître.
Speaker A
Entre 1975 et 1976, Mao Zedong et Tchang Kaï-Chek s’éteignent tous les deux à quelques mois d'intervalle.
Speaker A
Dans les années qui suivent la disparition de Mao,, le rapprochement entre la Chine et les États-Unis s’accélère. Le successeur de Mao, Deng Xiaoping, décide d’une rupture importante avec l’idéologie communiste. Au début des années 80, il lance une réforme
Speaker A
de libéralisation économique contrôlée. C’est ce qu’on appelle “l’économie socialiste de marché”. En clair, il veut ouvrir la Chine sur le monde. Ça se traduit par la création de zones économiques spéciales dans les ports. Et dans ceux-ci, des règles spécifiques
Speaker A
s’appliquent pour permettre toujours plus d’investissements étrangers. Ces investissements dans des villes comme Shenzhen permettent à la Chine de se développer rapidement sans céder le contrôle de l’État. En réussissant là où l’empire Qing avait échoué, ce capitalisme d'État de Deng Xiaoping adoucit considérablement
Speaker A
l’image de la Chine à l’international. Et cette stratégie, eh bien elle finit par payer.
Speaker A
Dans le même temps, le nouveau président Jimmy Carter prend une décision historique. Il reconnaît officiellement la République Populaire comme le seul gouvernement légal en Chine. Les relations diplomatiques avec Taïwan sont rompues et l’ambassade américaine déménage de Taipei vers Pékin.
Speaker A
Du moins, ça c’est la position officielle pour faire plaisir aux chinois. Car dans les faits, les Américains n’abandonnent pas totalement Taïwan.
Speaker A
En 1979, le Congrès vote le Taïwan Relation Act qui permet de maintenir les relations non officielles avec l’île. En clair : les États-Unis reconnaissent Pékin, mais continuent de fournir à Taïwan des armes défensives sans jamais dire clairement si,
Speaker A
oui ou non, ils interviendraient militairement en cas d’invasion. C’est le début de la fameuse ambiguïté stratégique américaine. Avec ça, les Américains font un pari audacieux.
Speaker A
Ils pensent qu'en intégrant entièrement la Chine à l’économie mondiale, le pays va se démocratiser par contagion, pris entre les attentes de ses partenaires commerciaux et celles de ses citoyens.
Speaker A
Or, on va voir un peu après que ça ne s’est pas vraiment passé comme prévu.
Speaker A
Quoi qu’il en soit, à la fin des années 80, les relations entre la Chine et les États-Unis sont au beau fixe, l’URSS est sur le point de disparaître et le communisme avec et le libéralisme et la démocratie vont bientôt s’imposer à toute la planète,
Speaker A
bref, c’est bientôt la “fin de l’histoire” comme dirait l’autre. Mais voilà, tout bascule au printemps 1989, le monde découvre ces images : À Pékin, sur la place Tian’anmen, à quelques pas de la Cité Interdite, des milliers d’étudiants manifestent contre les inégalités, la corruption et l’absence de liberté d’expression.
Speaker A
Le ton monte, la protestation gagne en intensité et le 4 juin, c’est l’escalade : l’armée ouvre le feu. Les images de la répression sont diffusées en direct dans le monde entier. Une image en particulier marque les esprits : celle
Speaker A
de “Tank man”, un homme seul, jamais identifié, qui se tient droit devant un char.
Speaker A
Une cruelle réalité émerge alors dans les télévisions américaines, malgré les réformes pour stimuler son économie et son ouverture au monde, la Chine reste une dictature contrôlée d’une main de fer par le Parti Communiste. Face à ça, le congrès américain s’enflamme. Il
Speaker A
exige la suspension de toutes les relations avec la Chine et le retour d’un embargo commercial.
Speaker A
La situation se tend encore plus lorsque le président taïwanais Lee Teng-Hui affirme l’indépendance de Taïwan lors d’une visite aux États-Unis en 1995.
Speaker A
En réponse, la Chine lance une série d’exercices militaires ou des tirs de missiles sont effectués en direction de Taïwan ce qui force une nouvelle fois l’US Navy à s’interposer. Mais malgré les pressions, le président Bill Clinton refuse de couper les ponts avec son homologue Jiang Zemin.
Speaker A
Pour lui, la Chine est devenue un acteur économique trop important, les États-Unis ne peuvent pas se permettre d’en faire un adversaire.
Speaker A
Malgré le sang versé à Tian’anmen et les menaces sur Taïwan, ce serait mettre à la poubelle plusieurs années de diplomatie entre les deux pays.
Speaker A
A la Maison Blanche, on continue de croire au grand pari de Nixon de convertir la Chine à la démocratie et au libéralisme en l’intégrant dans la mondialisation.
Speaker A
Mais cette position est assez critiquée aux États-Unis. Beaucoup d’américains ne comprennent pas pourquoi leur pays se détourne de Taïwan qui est pourtant lui aussi en train de connaître un boom économique et qui, surtout, est vraiment en train de devenir une démocratie après des années
Speaker A
de lois martiales sous Tchang Kaï-Chek. Mais Clinton, sous pression des milieux d’affaires américains désireux de s’implanter en Chine, ne peut pas faire grand-chose.
Speaker A
Ce qu’il s’est passé était pourtant un véritable avertissement pour les États-Unis comme quoi les Chinois n’allaient peut-être pas accepter de se plier à la démocratie libérale… mais ça les Américains ne l’ont pas vu… pour le moment. Résultat, c’est véritablement dans les années
Speaker A
90 que la Chine devient comme on dit, “l’atelier du monde”. Grâce aux investissements étrangers, à une main-d’œuvre nombreuse et surtout pas chère, la Chine peut produire à bas coût et expédier ce qu’elle produit sur toute la planète.
Speaker A
C’est dans ces années-là qu’on se retrouve inondé de produits avec le fameux “made in China”.
Speaker A
Et l’apogée de tout ça, c’est l’entrée en 2001 de la Chine à l’OMC, l’Organisation mondiale du Commerce. Sauf que ce que les Américains n’avaient pas anticipé, c’est la vitesse à laquelle la puissance chinoise va continuer de croître.
Speaker A
Et surtout, les Chinois eux réalisent qu’ils n’ont au final pas besoin d’abandonner leur système politique pour que la Chine devienne une superpuissance.
Speaker A
Pendant des années, les Américains ont voulu croire que leur pari fonctionnait. En faisant entrer la Chine dans la mondialisation, ils pensaient l’enrichir, l’ouvrir, et à terme la transformer. Mais pendant que Washington imaginait convertir Pékin au libéralisme, la Chine, elle,
Speaker A
utilisait cette ouverture pour se renforcer sans jamais renoncer au contrôle du Parti. Et quand les États-Unis commencent enfin à s’en rendre compte, il est déjà trop tard : le partenaire qu’ils pensaient façonner est en train de devenir leur principal rival.
Speaker A
Et pour reprendre la fameuse phrase d’Alain Peyrefitte : « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera. » Le duel du XXIe siècle peut alors commencer.
Speaker A
➡️ CHAPITRE V : Le Duel / Une nouvelle guerre froide ? 1er avril 2001. Dans le ciel au large de la Chine, un avion espion américain EP-3 entre en collision avec un chasseur chinois.
Speaker A
L’appareil américain, gravement endommagé, doit atterrir d’urgence sur l’île de Hainan sous contrôle de la RPC.
Speaker A
Son équipage se retrouve retenu pendant onze jours par les autorités chinoises. L’incident relance immédiatement les tensions entre Washington et Pékin.
Speaker A
Des deux côtés du Pacifique, on comprend alors que malgré les sourires diplomatiques des années 90, la méfiance n’a jamais disparu. La même année, le président George W. Bush qui vient d’être élu finit par accepter de financer la marine de guerre taïwanaise et déclare que
Speaker A
les Américains défendront Taïwan en cas de conflit ce qui n’était pas arrivé depuis 1973 !
Speaker A
En parallèle, la Chine fait également évoluer ses relations avec Moscou. En 2001, le président Jiang Zemin signe un pacte d’amitié avec le nouveau président russe Vladimir Poutine. Une première depuis la rupture sino-soviétique des années 50 !
Speaker A
On comprend alors que l’idylle entre Pékin et Washington n’était qu’une illusion. Et les évènements qui suivent dans les années 2000 ne vont faire qu’accélérer le divorce.
Speaker A
Les attaques du 11 septembre 2001, l’enlisement dans les guerres en Afghanistan, en Irak et surtout la crise économique de 2008 agissent comme un électrochoc.
Speaker A
À Pékin, beaucoup y voient la preuve que le modèle américain n’est pas aussi solide qu’il en a l’air.
Speaker A
Et à Washington, on commence peu à peu à réaliser que l’intégration économique de la Chine ne l’a ni rendue plus démocratique, ni plus docile.
Speaker A
Au contraire, elle a accéléré sa montée en puissance ! C’est à partir de là que la relation entre les deux pays change de nature.
Speaker A
En 2011, Barack Obama annonce que la présence américaine en Asie-Pacifique devient une priorité stratégique. Progressivement, les États-Unis réorientent leur attention vers l’Indo-Pacifique, là où se jouera désormais l’équilibre du monde au XXIe siècle.
Speaker A
C’est dans la même période que la Chine se dote d’un nouvel homme fort avec l’arrivée au pouvoir d’un certain Xi Jinping. Élu sur des promesses de lutter contre la corruption qui gangrènent le pays depuis des années, il fait en sorte de concentrer
Speaker A
toujours plus de pouvoir entre ses mains en centralisant la prise de décision et en renforçant encore plus le contrôle du Parti sur l'État, l’économie et la société.
Speaker A
À partir de là, les illusions américaines se fissurent. Le véritable basculement a lieu entre 2017 et 2018 lors du premier mandat de Donald Trump.
Speaker A
Dans son rapport sur la stratégie de sécurité nationale de 2017, l’administration Trump qualifie officiellement la Chine de concurrente et l’accuse d’être une puissance révisionniste au même titre que la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. (page 25) Puis en 2018, Trump lance une guerre commerciale contre la Chine sur fond
Speaker A
de pratiques industrielles jugées déloyales. Cette position se poursuit sous Joe Biden, et évidemment depuis 2022 et le retour de Trump au pouvoir.
Speaker A
Et cette rivalité ne s’arrête pas au commerce. Elle s’étend aux semi-conducteurs, à l’intelligence artificielle, aux réseaux énergétiques, à la robotique, à l’espace avec une nouvelle course à la Lune et bien sûr à la puissance militaire avec au cœur de ces tensions, le sort de Taïwan. Dans tous ces domaines, la Chine a largement
Speaker A
rattrapé son retard et concurrence désormais l’hégémonie américaine. Régulièrement ressortent des affaires d’espionnage, ou encore le fentanyle, cette drogue qui empoisonne l’Amérique dont Trump accuse la Chine de participer au trafic, ce qui fait cruellement écho à l’époque où l’opium faisait des ravages dans la population chinoise.
Speaker A
C’est pourquoi pour les Américains, après avoir tenté d’ouvrir la Chine sur le monde, il faut maintenant à tout prix contenir la puissance chinoise comme au temps de l’Union Soviétique.
Speaker A
Pour autant, est-ce qu’on est dans une nouvelle Guerre Froide ? Eh bien… pas vraiment.
Speaker A
Contrairement à l’URSS à l’époque, aujourd’hui, la Chine et les États-Unis sont profondément imbriqués. Les usines chinoises dépendent toujours d’une partie des technologies, des investissements et du marché américain. Et, en face, une bonne partie de ce que consomment les Américains est fabriquée en Chine.
Speaker A
En clair, ce sont deux rivaux… qui ne peuvent pas se passer l’un de l’autre.
Speaker A
Pour Pékin, c’est une revanche historique : près de deux siècles après les guerres de l’opium, le pays qui subissait l’ordre occidental prétend désormais façonner un nouvel ordre mondial, avec ses propres règles, ses propres alliances, et avec beaucoup moins de place pour les droits
Speaker A
de l’homme, comme on le voit à Hong Kong, avec les ouïgours ou au Tibet.
Speaker A
Pour Washington, au contraire, c’est un cauchemar géopolitique qui est peut-être en train d’arriver : en aidant la Chine à se relever, les États-Unis ont contribué à faire émerger la seule puissance capable de concurrencer leur hégémonie.
Speaker A
Et c’est là que se joue la vraie question qui va nous occuper une bonne partie du XXIᵉ siècle : est-ce que ces deux géants peuvent rester rivaux, s’affronter sur le commerce, la technologie, l’influence… sans finir un jour par s’affronter directement ?
Speaker A
L’histoire nous a montré que les puissances montantes et les puissances dominantes finissent souvent par se heurter. Mais elle nous a aussi montré que rien n’est écrit d’avance.
Speaker A
Dans cette nouvelle rivalité, il y a une Amérique qui veut défendre un ordre qu’elle a construit à son avantage. Et une Chine qui veut prendre sa revanche sur un passé d’humiliation et imposer sa vision du monde. Ce qui est sûr, c’est que, qu’on le veuille ou
Speaker A
non, le duel entre la Chine et les États-Unis va façonner notre siècle : notre économie, nos technologies, nos alliances… et peut-être même nos libertés.
Speaker A
Reste à savoir comment cette histoire va s’écrire… Mais une chose est sûre, elle risque de s’écrire sur cette petite île.
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