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L'édit de Caracalla | Quand l'histoire fait dates | ARTE

L'édit de Caracalla de 212 étend la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l'Empire, marquant un tournant historique majeur.

Key Takeaways

  • L'édit de Caracalla unifie juridiquement les habitants libres de l'Empire romain sous la citoyenneté romaine.
  • Caracalla est une figure controversée, mêlant tyrannie et réformes majeures.
  • La Constitution Antoniniana est le nom officiel donné à l'édit pour préserver l'aura des Antonins.
  • Les thermes de Caracalla restent un témoignage architectural majeur de son règne.
  • L'édit facilite l'administration de l'Empire en offrant un statut juridique commun.

What the video covers

  • En 212, l'édit de Caracalla accorde la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l'Empire, unifiant juridiquement un territoire vaste et diversifié.
  • Avant cet édit, les populations libres étaient divisées en citoyens romains, pérégrins, affranchis et citoyens de droit latin, avec des droits inégaux.
  • Caracalla, né Lucius Septimius Bassianus, est issu de la dynastie des Sévères et adopte un nom en référence aux Antonins pour légitimer son pouvoir.
  • Après la mort de son père Septime Sévère, Caracalla élimine son frère Geta pour devenir seul empereur, déclenchant une purge sanglante à Rome.
  • Le surnom 'Caracalla' vient d'un manteau à capuchon qu'il portait et distribuait, devenu un symbole péjoratif par l'aristocratie et les historiens chrétiens.
  • L'édit est renommé Constitution Antoniniana par les juristes pour dissocier la loi de la mémoire négative de Caracalla.
  • Caracalla est surtout connu pour ses thermes monumentaux à Rome, témoignant de la puissance impériale et ouverts à tous les citoyens.
  • Le texte évoque aussi les motivations possibles de l'édit, entre raisons fiscales et religieuses, sans trancher définitivement.
  • L'édit marque la première fois qu'une grande entité politique offre un statut juridique unifié facilitant l'administration et la vie quotidienne.
  • La postérité a souvent retenu Caracalla comme un tyran sanguinaire, occultant l'importance historique de son édit.

Answers

Questions about this video

Qu'est-ce que l'édit de Caracalla de 212 ?

L'édit de Caracalla, promulgué en 212, accorde la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l'Empire, unifiant ainsi les droits civiques sur un vaste territoire.

Pourquoi l'édit de Caracalla est-il aussi appelé Constitution Antoniniana ?

Les juristes romains ont renommé l'édit Constitution Antoniniana pour dissocier la loi de la mémoire négative de Caracalla et pour préserver l'aura prestigieuse des Antonins.

Quel est le lien entre Caracalla et les thermes de Rome ?

Caracalla est célèbre pour avoir fait construire les thermes monumentaux qui portent son nom, un complexe ouvert à tous les citoyens et symbole de la puissance impériale.

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Speaker A
[Musique]
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Speaker A
[Musique]
01:03
Speaker A
[Musique] Oh. En 212 de notre ère, par la loi impériale dite de Caracalla, tous les habitants de l'empire, hommes, femmes, pourvu qu'ils soient libres, deviennent citoyens romains.
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Speaker A
Alors, dit comme ça, l'édit de Caracalla, c'est un événement monstre. C'est une date coupante, tranchante. C'est une décision politique. C'est ce qui sépare un avant d'un après, qui fait un pli irrécusable dans la frise du temps.
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Speaker A
Car avant 212, dans ce territoire si vaste qu'est l'Empire romain, les populations ne sont pas égales en droit et vivent sous des régimes juridiques très divers.
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Speaker A
On distingue d'abord les libres des non libres, les esclaves. Mais les libres sont quant à eux divisés en plusieurs statuts. Si le plus enviable est celui de citoyen romain, la grande majorité des hommes et des femmes sont des
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Speaker A
citoyens de seconde zone. Il y a les pérégrins, considérés comme des étrangers, les affranchis ou encore les citoyens de droit latin. Or, l'empereur Caracalla impose à la citoyenneté un droit universel et égalitaire.
02:10
Speaker A
Après 212, tous les habitants libres de l'Empire auront désormais les mêmes droits, ceux des citoyens romains.
02:32
Speaker A
[Musique] Si c'était bien un événement, un événement historique, ça s'est passé à Rome en 212 et ça a concerné, ben, tout le monde connu de l'Empire romain. Si l'édit de Caracalla était un événement historique, on pourrait le raconter, on pourrait en
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Speaker A
faire une histoire sociale. Une histoire sociale au plus près de la vie de ceux qui l'ont concerné. On pourrait raconter, je ne sais pas, l'histoire du caravanier de Palmyre qui, du jour au lendemain, voit son mariage garanti par le droit romain, du
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Speaker A
pasteur du Rif qui peut désormais s'engager dans la Légion romaine. J'aimerais beaucoup pouvoir vous raconter cette histoire à hauteur d'homme, une histoire sociale de l'édit de Caracalla. Mais évidemment, c'est de l'histoire ancienne. Elle est séparée de nous et surtout ce qui nous sépare de
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Speaker A
cette histoire, c'est le nom même de Caracalla. Car nous disons Caracalla pour désigner l'empereur, mais Caracalla ne s'appelait pas ainsi. Au début de notre histoire, la lignée glorieuse des Antonins vit ses derniers instants. Après les règnes d'Antonin le Pieux et de Marc Aurèle, c'est
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Speaker A
sous l'empereur Commode que Caracalla naît à Lyon en 188. Son nom de naissance est alors Lucius Septimius Bassianus, en référence aux deux branches de sa famille. Sa mère Julia Domna est issue de la dynastie des rois-prêtres des Mèdes en Syrie et
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Speaker A
son père Septime Sévère est un sénateur né en Libye. En 192, Commode est assassiné. Débute alors une période de troubles et de guerre civile. En 193, le père de Caracalla, Septime Sévère, devient empereur à son tour. Or, pour mieux
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Speaker A
installer son pouvoir, Septime Sévère veut se rattacher à la mémoire prestigieuse des Antonins. Alors, il se déclare fictivement être le fils du grand Marc Aurèle. Et c'est ainsi que l'aura des Antonins illumine la nouvelle dynastie des Sévères jusqu'à son fils
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Speaker A
Caracalla, qui change de nom et devient Marcus Aurelius en référence à Marc Aurèle, Sévère pour la lignée des Sévères et Antoninus pour se rattacher aux Antonins.
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Speaker A
Caracalla vivra désormais sous l'ombre intimidante de ce modèle politique inatteignable, celui de l'empereur philosophe Marc Aurèle. Or, les conditions concrètes d'accès au pouvoir de Caracalla vont très vite l'éloigner, et l'éloigner dramatiquement, de ce modèle.
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Speaker A
On pourrait raconter cela comme un drame en trois actes. Dans le premier acte, peu après son accession au trône, l'empereur Septime Sévère partage son pouvoir avec ses deux fils, Caracalla et Geta. Or, Septime Sévère meurt de maladie à York en Angleterre en 211 et il laisse
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Speaker A
ses deux fils face à un pouvoir vacant. C'est le cœur du deuxième acte. Caracalla et Geta se détestent et tous deux veulent le pouvoir. Leur mère Julia Domna, bien qu'essayant de les réconcilier, Caracalla fait assassiner son frère et devient
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Speaker A
empereur. Et pour mieux imposer son pouvoir, troisième acte de son ascension criminelle, Caracalla déclenche une purge sanglante parmi les élites romaines. L'auteur hérodien parle de 20 000 morts dans les rues de Rome.
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Speaker A
Lorsqu'il accède au pouvoir, Caracalla s'inscrit dans le portrait collectif des Césars fous de son temps. Il en a au fond toute la panoplie, hein. Il n'y a pas grand-chose qui manque. Il viole des vestales, il tue son frère. Il aurait
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Speaker A
même, parce que c'est on est dans l'hyperbole des historiens, hâter la mort de son père. Et ça ne fait que commencer. La liste de ces méfaits est immense. La postérité gardera pour l'essentiel de Caracalla cette légende
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Speaker A
noire d'un tyran sanguinaire, un démon exterminateur, dira même Michelet. Et c'est cette légende noire qui a retiré à l'empereur son nom véritable pour lui affubler le sobriquet de Caracalla.
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Speaker A
Mais qu'est-ce qu'un Caracalla ? Le mot désigne une pièce de vêtement, une sorte de long manteau, une clamide munie d'un capuchon. On le dit parfois d'origine perse, ressemblant à une cape iranienne. On le dit aussi à Caro, à la
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Speaker A
mode gauloise. Caracalla aurait commencé à porter ce type de manteau vers 213 lors des guerres germaniques et il l'aurait ensuite distribué à la plèbe romaine pour se faire l'ami du peuple. Ainsi, le caracalla est à la fois un costume
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Speaker A
barbare et le symbole d'un vêtement méprisable parce que populaire. Il n'en fallait pas plus pour que l'aristocratie sénatoriale puis les auteurs chrétiens tout au long du 4e siècle imposent à la postérité ce surnom de Caracalla pour disqualifier l'empereur.
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Speaker A
Mais qu'est-ce que ça dit ? Quelque chose d'essentiel, c'est qu'au fond la tradition historiographique, parce que justement Caracalla a adopté toute la panoplie du tyran, et bien pardonnez-moi l'expression, mais elle lui taille un costard avec ce sobriquet.
08:08
Speaker A
C'est-à-dire qu'elle affuble sa mémoire d'un vêtement qui est évidemment vil, d'un vêtement indigne de la majesté impériale qu'il a souillée par ses méfaits.
08:18
Speaker A
C'est pourquoi l'édit de Caracalla ne se nomme ainsi que pour nous, car nous avons aussi hérité de cette dénomination.
08:30
Speaker A
Mais pour les juristes romains, tout l'enjeu était d'effacer la mémoire de Caracalla pour mieux séparer l'empereur de cet héritage fondamental pour l'empire.
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Speaker A
Ainsi, ils changent le nom de l'édit pour la postérité en conservant l'aura illustre des Antonins. On parlera désormais de la Constitution Antoniniana.
09:02
Speaker A
Toujours pour les mêmes raisons, il était inconcevable qu'une loi aussi fondamentale, aussi généreuse, puisse être souillée du nom d'un César fou.
09:20
Speaker A
Alors au total, que reste-t-il de Caracalla ? Il y a un texte mineur qui s'appelle l'abrégé d'histoire romaine, qui est rédigé vers 370 par Eutrope de Palestine, qui dit ceci : Caracalla, il construisit des thermes remarquables, mais à part ça, il ne fit rien de mémorable.
09:42
Speaker A
C'est doublement intrigant. Ça veut dire définitivement d'abord qu'on a oublié effectivement, ou qu'on finit par oublier, qu'il est l'auteur de l'édit qui s'appelle désormais la Constitution Antoniniana. Mais à part les
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Speaker A
thermes, il ne fit rien de mémorable. À part les thermes, bah c'est déjà quand même pas mal, les thermes.
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Speaker A
[Musique] Les ruines des thermes de Caracalla, encore visibles aujourd'hui, constituent sans doute le témoignage le plus monumental de la puissance des empereurs. À travers elles, on peut encore imaginer l'ampleur colossale de
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Speaker A
ce complexe thermal. Sur une surface de 11 hectares, les citoyens romains pouvaient venir se baigner dans des bains chauds et froids, consulter des ouvrages dans les bibliothèques, des jardins, du gymnase. Tout cela dans des pièces gigantesques où le luxe des
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Speaker A
palais impériaux était à la disposition de tous. Plus de 1600 baigneurs pouvaient profiter des bains en même temps.
10:59
Speaker A
Grâce aux timbres des briques qui portent la date de leur cuisson, on sait que les thermes ont été construits entre 212 et 216. Ainsi, en étant strictement contemporains de l'édit octroyant la citoyenneté romaine à tous les habitants de l'empire, ces établissements thermaux,
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Speaker A
ouverts à tous, lieu propice au mélange des corps de toutes origines sociales, se donnent à voir comme une sorte de dou...
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Speaker A
dit Gon a été acheté en 1902 par un érudit allemand Ernst Corneman qui souhaitait constituer une collection pour la bibliothèque de l'université de Gisson. Il y est aujourd'hui conservé et on peut voir combien ce document est à la fois infiniment précieux et presque
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Speaker A
ruiné du fait des outrages du temps. Il y a un contraste frappant entre l'ampleur de Lady de Caracala, enfin l'idée qu'on s'en fait et ce qu'on a sous les yeux quand on va à Gisson, c'est-à-dire évidemment de manière
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Speaker A
solennelle et soigneuse un papyrus entre deux plaques de verre qui est exposé comme un patrimoine de l'humanité. Mais mais c'est quoi bah concrètement ? la copie privée de la loi impériale. Copie privée comme il a dû y en avoir des milliers parce que pour
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Speaker A
qu'elle soit appliquée, il faut qu'elle soit envoyée dans dans les provinces que les magistrats et administrateurs locaux puissent euh en prendre connaissance et la faire connaître, la promulguer. Bref, c'est une publication. Au fond, le papyrus GSON, c'est une des publications
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Speaker A
de la de l'édit caracala. Que peut-on lire sur le papyrus de Gisson ? Le papyrus contient deux colonnes avec trois textes distincts écrits en grec. Les historiens s'accordent pour dire que la colonne de droite est consacrée à une lettre
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Speaker A
d'amnistie et un ordre d'expulsion daté de 216, ce qui nous donnerait la datation approximative du document, soit 4 ans après la promulgation de l'I. La colonne de gauche la plus mutilée serait la traduction de l'It de Caraakala.
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Speaker A
C'est ainsi qu'on peut approcher de façon fragmentaire les motivations politiques de l'empereur. Car là est toute la question pourquoi Caraakala a-t-il décidé de donner la citoyenneté romaine à tous les habitants de l'empire ? On peut le lire ici. Je donne à tous
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Speaker A
la citoyenneté romaine. Mais par deux fois, le texte fait référence aux divinités romaines, au dieux qui désormais rassembleront tous les citoyens. Or, chaque citoyen ainsi rassemblé sous un culte commun se doit de payer l'impôt imparti.
13:48
Speaker A
Dès lors, on peut se poser la question alors motivation religieuse ou motivation fiscale ? Je dirais que la différence, elle ne vaut que pour un esprit moderne qui va opposer la sincérité d'une motivation religieuse au cynisme d'une motivation fiscale. Mais
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Speaker A
pour Caracala, augmenter le nombre de fidèles des cultes publics des dieux romains ou augmenter le nombre de contribuables euh de l'État impérial.
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Speaker A
C'est dans un cas comme dans l'autre accroître la majesté du peuple romain. Telle est sans doute la phrase clé du texte transmis par le papyrus Gon : "Agrandir la majesté du peuple romain." Mais comment mesurer les effets concrets
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Speaker A
d'une telle décision ? Lady de Caracala fait-il événement ? Pour le savoir, nous nous rendons à Rome justement au Palais Farnaise à l'École française de Rome dans la bibliothèque des textes juridiques Volterra pour y rencontrer Audrey Bertrand, spécialiste d'histoire
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Speaker A
romaine. L'octroit de la citoyenneté romaine à tous les individus libres de l'empire était une mesure de simplification, c'est-à-dire que cela facilitait grandement les relations entre les individus du point de vue du droit. Cela facilita aussi le travail de l'État
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Speaker A
romain et des différents échelons de l'État pour régler les conflits entre les individus. On peut donc aussi voir cette Edie comme un outil, comme une technique d'administration efficace pour gérer la diversité de l'empire qui perdurait quoi qu'il en
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Speaker A
soit. Et du fait de cette diversité qui demeure, il reste bien sûr des nuances.
15:46
Speaker A
Car toute la tradition universaliste de la Rome antique se fonde sur un dedans et un dehors, sur la limite entre ceux qui intègrent le cercle de la citoyenneté romaine et ceux qui n'en sont pas dignes. Nous l'avons vu, les
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Speaker A
esclaves n'en feront jamais partie. Et le texte du papyrus Gisson pointe aussi les déditis, les anciens ennemis qui se sont rendus et qui de fait vivent dans l'empire.
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Speaker A
Très minoritaire, les déditises incarnent l'exception qui confirme la règle de Lady de Caracal. À l'échelle de l'Empire romain, le cadre de vie premier, c'est avant tout la cité. Donc chaque habitant de l'Empire s'inscrit d'abord dans une communauté alors qui est celle de sa
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Speaker A
famille d'abord, mais ensuite c'est le cadre civique, celui de la cité dans laquelle il habite. Et c'est à l'échelon de cette cité qu'il exerce éventuellement ses droits politiques, par exemple en allant voter pour élire les magistrats de sa cité. Donc la citoyenneté romaine,
16:51
Speaker A
elle ne vient pas annuler sa citoyenneté locale. Elle elle s'ajoute en quelque sorte à son sa première appartenance qui est avant tout une cité.
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Speaker A
Et c'est à travers la trace infime de quelques vies singulières que l'on peut saisir ce qui change vraiment dans l'existence des individus. Voici une preuve tenue, un modeste papyrus daté de 215. C'est une reconnaissance de dette.
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Speaker A
Deux hommes doivent de l'argent à un autre pour une histoire de peau de bête.
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Speaker A
L'homme à qui on doit de l'argent s'appelle Zossim, fils de Léonidas. Mais nous dit le document, il s'appelait ainsi avant la donation divine, autrement dit avant la diffusion de Lady de Caracala. Il porte désormais un nom romain, Aurelios Zosimos, un simple
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Speaker A
changement homastique et c'est l'histoire individuelle de notre qui s'écrit sous nos yeux. Un individu qui devient citoyen romain à partir de 212, s'il était donc pérégrain auparavant, il va pouvoir par exemple transmettre son patrimoine à n'importe qui. Avant,
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Speaker A
un citoyen romain ne pouvait transmettre son patrimoine qu'à un citoyen romain. Tous les mariages sont autorisés alors que un mariage reconnu par le droit romain doit en général associer un citoyen romain à une fille de citoyen romain. On a pu parfois avoir
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Speaker A
tendance à minimiser un peu la portée de cet événement, notamment en expliquant que la citoyenneté romaine n'avait plus trop d'intérêt à cette époque, qu'elle ne servait plus à grand-chose, que les droits politiques qui étaient attachés étaient obsolètes.
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Speaker A
Je crois que il faut quand même avoir bien en tête que c'est voilà la première fois que qu'une si vaste entité politique offre à l'ensemble de ses habitants un statut juridique unifié qui facilite au quotidien l'administration de de ces mêmes de ces mêmes individus.
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Speaker A
Mais si 212 marque une étape importante dans la gestion de l'empire, est-elle une date coupante séparant un avant d'un après ? Il y a 50 ans encore, les historiens faisaient commencer l'antiquité tardive après le règne de Marc Orel, marquant pour eux la fin
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Speaker A
glorieuse du Haut empire. Lady de Caracala se situaient donc au début d'une longue période de déclin s'étirant jusqu'au 6e siècle de Justinien. Mais c'était sous-estimé l'ampleur des crises sociales et démographiques qui des années 180 jusqu'en 235 affecte l'empire. On insiste plutôt aujourd'hui
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Speaker A
sur l'importance de cette rupture de 235. Après l'assassinat d'Alexandre Sévre, le pouvoir passe au soldat Maximin le trace et le principe dynastique en est durablement compromis.
19:56
Speaker A
Ainsi, dans cette nouvelle chronologie, l'idée de Caracala se retrouve à la fin du Haut Empire, avant cette crise du 3e siècle et ne signe toujours pas un changement d'époque. Mais on peut considérer qu'il s'agit d'un événement de structure, une secousse qui a eu
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Speaker A
d'autres répercussions dans le temps long. Donc à partir de 212, il n'y a plus sinon les esclaves d'étranger à l'empire dans l'empire.
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Speaker A
Tout le monde est citoyen. Très bien. Mais ceux qui sont de l'autre côté du Limès, les barbares, ceux qui ne sont pas dans l'Empire romain, alors comment pourrai-il à partir de ce moment-là ne pas avoir envie d'y être ? Comment
20:46
Speaker A
pourrait-il à partir de ce moment-là ne pas comprendre que entrer dans l'empire c'est intégrer la citoyenneté romaine ?
20:57
Speaker A
Car si le cercle de la citoyenneté romaine est délimité par Lady de Caracalain, il se confond matériellement avec les frontières poreuses de l'empire. Le limes délimite à son tour un dedans et un dehors. Or, les droits que confèrent la citoyenneté romaine
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Speaker A
deviennent pour beaucoup désirable. Ce que le 19e siècle a longtemps appelé invasion barbare et qui désormais sont plutôt envisagés comme de grands mouvements migratoires non sans conflit s'explique par ce désir de passer la frontière de la Romanitas pour mieux
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Speaker A
profiter de ce qu'elle offrait aussi aux individus. Et pendant ce temps-là dans le monde, il est des empires qui se renforcent comme celui des Maya en Amérique centrale.
21:41
Speaker A
Dans la vallée de Mexico, Theoti Wakan connaît son apogé démographique. On estime que plus de 150000 personnes vivent à l'ombre de l'immense pyramide du serpent à plume. En Chine, l'empire des Hannes, affaibli par des soulèvements populaires comme la révolte
21:56
Speaker A
des turbants jaunes, est en revanche à son crépuscule. En 220, il se divise en trois royaumes dont les guerres incessantes alimentent bientôt la mémoire légendaire d'une Chine poétique et combattante. Mais sur le plateau iranien, l'Empire Perse passe en 224
22:14
Speaker A
dans les mains d'une nouvelle dynastie, celle des Sassanides qui se disent descendants du grand roi Darius, vaincu par Alexandre le Grand. C'est pourtant en grec que le roi d'Axsum en Éthiopie fait dresser une stelle dans le sanctuaire eritréen de Dekamaré. Sem
22:31
Speaker A
brutes puisque c'est ainsi qu'il entend désormais se faire appeler s part d'une titulature impériale. On le voit l'empire greco-romain a encore de beaux jours devant lui pour porter haut un rêve d'universalisme.
22:46
Speaker A
Ce qui m'intéresse dans cette histoire c'est la difficulté qu'on a à la raconter. Si la motivation de l'empereur se dérobe, si la portée de l'événement nous échappe, si on n'est même pas sûr qu'il y ait eu un événement, en tout
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Speaker A
cas, ça sera pas un péplom, ça sera pas une histoire à très grand spectacle. Et pourtant, ça remue des choses essentielles. Ça remue des principes fondamentaux et des principes qui nous font toujours vibrer. Aujourd'hui, l'idakala, il a été célébré par une tradition euh
23:28
Speaker A
politique libérale, mais il a été aussi détesté par une autre. Les fascistes italiens haïissaient Caraakala.
23:39
Speaker A
[Musique] de Caracala, Giorgio Almirante écrit en 1938 dans sa revue La défense de la race qu'il a précipiter la décadence de l'Empire romain avec son ouvrant la porte aux barbares et aux étrangers et qui de fait avait empêché de maintenir
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Speaker A
la pureté de la race italienne. Et on retrouve la même détestation chez les idéologues nazis comme Alfred Rosenberg qui fustige à son tour Lady de Caracala. Selon lui, l'empereur romain aurait favorisé le mélange racial avec son accélérant la fin de l'empire par
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Speaker A
une décision politique qui bifait la loi de la nature. C'est en suivant cette postérité que s'impose aujourd'hui une idéologie où se mêle l'hostilité à l'octroit de nouveaux droits aux étrangers et la défense mortifère d'un supposé droit du sang
24:32
Speaker A
européen. Lady de Caracala, on l'a compris, il met en jeu la citoyenneté, pas la nationalité.
24:47
Speaker A
Et donc par conséquent, on fait un contresens historique lorsqu'on traduit ce que ça met en œuvre dans notre lexique contemporain droit du sol, droit du sang. Et c'est ce qu'on a compris dans cette histoire des dit Caraca, c'est que ce qui rend la citoyenneté
25:10
Speaker A
désirable, c'est pas des grandes idées générales, ce sont des droits, des droits concrets, des droits visibles, des droits tangibles qu'exercent les citoyens et qui sont pour eux désirables.
25:28
Speaker A
Parce que ce qu'on doit opposer au pouvoir injuste, c'est pas la beauté morale des grands principes, c'est la réalité sociale des pratiques. Ok.
25:47
Speaker A
[Musique] Ocz
Topics:édit de Caracallacitoyenneté romaineEmpire romainConstitution AntoninianaCaracallathermes de Caracalladynastie des Sévèreshistoire romainedroit romaintyran romain

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