Otages de Nina Bouraoui lu et interprété par E Lesault & V Spitz

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00:04
Speaker A
Bienvenue chez Popart.
00:07
Speaker A
Euh merci de d'avoir porté de l'intérêt à cette à ce lecture théâtrale.
00:17
Speaker A
Euh de ce soir de Nina Bouraoui, Otage.
00:22
Speaker A
Si jamais vous aviez un portable qui était allumé, ce serait bien de l'éteindre.
00:30
Speaker A
Euh nous sommes très heureux d'accueillir parce que nous sommes des amoureux Christelle et moi de la littérature et du théâtre en général d'accueillir Élisabeth Lesau et Véronique Spitz ce soir pour ce spectacle qu'on va dont on va faire une captation et euh ben je vous souhaite un très agréable moment.
03:35
Speaker B
Je m'appelle Sylvie Meyer.
03:38
Speaker B
J'ai 53 ans.
03:41
Speaker B
Je suis mère de deux enfants.
03:45
Speaker B
Je suis séparée de mon mari depuis un an.
03:47
Speaker A
Je travaille à la Cajex, une entreprise de caoutchouc.
03:50
Speaker A
Je dirige la section des ajustements.
03:53
Speaker A
Je n'ai aucun antécédent judiciaire.
03:56
Speaker B
Je ne connais pas la violence.
03:58
Speaker B
Et je n'ai reçu aucun enseignement de la violence, ni gifle, ni coup de ceinture, ni insulte, rien.
04:05
Speaker B
La violence que l'on porte en soi et que l'on réplique sur l'autre, sur les autres, celle-là aussi m'est étrangère.
04:11
Speaker A
Je connais bien sûr la violence du monde, mais elle n'entre pas sous ma peau.
04:16
Speaker A
J'étais poche de résistance.
04:18
Speaker A
Je suis faite ainsi.
04:19
Speaker A
Je sépare.
04:21
Speaker A
La joie se construit.
04:22
Speaker A
La joie, c'est les mains dans la terre, la vase, la glaise.
04:26
Speaker A
C'est là qu'on peut l'attraper, la capturer.
04:30
Speaker B
J'ai cherché la joie comme une folle.
04:33
Speaker B
Parfois, je l'ai trouvé et puis elle s'est envolée tel un oiseau.
04:39
Speaker B
Alors, j'ai fait avec, j'ai continué.
04:42
Speaker B
Sans trop me plaindre ou si peu.
04:45
Speaker B
C'est encombrant la plainte.
04:48
Speaker B
Pour soi, pour les autres.
04:51
Speaker B
C'est vulgaire aussi et ça prend du temps.
04:53
Speaker A
J'aime la nature.
04:55
Speaker A
Je crois en elle comme certains croient en Dieu.
04:59
Speaker A
C'est le même sentiment de plénitude, la même sensation de grandeur.
05:04
Speaker A
Le même étonnement à chaque fois.
05:07
Speaker B
Le mystère des saisons qui se succèdent.
05:09
Speaker A
La profondeur des océans.
05:11
Speaker B
La force des montagnes.
05:12
Speaker A
La couleur du sable et de la neige.
05:15
Speaker B
Le parfum des fleurs et des mousses en forêt.
05:18
Speaker A
L'immensité qui nous rend si petit.
05:21
Speaker B
Je ne suis jamais tombée.
05:23
Speaker B
Jamais.
05:25
Speaker B
Même quand mon mari est parti, il y a un an.
05:29
Speaker B
J'ai résisté.
05:31
Speaker B
Je suis forte.
05:33
Speaker B
Les femmes sont fortes.
05:36
Speaker B
Davantage que les hommes, elles intègrent la souffrance.
05:40
Speaker B
C'est normal pour nous de souffrir.
05:43
Speaker B
C'est dans notre histoire, notre histoire de femme.
05:47
Speaker A
Il y a un an, quand mon mari m'a quitté.
05:51
Speaker A
Je n'ai rien dit.
05:53
Speaker A
Je n'ai pas pleuré.
05:55
Speaker A
Rien n'est entré, rien n'est sorti.
05:58
Speaker A
Comme pour la violence, le calme plat.
06:01
Speaker A
C'était un événement étranger, alors que nous étions restés plus de 25 ans ensemble.
06:06
Speaker B
C'est long 25 ans.
06:08
Speaker B
Très long.
06:10
Speaker A
Toutes ces années sont faites d'habitude, d'amour aussi.
06:13
Speaker A
Mais soyons sincères, d'habitude surtout.
06:17
Speaker B
Un beau matin, il s'est réveillé et il a dit je m'en vais.
06:22
Speaker B
Je n'ai pas répondu.
06:24
Speaker B
Je suis allée dans la cuisine, j'ai préparé la table pour le petit-déjeuner que nous avons pris avec nos deux garçons comme si de rien n'était.
06:31
Speaker B
Puis je me suis douché très vite comme d'habitude.
06:35
Speaker A
Quand j'ai dit très vite, c'est pour expliquer que je n'ai pas le temps non plus pour le plaisir.
06:41
Speaker A
Pas le temps.
06:43
Speaker A
C'est une erreur.
06:45
Speaker A
Le plaisir étant l'une des façons d'échapper au réel.
06:50
Speaker A
Il y avait un mur entre mon mari et moi.
06:53
Speaker A
Un mur qui s'est construit peu à peu.
06:56
Speaker A
Au début, c'était une petite ligne.
06:59
Speaker A
Puis une petite marche.
07:02
Speaker A
La marche est devenue de plus en plus haute.
07:06
Speaker A
Chacun restant de son côté par peur de se blesser.
07:11
Speaker A
Le mur était fait et il grandissait encore.
07:14
Speaker A
C'est défini sans qu'on se le dise.
07:17
Speaker A
Mais au fond de nous, on savait.
07:20
Speaker A
On s'est toujours ces choses-là.
07:23
Speaker A
On les redoute mais on les sait.
07:26
Speaker A
C'est faux de dire que l'on est surpris du départ de l'autre.
07:30
Speaker B
Faux.
07:32
Speaker B
Parfois sans l'admettre, on l'espère, on le provoque et chacun de nos gestes mène à la chute.
07:39
Speaker B
Et chacun de nos mots aussi.
07:42
Speaker B
Le mur, nous l'avons construit à deux.
07:45
Speaker A
Mon mari m'a quitté et j'avais l'impression qu'il quittait une autre femme.
07:49
Speaker A
Je ne me suis pas senti concerné ou si peu.
07:52
Speaker A
Il partait mais le mur lui restait.
07:56
Speaker A
C'était juste une phrase comme ça.
07:59
Speaker A
Que le langage n'est rien quand on ne veut pas comprendre.
08:03
Speaker B
J'avais bien à l'esprit que quelque chose s'était produit.
08:07
Speaker B
Mais cela ne me faisait pas trop mal.
08:11
Speaker B
Comme un caillou dans la chaussure.
08:14
Speaker B
Un caillou que l'on supporte car on n'a jamais le temps de le retirer.
08:21
Speaker B
Alors on repousse et puis on se dit plus tard.
08:24
Speaker B
Mais plus tard n'arrive jamais et on laisse le caillou.
08:27
Speaker B
Et on n'y pense plus.
08:29
Speaker B
Il fait partie de soi.
08:31
Speaker A
On y réfléchissant bien, une chose est arrivée.
08:35
Speaker A
J'ai changé de place dans le lit.
08:38
Speaker A
Je ne me suis pas mise au milieu comme une autre femme l'aurait fait, non.
08:43
Speaker A
J'ai pris son côté, le gauche.
08:46
Speaker A
Mon corps sur son corps qui n'était plus là.
08:51
Speaker A
Ma peau sur sa peau que je ne sentais plus contre moi.
08:56
Speaker A
Mon souffle mêlé à son souffle que je n'entendais plus.
09:01
Speaker A
Mon dos, mes reins, mes fesses au-dessus de lui qui n'était pas en dessous.
09:07
Speaker A
Mais parfois, je pensais qu'il était là.
09:11
Speaker A
Tel un creux que je remplissais.
09:14
Speaker A
J'étais triste sans l'admettre.
09:18
Speaker B
Je crois que c'est à partir de ce moment que quelque chose s'est décroché de moi.
09:23
Speaker B
Rien de grave.
09:26
Speaker B
Une sorte de fissure.
09:29
Speaker B
Qui après son temps avant de s'élargir.
09:33
Speaker B
Et par cette fissure, tout est entré doucement.
09:37
Speaker B
Avec méthode.
09:40
Speaker B
Tout était logique.
09:43
Speaker B
Tellement logique.
09:46
Speaker B
Et si cela ne l'était pas encore, ça allait le devenir.
09:51
Speaker B
Comme une explosion.
09:52
Speaker A
J'étais devenue la caisse de résonance de Victor Andrieu, mon patron.
09:57
Speaker A
Il avait pris l'habitude de se confier à moi.
10:00
Speaker A
Enfin, se confier est un bien grand mot.
10:03
Speaker A
Il n'y avait aucun sentiment dans ce qu'il me livrait.
10:07
Speaker B
Victor Andrieu angoissait de plus en plus.
10:11
Speaker B
Il n'arrivait pas à le cacher.
10:14
Speaker B
Le trouvait nul, faible.
10:17
Speaker B
Il se plaignait sans arrêt.
10:20
Speaker B
C'est une mise en sommeil, les dettes, la pression.
10:25
Speaker B
Il n'avait aucune compassion pour nous.
10:29
Speaker B
Il se soulageait.
10:30
Speaker B
Voilà tout.
10:32
Speaker A
Sylvie, on est sous le chiffre là.
10:35
Speaker A
Sylvie, motivez les troupes.
10:40
Speaker A
Sylvie, je suis étranglée.
10:43
Speaker A
Zéro bénéfice, zéro augmentation.
10:47
Speaker A
Sylvie, si je sombre, vous sombrez avec moi.
10:51
Speaker A
Sylvie, de la poigne.
10:54
Speaker A
Faites-vous respecter mon sang.
10:58
Speaker A
On est de la même famille tous les deux.
11:00
Speaker A
Sylvie, j'ai une entière confiance en vous.
11:04
Speaker A
Je compte sur vous.
11:05
Speaker A
Je compte sur vous.
11:10
Speaker B
Les petites phrases de Victor Andrieu résonnaient comme le refrain d'une chanson.
11:16
Speaker B
Je connaissais par cœur sa façon de faire, de resserrer les taux.
11:21
Speaker B
Ce n'était plus un patron, mais un artisan de la cruauté.
11:26
Speaker B
Je veillais au bon fonctionnement de la Cajex, tout en restant sous l'autorité de mon patron.
11:32
Speaker B
Comme l'ombre du corps de mon mari qui restait sous le poids de mon corps la nuit.
11:38
Speaker A
Je respectais les hiérarchies.
11:41
Speaker A
J'ai toujours aimé mon travail.
11:44
Speaker A
Et puis précisément, j'ai toujours aimé le travail, l'effort, la rigueur, la ponctualité.
11:51
Speaker A
L'attention, la répétition aussi.
11:54
Speaker A
Cela ne me fait pas peur.
11:57
Speaker A
La répétition dans le travail me rassure.
12:00
Speaker A
Je me sens vivante, utile.
12:03
Speaker A
J'y trouve ma place.
12:06
Speaker A
Qui n'est pas la meilleure des places.
12:09
Speaker A
Mais un endroit qui me permet de grandir comme une plante.
12:14
Speaker A
Avec ses minuscules ramifications.
12:18
Speaker A
Le travail, c'est la possibilité d'être heureux.
12:21
Speaker A
Ou en tous les cas, de se rapprocher du bonheur.
12:26
Speaker B
Et le bonheur, c'est aussi la possibilité de l'imagination.
12:30
Speaker B
Et moi, j'adore imaginer.
12:33
Speaker B
Je me vois très bien dans une maison plus grande avec un beau jardin.
12:38
Speaker B
Je ne lâcherai pas mon travail, mais je voyagerai.
12:41
Speaker B
C'est certain.
12:43
Speaker B
Je ne connais rien du monde.
12:46
Speaker B
Il reste tant de choses à découvrir.
12:49
Speaker B
Comment savoir si le pays dans lequel nous vivons est vraiment le pays qui nous convient ?
12:54
Speaker B
Moi, je ne sais pas.
12:56
Speaker B
Alors, je rêve de dunes.
12:58
Speaker A
De fiord.
12:59
Speaker B
De pyramide.
13:00
Speaker A
De sources miraculeuses.
13:02
Speaker B
De vagues blanches.
13:04
Speaker A
De Oulan Bator.
13:05
Speaker B
Oulan Bator.
13:06
Speaker A
Akabou.
13:07
Speaker B
Akabou.
13:08
Speaker A
Bora Bora.
13:09
Speaker B
Bora Bora.
13:10
Speaker A
Oulan Bator.
13:11
Speaker B
Bora Bora.
13:12
Speaker A
Oulan Bator.
16:40
Speaker A
Mon mari est parti à Oulan Bator.
16:41
Speaker B
Victor Andrieu m'a mis de plus en plus la pression.
16:43
Speaker B
Et un soir, tout naturellement.
16:45
Speaker A
J'ai décidé d'exister d'une autre façon.
16:47
Speaker B
D'exister en tant que femme, plus libre que d'habitude.
16:50
Speaker A
Cela peut paraître fou, mais ôtez la liberté à quelqu'un.
16:52
Speaker B
À affirmer ma propre liberté.
16:56
Speaker B
Mon mari est parti car il ne m'aimait plus.
17:00
Speaker B
Quelque chose à creuser à l'intérieur de moi.
17:03
Speaker B
Sans moi.
17:06
Speaker B
Je n'avais pas de violence.
17:08
Speaker B
Mais quand mon mari est parti, elle est arrivée et elle portait un masque bien sûr.
17:13
Speaker B
C'est pour cette raison que je ne l'ai pas reconnu tout de suite.
17:16
Speaker B
La violence était là partout, infiltrée, au cœur de la nuit, au petit matin, au fond de mes poches, sur ma peau, dans mon regard, dans mes rêves.
17:25
Speaker B
Elle prenait toutes les formes, toutes les textures.
17:29
Speaker B
Épousant l'espace, les manques, tout.
17:31
Speaker B
Elle portait un nom.
17:33
Speaker B
Je le sais aujourd'hui.
17:35
Speaker B
Un nom qui coupe.
17:37
Speaker B
Le silence.
17:39
Speaker A
Le silence était partout en moi et en dehors de moi.
17:43
Speaker A
Il était dangereux.
17:45
Speaker A
Je n'y ai pas fait attention.
17:48
Speaker A
Il ne me dérangeait pas.
17:50
Speaker A
Car le silence n'est pas dérangeant.
17:53
Speaker A
Quand je rentrais, le silence me recouvrait comme de la soie.
17:57
Speaker A
Je m'y vautrais seule dans mon lit.
18:01
Speaker A
Occupant la place vide.
18:03
Speaker A
La violence me pénétrait.
18:05
Speaker A
Je n'entendais plus mes fils, ni les mots, ni les voix.
18:08
Speaker A
Tout glissait sans rester.
18:10
Speaker A
La violence poussait, poussait.
18:12
Speaker B
La violence poussait, poussait.
18:15
Speaker A
Et elle a éclot un beau matin.
18:17
Speaker A
Quand un beau matin, Victor Andrieu m'a convoqué dans son bureau.
18:21
Speaker A
Sylvie, j'ai pris une décision.
18:25
Speaker A
Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ici.
18:28
Speaker A
Et j'ai besoin de votre aide.
18:31
Speaker A
Si vous m'aidez, je vous protégerai.
18:34
Speaker A
C'est le contrat entre nous.
18:37
Speaker A
La Cajex traverse une zone de turbulence.
18:42
Speaker A
Pour l'instant, je ne peux pas réduire le coût.
18:45
Speaker A
C'est impossible.
18:47
Speaker A
Et quand on ne peut plus rien du côté des chiffres.
18:51
Speaker A
On s'attaque à l'autre versant.
18:54
Speaker A
On s'attaque aux hommes.
18:56
Speaker B
Et c'est là que vous intervenez ma chère Sylvie.
19:00
Speaker B
Je vais vous demander de constituer des vigiles.
19:03
Speaker B
Et vous allez avoir un rôle, un rôle magnifique.
19:07
Speaker B
Celui du chef d'orchestre qui donne la note.
19:11
Speaker B
La meilleure des notes.
19:14
Speaker A
Je veux.
19:16
Speaker A
Parmi tous nos employés, que vous trouvez celles et ceux qui nuisent ou pas à la Cajex.
19:22
Speaker A
Qui sont les plus forts, qui sont les plus faibles.
19:25
Speaker A
Qui travaillent sans compter.
19:26
Speaker B
Qui arrivent en retard.
19:28
Speaker A
Qui peut s'adapter.
19:29
Speaker B
Qui n'y arrivera pas.
19:30
Speaker A
Qui est l'élément perturbateur.
19:33
Speaker B
Qui sabote.
19:35
Speaker A
Je veux un classement.
19:37
Speaker A
C'est ça un vivier.
19:40
Speaker B
Vous comprenez Sylvie.
19:41
Speaker B
Vous comprenez Sylvie.
19:46
Speaker B
J'ai obéi.
19:48
Speaker B
J'ai traqué, enfoncé.
19:50
Speaker A
J'ai fait des risques.
19:52
Speaker A
J'ai constitué des vigiles.
19:53
Speaker B
J'ai écouté, souligné.
19:55
Speaker A
J'ai interrogé, sermonné.
19:57
Speaker A
Un vrai flic.
19:58
Speaker B
J'étais là mais ce n'était plus moi.
20:01
Speaker A
La fissure est devenue un énorme trou.
20:03
Speaker A
Tout est rentré.
20:04
Speaker B
La violence avait tout envahi.
20:07
Speaker B
Je répondais à ses ordres, je les devançais.
20:12
Speaker A
J'étais fière de vous.
20:14
Speaker A
Fière de ma chienne.
20:16
Speaker B
Vous étiez beau mes vigiles.
20:19
Speaker B
Du grand art.
20:21
Speaker A
J'étais devenue pire que mon patron.
20:27
Speaker B
Je me suis senti perdu.
20:29
Speaker B
Et c'est arrivé.
20:31
Speaker A
Je me suis senti perdu et c'est arrivé.
22:21
Speaker B
C'était un matin de novembre.
22:24
Speaker B
La nuit recouvrait encore le champ.
22:28
Speaker B
Le mois des morts me ramenait à mon enfance que je comparais à un territoire indestructible.
22:37
Speaker B
Avec ses falaises et ses plaines paisibles.
22:41
Speaker B
Ses bonheurs et ses chagrins.
22:44
Speaker B
Je me méfie des gens qui ne pensent jamais à leur enfance.
22:49
Speaker B
Heureuse ou malheureuse, grise ou saturée de lumière.
22:54
Speaker B
Une enfance ne s'oublie pas.
22:58
Speaker B
On ne coupe pas les racines d'un arbre qui fleurit encore.
23:04
Speaker B
Les images de mon père surgissaient, de ma mère, de mes trois sœurs et de mon frère en arrière-plan.
23:10
Speaker B
En maillot de bain sur la plage à marée basse.
23:15
Speaker B
Mon père disait qu'il fallait aller chercher la mer.
23:21
Speaker B
Phrase qui me peinait car je pensais qu'il parlait de notre mère à nous et qu'il l'avait déjà perdu.
23:28
Speaker B
Comme si les hommes et les femmes n'étaient pas faits pour s'entendre.
23:36
Speaker B
Je n'ai jamais pu s'embrasser, se serrer dans les bras.
23:40
Speaker B
Je ne les ai jamais vu se dire tu es belle, tu me plais, tu vas me manquer.
23:47
Speaker B
Ne rentre pas trop tard mon chéri, mon amour.
23:51
Speaker B
J'ai besoin de toi.
23:54
Speaker B
Je n'ai jamais vu mon père offrir de fleurs à ma mère.
23:58
Speaker B
Je n'ai jamais vu ma mère se cacher dans ses bras, danser avec lui, rire d'un secret.
24:05
Speaker B
Jamais.
24:07
Speaker B
Je pensais à cela ce matin de novembre, faisant le constat que moi non plus.
24:13
Speaker B
Je n'avais pas su aimer mon mari.
24:16
Speaker B
Mes parents sont restés ensemble jusqu'à la fin.
24:20
Speaker B
On ne divorçait pas à cette époque.
24:23
Speaker B
Prisonnier, non de l'amour, mais de la fin de l'amour.
25:24
Speaker B
Mes fils étaient chez leur père pour les vacances.
25:28
Speaker B
J'étais seule, sans tristesse.
25:32
Speaker B
Il y avait cette force en moi nouvelle, je la sentais dans le ventre puis à la gorge comme si une main serrait sans jamais lâcher sa prise.
25:40
Speaker B
J'avais le sentiment d'être en biais de mon corps, de mon propre corps tout en l'occupant encore.
25:47
Speaker B
Pour une fois, j'ai pris mon temps sous la douche.
25:50
Speaker B
L'eau glissait sur ma peau chaude et savonneuse, me procurant un plaisir délaissé depuis trop longtemps.
25:56
Speaker B
Il était là mon corps sous ma main.
25:58
Speaker B
Doux, fort, prêt à recevoir le désir d'un autre.
26:42
Speaker B
Mais il n'y avait pas d'autre.
26:44
Speaker B
Je me suis caressé et rien n'est venu.
26:47
Speaker B
C'était mort sous ma peau.
26:49
Speaker B
Foutu.
26:51
Speaker B
J'ai sorti de la colère en moi.
26:53
Speaker B
Pas contre moi.
26:54
Speaker B
En moi.
26:56
Speaker B
Contre mon mari aussi.
26:58
Speaker B
Je me suis dit qu'il était parti avec le meilleur.
27:01
Speaker B
Ma jeunesse.
27:02
Speaker B
Mes seins.
27:03
Speaker B
Mes fesses.
27:04
Speaker B
Ma taille.
27:05
Speaker B
Mon énergie.
27:08
Speaker B
Je n'avais pas envie d'un autre homme.
27:11
Speaker B
Je voulais juste de moi.
27:13
Speaker B
Et je n'arrivais pas à me satisfaire.
27:17
Speaker B
À me faire jouir.
27:19
Speaker B
J'étais devenue un inconnu.

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