**Jésus était juif, ses disciples sont restés juifs. Alors qui a fondé le christianisme ? — Transcript & Summary | SozAI**
Source: https://sozai.app/transcript/jesus-jewish-disciples-who-founded-christianity/

Enquête historique : Jésus a-t-il fondé le christianisme ? Analyse des sources juives, des textes et du rôle de Paul, distinguant le Jésus de l'histoire du Christ de la foi.

## Key Takeaways

- Jésus paraît avoir visé la réforme du judaïsme et non la création d'une nouvelle religion.
- Le christianisme s'est progressivement séparé du judaïsme après la destruction du Temple, au terme d'un processus long.
- La figure de Paul est déterminante dans l'ouverture aux non-juifs et dans la théologie qui a éloigné le mouvement du judaïsme.
- La distinction entre historien et croyant permet d'aborder la question sans trancher la foi.

## What the video covers

- Le Jésus de l'histoire était un juif de Galilée du Ier siècle ; la question traitée est celle de son intention réelle, non de sa nature divine.
- La vidéo distingue le Jésus de l'histoire du Christ de la foi, domaine que l'historien ne peut trancher.
- Les instructions de Matthieu (ne pas aller chez les païens) sont présentées comme une première pièce à conviction contre l'idée d'une religion fondée pour les nations.
- Le terme « christianisme » n'apparaît dans les sources que vers 110, chez Ignace d'Antioche, environ 80 ans après la mort de Jésus.
- Jésus cite le Shema Israël comme commandement principal, confirmant son ancrage dans la foi juive.
- Les débats évoqués (Sanders) sont présentés comme des controverses internes au judaïsme de l'époque.
- La vidéo oppose le Matthieu final (« faites de toutes les nations des disciples ») aux passages restreints à Israël, en discutant leur datation et leur statut.
- Le rôle de Jacques, frère de Jésus, à la tête du mouvement de Jérusalem est présenté comme une preuve de continuité juive.
- Paul est présenté comme la figure centrale de l'ouverture aux nations et de la séparation progressive d'avec le judaïsme.
- La rupture entre christianisme et judaïsme est située entre les catastrophes de 70 et 135, et le découpage des frontières est attribué aux hérésiologues chrétiens et aux rabbins.

## Chapters

1. 00:00 Introduction et question de départ
2. 04:00 Le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi
3. 12:30 Le contexte juif du Ier siècle
4. 28:20 Pièces à conviction : mission vers Israël et vers les nations
5. 58:20 Jacques, l'Église de Jérusalem et le rôle de Paul
6. 86:40 La séparation entre judaïsme et christianisme
7. 115:00 Conclusion : l'histoire et la foi

Answers

## Questions about this video

Jésus voulait-il fonder une nouvelle religion selon cette vidéo ?

La vidéo suggère que non : Jésus s'adresse d'abord à Israël, cite le Shema et respecte la Torah. L'idée d'une religion distincte apparaîtrait plus tard, notamment avec Paul.

Quand le mot « christianisme » est-il apparu ?

Selon la vidéo, le terme apparaît pour la première fois vers 110 dans les lettres d'Ignace d'Antioche, soit environ 80 ans après la mort de Jésus.

Quel rôle joue Paul dans l'analyse proposée ?

Paul est présenté comme la pièce maîtresse du retournement : il ouvre le message aux nations et contribue à la séparation progressive d'avec le judaïsme.

## Full Transcript — Download SRT & Markdown

00:00

Speaker A

Ne prenez pas le chemin des païens. Et n'entrez pas dans une ville de Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël.

00:08

Speaker A

Ça, ce n'est pas moi qui le dis. C'est Jésus. Jésus en personne qui donne ses instructions à ses douze apôtres avant de les envoyer en mission.

00:18

Speaker A

Ne prenez pas le chemin des païens. Relisez-la doucement, cette phrase. Le fondateur présumé de la religion qui allait conquérir le monde païen tout entier interdit à ses propres hommes d'approcher les païens.

00:32

Speaker A

C'est la première pièce du dossier. Et croyez-moi, ce n'est pas la plus étrange. Bonjour à tous.

00:39

Speaker A

Aujourd'hui, nous allons parler de Jésus de Nazareth. Probablement le personnage le plus célèbre de toute l'histoire de l'humanité. Le mec a un best-seller mondial à son nom depuis 2000 ans. Il a coupé le calendrier en deux. On compte les années par rapport à sa naissance. Vous vous rendez compte ? Même Napoléon n'a pas eu droit à ça.

00:53

Speaker A

Toi, quand tu regardes la date sur ton téléphone, tu fais référence à Jésus sans le savoir. Deux milliards et demi de personnes sur cette planète se réclament de lui. Deux milliards et demi. C'est le fondateur de la plus grande religion du monde. Et c'est exactement là que ça devient intéressant. Parce que la question que je vais poser aujourd'hui a l'air complètement stupide au premier abord. Elle a l'air d'une question de gamin. Une question qu'on n'ose même pas poser tellement la réponse semble évidente. La question, c'est : est-ce que Jésus a vraiment fondé le christianisme ?

00:58

Speaker A

Alors, je vous vois venir. Vous êtes en train de vous dire : « Mais qu'est-ce qu'il nous raconte ? Bien sûr que Jésus a fondé le christianisme. C'est dans le nom. Christianisme. Christ. C'est comme demander si Bouddha a fondé le bouddhisme. C'est comme demander si les frères McDonald ont fondé McDonald's. La question est réglée avant même d'être posée. » Eh bien justement, non. Et c'est ça qui est fascinant. Parce que quand vous ouvrez les livres des historiens, pas des théologiens, pas des prêtres, pas des militants anti-religion non plus, les historiens, les vrais, ceux qui passent leur vie dans les manuscrits, les universitaires d'Oxford, de Princeton, de Jérusalem, quand vous ouvrez leurs livres, vous découvrez que cette question fait débat depuis plus d'un siècle et que la réponse est beaucoup, beaucoup plus compliquée que ce qu'on croit.

01:11

Speaker A

Il y a même une phrase, une phrase devenue légendaire, écrite en 1902 par un prêtre catholique français.

01:26

Speaker A

Je dis bien un prêtre catholique, qui résume tout le problème en dix mots. Cette phrase lui a coûté sa carrière dans l'Église. Elle lui a valu l'excommunication, la sanction suprême. Le mec s'est fait éjecter comme un malpropre. Et je vous garde cette phrase pour plus tard dans l'épisode, parce qu'elle mérite d'arriver au bon moment. Croyez-moi, elle vaut le détour.

01:41

Speaker A

Alors, avant de commencer, une précision très importante, et j'insiste là-dessus [grognement], parce que je sais qu'on va m'attendre au tournant.

01:58

Speaker A

Cet épisode, ce n'est pas un épisode contre le christianisme. Ce n'est pas un épisode contre les chrétiens. Je ne suis pas là pour dire que la foi, c'est des conneries. Je ne suis pas là pour jouer le petit malin qui débanque la religion des autres depuis son canapé. Ça, c'est facile. Ça ne m'intéresse pas et, pour être honnête, je trouve ça vulgaire.

02:14

Speaker A

Ce qu'on va faire aujourd'hui, c'est de l'histoire. C'est une enquête. On va faire comme des enquêteurs qui débarquent sur une scène. On va poser les scellés. On va examiner les pièces à conviction une par une. On va interroger les témoins. On va lire les rapports d'experts. Et les rapports d'experts, dans notre affaire, ce sont les livres des plus grands historiens du christianisme ancien. Je vais vous en lire des passages. On va les commenter ensemble.

02:23

Speaker A

Et là, il faut que je vous explique une distinction fondamentale, une distinction que les chercheurs utilisent tous et qui va nous servir pendant tout l'épisode. C'est la distinction entre le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi. Petite aparté, mais c'est important. Comme la différence entre l'art moderne et l'art contemporain, c'est le genre de distinction que tout le monde mélange, alors que ce sont deux choses complètement différentes.

02:30

Speaker A

Le Christ de la foi, c'est le Fils de Dieu, mort pour les péchés du monde, ressuscité le troisième jour. Ça, c'est le domaine de la foi. C'est le domaine du croyant, et l'historien n'a rien à dire là-dessus. L'historien ne peut pas prouver que Jésus est ressuscité. Il ne peut pas prouver qu'il n'est pas ressuscité. Ce n'est pas son travail. Il n'a pas les outils pour ça. Un miracle, par définition, ne laisse pas de traces vérifiables dans les archives.

02:46

Speaker A

Le Jésus de l'histoire, en revanche, c'est autre chose. C'est un homme, un juif de Galilée, né sous l'empereur Auguste, mort sous Tibère, crucifié par un préfet romain qui s'appelait Ponce Pilate. Ça, ce sont des faits historiques, et là-dessus, l'historien a des choses à dire, beaucoup de choses. D'ailleurs, la question de savoir si cet homme a existé tout court, je l'ai déjà traitée dans une enquête précédente sur cette chaîne. Jésus a-t-il vraiment existé ? J'ai vérifié les preuves. Elle est sur la chaîne. Réponse courte : oui, il a existé, et même les historiens les plus sceptiques en conviennent. Donc aujourd'hui, on part de là. L'existence est acquise, c'est l'intention qu'on met sur la table. Et notre question aujourd'hui, c'est une question d'historien.

02:51

Speaker A

Ce n'est pas : est-ce que Jésus était le Fils de Dieu ? Chacun répond à ça dans son cœur, ce n'est pas mon problème. Notre question, c'est : est-ce que cet homme, ce juif de Galilée du Ier siècle, avait dans la tête le projet de créer une nouvelle religion, une religion séparée du judaïsme, avec ses églises, son clergé, ses dogmes, son dimanche, son jambon-beurre ? Ou est-ce qu'il voulait autre chose ? Est-ce qu'il voulait réformer sa propre religion, le judaïsme, point final ? Et si c'est le cas, accrochez-vous : qui a créé le christianisme ? Voilà l'enquête du jour. On va vérifier les preuves une par une.

03:01

Speaker A

D'abord, la scène. Qui était ce Jésus ? Dans quel monde vivait-il ? Ensuite, pièce à conviction numéro 1 : son rapport à la loi juive, la Torah. Est-ce qu'il voulait l'abolir ? Oui ou non ? Pièce numéro 2 : à qui pensait-il ? À Israël seulement, ou à toutes les nations ? Pièce numéro 3 : la fameuse phrase « Sur cette pierre, je bâtirai mon Église », qu'on va remettre dans son contexte. Et je vous préviens, ça va faire mal. Pièce numéro 4 : est-ce qu'il a demandé à qui que ce soit d'abandonner la circoncision, la cacherout, le sabbat, le Temple, les fêtes ? Et puis il y aura un retournement, un vrai retournement, le genre de truc qui fait basculer une enquête quand une pièce que personne ne regardait se retrouve au centre de la table. Et cette pièce a un nom. Elle s'appelle Paul.

03:13

Speaker A

Installez-vous, prenez un café, un vrai café, hein, pas un milkshake à la vanille avec un nom italien. C'est parti.

03:21

Speaker A

Alors, avant de sortir les pièces à conviction, il faut poser le décor. Parce que le problème numéro un dans cette affaire, le biais fondamental qu'on a tous, croyants comme non-croyants, c'est qu'on projette sur Jésus deux mille ans d'imagerie chrétienne. Quand je dis « Jésus », qu'est-ce que vous voyez ? Soyez honnêtes. Vous voyez un vitrail. Vous voyez un type en toge blanche avec une auréole, des yeux bleus, des cheveux de mannequin pour shampoing, entouré de cathédrales, de cierges, d'orgues et de petits vieux qui font la quête. Vous voyez le plafond de la chapelle Sixtine. Vous voyez le pape qui fait coucou depuis son balcon. Tout ça, il faut le mettre à la poubelle. Pas parce que c'est faux religieusement, ce n'est pas mon sujet, mais parce que c'est faux historiquement. C'est un anachronisme. C'est comme si, dans deux mille ans, on représentait Jules César avec un smartphone.

03:33

Speaker A

Le Jésus de l'histoire, celui qui marche sur les routes de Galilée dans les années 30 de notre ère, n'a jamais vu une église de sa vie. Il n'a jamais entendu le mot « chrétien ». Ce mot n'existe pas encore. Il n'a jamais entendu le

03:46

Speaker A

Et là, il faut que je vous explique une distinction fondamentale, une distinction que les chercheurs utilisent tous et qui va nous servir pendant tout l'épisode.

03:56

Speaker A

C'est la distinction entre le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi. Petite aparté, mais c'est important.

04:04

Speaker A

Comme la différence entre l'art moderne et l'art contemporain, c'est le genre de distinction que tout le monde mélange, alors que c'est deux choses complètement différentes.

04:15

Speaker A

Le Christ de la foi, c'est le fils de Dieu, mort pour les péchés du monde, ressuscité le 3e jour. Ça, c'est le domaine de la foi. C'est le domaine du croyant et l'historien n'a rien à dire là-dessus.

04:29

Speaker A

L'historien ne peut pas prouver que Jésus est ressuscité. Il ne peut pas prouver qu'il n'est pas ressuscité. Ce n'est pas son travail. Il n'a pas les outils pour ça. Un miracle, par définition, ça ne laisse pas de traces

04:42

Speaker A

vérifiables dans les archives. Le Jésus de l'histoire, en revanche, c'est autre chose. C'est un homme, un juif de Galilée, né sous l'empereur Auguste, mort sous Tibère, crucifié par un préfet romain qui s'appelait Ponce Pilate.

04:58

Speaker A

Ça, ce sont des faits historiques et là-dessus, l'historien a des choses à dire, beaucoup de choses. D'ailleurs, la question de savoir si cet homme a existé tout court, je l'ai déjà traité dans une enquête précédente sur cette chaîne.

05:13

Speaker A

Jésus a-t-il vraiment ? J'ai vérifié les preuves. Elle est sur la chaîne. Réponse courte, oui, il a existé et même les historiens les plus sceptiques en conviennent. Donc aujourd'hui, on part de là.

05:25

Speaker A

L'existence est acquise, c'est l'intention qu'on met sur la table. Et notre question aujourd'hui, c'est une question d'historien.

05:34

Speaker A

Ce n'est pas est-ce que Jésus était le fils de ? Chacun répond à ça dans son cœur, ce n'est pas mon problème.

05:42

Speaker A

Notre question c'est est-ce que cet homme, ce juif de Galilée du 1er siècle, avait dans la tête le projet de créer une nouvelle religion, une religion séparée du judaïsme avec ses églises, son clergé, ses dogmes, son dimanche, son jambon-beurre.

05:59

Speaker A

Ou est-ce qu'il voulait autre ? Est-ce qu'il voulait réformer sa propre religion, le judaïsme, de ? Et si c'est le cas, accrochez-vous, qui a créé le christianisme ? Voilà l'enquête du jour. On va vérifier les preuves une par une.

06:16

Speaker A

D'abord, la scène. Qui était ce ? Dans quel monde il ? Ensuite, pièce à conviction numéro 1, son rapport à la loi juive, la Torah.

06:28

Speaker A

Est-ce qu'il voulait ? Oui ou ? Pièce numéro 2, à qui il pensait ?

06:35

Speaker A

À Israël seulement ou à toutes les ? Pièce numéro 3, la fameuse phrase "Sur cette pierre, je bâtirai mon église." qu'on va remettre dans son contexte. Et je vous préviens, ça va faire mal.

06:48

Speaker A

Pièce numéro 4, est-ce qu'il a demandé à qui que ce soit d'abandonner la circoncision, la cacherout, le sabbat, le temple, les fêtes ? Et puis, il y aura un retournement, un vrai retournement, le genre de truc qui fait basculer une enquête quand une

07:04

Speaker A

pièce que personne ne regardait se retrouve au centre de la table. Et cette pièce, elle a un nom.

07:11

Speaker A

Elle s'appelle Paul. Installez-vous, prenez un café, un vrai café, hein, pas un milkshake à la vanille avec un nom italien.

07:20

Speaker A

C'est parti. Alors, avant de sortir les pièces à conviction, il faut poser le décor.

07:26

Speaker A

Parce que le problème numéro 1 dans cette affaire, le biais fondamental qu'on a tous, croyants comme non-croyants, c'est qu'on projette sur Jésus 2000 ans d'imagerie chrétienne.

07:36

Speaker A

Quand je dis "Jésus", qu'est-ce que vous ? Soyez honnêtes. Vous voyez un vitrail, Vous voyez un type en toge blanche avec une auréole, des yeux bleus, des cheveux de mannequin pour shampoing, entouré de cathédrales, de cierges, d'orgues et de petits vieux

07:54

Speaker A

qui font la quête. Vous voyez le plafond de la Chapelle Sixtine. Vous voyez le pape qui fait coucou depuis son balcon. Tout ça, il faut le mettre à la poubelle. Pas parce que c'est faux religieusement, ce n'est pas mon sujet.

08:07

Speaker A

Mais parce que c'est faux historiquement. C'est un anachronisme. C'est comme si dans 2000 ans on représentait Jules César avec un smartphone.

08:16

Speaker A

Le Jésus de l'histoire, celui qui marche sur les routes de Galilée dans les années 30 de notre ère, il n'a jamais vu une église de sa vie. Il n'a jamais entendu le mot chrétien. Ce mot n'existe pas encore. Il n'a jamais entendu le mot

08:31

Speaker A

christianisme. Ce mot-là, tenez-vous bien, il apparaît pour la première fois dans nos sources vers l'an 110, dans les lettres d'un évêque qui s'appelle Ignace d'Antioche, c'est-à-dire environ 80 ans après la mort de Jésus.

08:46

Speaker A

80 ans. C'est comme si le mot gaullisme était apparu en 2050. Le fondateur présumé n'a jamais prononcé, jamais entendu, jamais lu le nom de la religion qu'il est censé avoir fondé. Retenez bien ça.

09:01

Speaker A

C'est la première anomalie du dossier. Alors, c'est qui ce Jésus de ? Et là, je vais m'appuyer sur un livre qui a changé toute la recherche moderne, un livre publié en 1973 qui s'appelle Jésus le Juif de Géza

09:16

Speaker A

Vermes. Et il faut que je vous raconte qui est Géza Vermes parce que la vie de ce mec, c'est un film. Le mec naît en Hongrie en 1924 dans une famille juive.

09:28

Speaker A

Ses parents se convertissent au catholicisme quand il est gamin. Arrive la Seconde Guerre mondiale et ses parents meurent dans la Shoah.

09:35

Speaker A

La conversion n'a pas suffi. Pour les nazis, on reste juif. Lui survit. Et après la guerre, il devient prêtre catholique.

09:43

Speaker A

Puis il quitte la prêtrise dans les années 50, il revient au judaïsme, il devient professeur à Oxford et c'est lui qui signe la traduction anglaise de référence des manuscrits de la Mer Morte. Donc, vous voyez le parcours. Le

09:57

Speaker A

mec a été juif, catholique, prêtre, puis juif à nouveau et en plus, c'est l'un des plus grands spécialistes mondiaux des textes de l'époque.

10:06

Speaker A

Si quelqu'un sur cette planète était équipé pour regarder Jésus avec les deux paires de lunettes, la juive et la chrétienne, c'était lui. C'est le témoin parfait. Et qu'est-ce qu'il dit, ? Il dit une chose toute simple, tellement simple que ça paraît banal

10:20

Speaker A

aujourd'hui, mais qui en 1973 a fait l'effet d'une bombe. Jésus était un juif. Pas un juif de naissance qui aurait ensuite inventé autre chose. Un juif, point.

10:34

Speaker A

Un juif pratiquant, un juif pieux, un juif galiléen que Vermes rattache à une catégorie bien connue du judaïsme de l'époque, le hassid, le saint homme charismatique de campagne, le guérisseur, le faiseur de miracles, comme il en existait d'autres.

10:50

Speaker A

Honi, le traceur de cercle, Hanina ben Dosa, des noms que vous ne connaissez pas mais que les sources juives connaissent très bien. Des mecs qui priaient pour la pluie, qui guérissaient les malades et que le peuple vénérait pendant que les autorités religieuses

11:04

Speaker A

les regardaient de travers en se disant "C'est quoi ces énergumènes qu'on ne contrôle ?" Et une fois que tu as mis ces lunettes-là, tu relis les évangiles et tu vois des détails que tu n'avais jamais vus. C'est ça qui est génial dans

11:17

Speaker A

une enquête, c'est quand des détails insignifiants deviennent des indices. Je vous en donne un, mon préféré.

11:25

Speaker A

Vous connaissez l'histoire de la femme qui souffre d'hémorragie depuis 12 ans, qui se dit "Si je touche juste son vêtement, je serai guéri. C'est dans Marc, c'est dans Matthieu.

11:36

Speaker A

Et bien regardez le texte grec de Matthieu. Elle ne touche pas le vêtement, elle touche le craspédon. Et le craspédon, c'est la frange du vêtement. Et c'est quoi une frange au coin du vêtement pour un ? Ce sont les

11:51

Speaker A

tsitsit. Les franges rituelles que la Torah, dans le livre des Nombres, ordonne à tout juif de porter aux quatre coins de son vêtement. Ces franges que vous voyez aujourd'hui dépasser du t-shirt des juifs orthodoxes à Jérusalem ou dans le Marais.

12:07

Speaker A

Jésus portait les tsitsit. Le détail est là, dans le texte, depuis 2000 ans, personne ne le voit parce que personne ne lit avec les bonnes lunettes.

12:18

Speaker A

Ce n'est pas un détail décoratif, c'est un marqueur d'observance. Le mec que la tradition présente comme le fondateur d'une nouvelle religion se baladait avec l'équivalent textile du respect de la loi juive accroché aux quatre de son manteau.

12:33

Speaker A

Et tout le reste suit. Il est circoncis à huit jours comme le prescrit la loi.

12:38

Speaker A

C'est écrit noir sur blanc dans l'Évangile de Luc. Et d'ailleurs, pendant des siècles, l'Église a fêté ça le 1er janvier, la fête de la circoncision. Véridique, allez vérifier.

12:50

Speaker A

Il enseigne dans les synagogues le jour du sabbat. Il monte à Jérusalem pour les fêtes de pèlerinage. Il cite la Torah et les prophètes en permanence.

12:59

Speaker A

Quand on lui demande quel est le plus grand commandement, il répond ? Il répond le Shema Israël. Écoute Israël. Le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur, c'est-à-dire la profession de foi juive, celle que les juifs récitent matin et soir depuis 3000

13:16

Speaker A

ans. Son public l'appelle rabbi. Ses 12 disciples sont juifs. Sa mère s'appelle Miriam. Lui s'appelle Yeshua.

13:26

Speaker A

Jésus, c'est la version grecque passée par le latin, mais son nom, c'est Yeshua, un nom hébreu banal à l'époque.

13:34

Speaker A

Il y en avait à tous les coins de rue. Donc voilà la scène de départ. Un prédicateur juif dans un pays juif qui parle à des juifs de sujets juifs en citant des textes juifs. Et maintenant que le décor est posé, on peut commencer

13:49

Speaker A

à examiner les pièces à conviction. Parce que je vous entends d'ici. D'accord, il était juif, mais il a bien dû dire quelque part qu'il apportait autre chose, une nouvelle religion. Non.

14:02

Speaker A

Et bien, c'est ce qu'on va vérifier. Pièce à conviction numéro 1. Son rapport à la loi.

14:08

Speaker A

Alors, la pièce numéro 1, c'est la question centrale. Qu'est-ce que Jésus pensait de la loi juive, la ?

14:15

Speaker A

Parce que c'est ça le cœur du judaïsme. Le judaïsme, ce n'est pas d'abord une théologie abstraite, c'est une alliance et une pratique.

14:25

Speaker A

La cir- concision, le sabbat, les règles alimentaires, les fêtes, la pureté rituelle. Si Jésus voulait fonder une religion séparée, la première chose qu'on devrait trouver dans le dossier, c'est une déclaration de rupture avec la loi. Un moment où il dit

14:42

Speaker A

"Ça, c'est terminé. On passe à autre chose." Est-ce qu'on trouve ? On trouve exactement l'inverse.

14:51

Speaker A

Et pas dans un passage obscur, hein, dans le sermon sur la montagne, c'est-à-dire le discours le plus célèbre de Jésus, le morceau de bravoure, l'équivalent du discours de Gettysburg.

15:02

Speaker A

Évangile de Matthieu, chapitre 5, versets 17 et 18. Ouvrez les guillemets. "N'allez pas croire que je sois venu abolir la loi ou les prophètes.

15:13

Speaker A

Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront pas, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera que tout ne soit accompli.

15:28

Speaker A

Fermez les guillemets. Prenez 30 secondes pour mesurer ce texte. Le mec qu'on présente comme le fondateur d'une religion qui a abandonné la loi juive dit dans son discours le plus important pas un iota. Et iota, c'est la plus petite lettre de

15:43

Speaker A

l'alphabet grec qui traduit le yod, la plus petite lettre de l'alphabet hébreu, ce petit machin qui ressemble à une apostrophe.

15:52

Speaker A

Jésus dit même ce truc microscopique, on y touche pas tant que le ciel et la terre existent. Alors moi, je veux bien tout ce qu'on veut, mais si tu montes une boîte concurrente, tu ne commences pas ta présentation en disant "Le

16:06

Speaker A

règlement de l'ancienne boîte reste valable jusqu'à la dernière virgule." Ce n'est pas comme ça qu'on lance une nouvelle religion.

16:15

Speaker A

C'est comme ça qu'on jure fidélité à l'ancienne. Et j'anticipe tout de suite l'objection parce qu'elle est légitime et qu'elle va arriver dans les commentaires. Oui, mais Jésus passait son temps à s'engueuler avec les pharisiens, la preuve qu'il rejetait le judaïsme.

16:30

Speaker A

Alors ça, mes amis, c'est le contresens fondamental et c'est là qu'il faut sortir le rapport d'expert. L'expert, cette fois, c'est E.P. Sanders, professeur à Oxford puis à Duke et son livre de 1985 Jesus and Judaism qui est probablement le livre le plus

16:50

Speaker A

influent écrit sur le sujet depuis un demi-siècle. Sanders, ce n'est pas un rigolo, ce n'est pas un mec à buzz.

16:57

Speaker A

C'est le genre de chercheur méthodique, presque ennuyeux, qui vérifie chaque source trois fois. Et c'est exactement pour ça qu'on l'écoute.

17:06

Speaker A

Et la conclusion de Sanders, après des centaines de pages d'analyse, c'est en substance on ne trouve aucun conflit substantiel entre Jésus et la loi de Moïse. Aucun. Les fameuses disputes sur le sabbat, sur la pureté, sur le lavage

17:21

Speaker A

des mains. Sanders montre que ce sont des débats internes au judaïsme de l'époque. Des débats banals même.

17:30

Speaker A

Parce qu'il faut comprendre un truc essentiel sur le judaïsme du 1er siècle. C'était un monde de débats. Vous aviez les pharisiens, les sadducéens, les esséniens qu'on identifie généralement aux gens des manuscrits de la mer morte, les puristes radicaux partis au désert parce

17:47

Speaker A

que pour eux le temple était corrompu, les zélotes et à l'intérieur même du courant pharisien, deux écoles rivales, Hillel et Shammaï qui s'engueulaient sur tout. Le Talmud a gardé la trace de centaines de leurs controverses.

18:01

Speaker A

Personne n'a jamais dit que Hillel voulait quitter le judaïsme parce qu'il était en désaccord avec Shammaï.

18:07

Speaker A

C'est l'inverse. Tu débats de la loi parce que tu la prends au sérieux. Deux avocats qui s'écharpent sur l'interprétation d'un article du code civil est-ce qu'ils veulent abolir le droit ?

18:18

Speaker A

Non. C'est leur métier de s'écharper là-dessus. C'est même la preuve qu'ils y croient. Quand ses disciples arrachent des épis un jour de sabbat parce qu'ils ont faim et que Jésus les défend en disant "Le sabbat a été fait pour l'homme et non

18:32

Speaker A

l'homme pour le sabbat." Il ne dit pas "Le sabbat, c'est fini." Il prend position dans un débat juif sur la bonne manière de vivre le sabbat.

18:42

Speaker A

Et des rabbins du Talmud diront des choses très proches. Le principe du Pikuach Nefesh, sauver une vie passe avant le sabbat. C'est du judaïsme mainstream.

18:53

Speaker A

Mieux que ça. Vous voulez un passage que personne ne cite jamais dans les débats de ?

18:58

Speaker A

Matthieu 23, versets 2 et 3. Jésus parle des scribes et des pharisiens, ses adversaires préférés et il dit à la foule ouvrez les guillemets "Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse.

19:13

Speaker A

Faites donc et observez tout ce qu'ils vous diront. Fermez les guillemets. Tout ce qu'ils vous diront. Ensuite, oui, il les traite d'hypocrites parce qu'ils ne pratiquent pas ce qu'ils prêchent. Mais la critique, c'est faites ce qu'ils disent, ne faites pas ce

19:29

Speaker A

qu'ils font. C'est une critique de l'hypocrisie des hommes, pas une critique de la loi.

19:35

Speaker A

Nuance énorme. C'est le prédicateur qui engueule le curé, pas le prédicateur qui brûle l'église. Alors évidemment, il y a un passage qui pose problème et je vais le traiter en face. Parce qu'une enquête honnête, ça regarde aussi les pièces qui

19:50

Speaker A

dérangent. C'est dans l'évangile de Marc, chapitre 7. Jésus dit que ce n'est pas ce qui entre dans l'homme qui le souille, mais ce qui sort de son cœur. Et là, dans le texte de Marc, vous avez une petite remarque, entre parenthèses, dans

20:05

Speaker A

la plupart de nos éditions. Il déclarait ainsi purs tous les aliments. ! Si Jésus a dit ça, il abolit la cacherout, les lois alimentaires, un pilier de la pratique juive.

20:18

Speaker A

Affaire classée. Pas si vite. Regardez la pièce de plus près, comme un expert regarde un document sous la lampe. D'abord, cette phrase, ce n'est pas Jésus qui la prononce.

20:30

Speaker A

C'est le narrateur. C'est un commentaire de la rédaction, ajouté par Marc ou par la tradition qu'il transmet.

20:38

Speaker A

Pour dire au lecteur, voilà comment nous, on comprend cette parole. Marc écrit vers l'an 70, 40 ans après les faits, pour un public largement non juif, probablement à Rome, un public qui a très envie qu'on lui dise qu'il n'a

20:53

Speaker A

pas besoin de manger casher. Ensuite, détail croustillant. Quand Matthieu, qui écrit après Marc et qui reprend son texte quasiment mot pour mot, Matthieu recopie Marc. C'est le consensus quasi général des spécialistes. C'est du copier-coller antique. Quand Mathieu arrive à ce

21:11

Speaker A

passage, il recopie toute la scène et il supprime la phrase "Il déclarait purs tous les aliments." Disparu.

21:21

Speaker A

Volatilisé. Mathieu, qui écrit pour une communauté de chrétiens d'origine juive, ne peut pas laisser passer ça. Parce que dans sa communauté, visiblement, personne ne croit que Jésus a aboli la cacherout. Et le 3e indice, le plus lourd, je vous le garde pour le

21:39

Speaker A

retournement de la fin. Mais je vous le mets déjà dans un coin de la tête. S'il avait vraiment déclaré purs tous les aliments, comment expliquer que des années après sa mort, ses propres disciples refusent encore catégoriquement de manger non ?

21:53

Speaker A

Vous verrez, il y a une scène dans les Actes des Apôtres qui détruit littéralement cette parenthèse de Marc.

22:00

Speaker A

Mais chaque chose en son temps. Donc, bilan de la pièce numéro 1. Sur la loi, on a une déclaration solennelle de fidélité jusqu'au dernier iota, des débats d'interprétation parfaitement normaux dans le judaïsme de l'époque, un ordre explicite de suivre l'enseignement

22:17

Speaker A

des pharisiens et une unique phrase abolitionniste qui se révèle être un commentaire du narrateur ajouté des décennies plus tard et censuré par l'évangéliste suivant. Si vous êtes juré dans ce procès, la pièce numéro 1 plaide massivement pour le réformateur juif,

22:34

Speaker A

pas pour le fondateur d'une nouvelle religion. On continue. 2e pièce à conviction. Le public cible.

22:42

Speaker A

Parce que si tu fondes une religion universelle, une religion pour toute l'humanité, on devrait trouver dans ta communication une stratégie d'ouverture. Non.

22:53

Speaker A

Un discours tourné vers l'extérieur. Alors regardons. Quand Jésus envoie ses disciples en mission, qu'est-ce qu'il leur ?

23:01

Speaker A

Matthieu, chapitre 10. Jésus envoie les 12 et voilà la feuille de route. C'est la phrase que je vous ai lu en tout début d'épisode et la voilà dans son contexte. Ouvrez les guillemets.

23:13

Speaker A

"Ne prenez pas le chemin des païens et n'entrez pas dans une ville de Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël." Fermez les guillemets. Relisez-la, cette consigne.

23:25

Speaker A

"Ne prenez pas le chemin des païens." C'est l'exact inverse d'une religion universelle en phase de lancement. C'est une consigne de ciblage ultra-restrictive. Ni les païens, ni même les Samaritains.

23:38

Speaker A

Les Samaritains, pourtant, c'est la porte d'à côté. C'est des quasi-cousins religieux qui vénèrent le même Dieu et suivent leur propre version de la Torah.

23:48

Speaker A

Même eux, non. Uniquement les brebis perdues de la maison d'Israël. Le marché domestique et rien d'autre. Et il y a une scène encore plus rude, une scène qui met mal à l'aise tous les prédicateurs du dimanche. Et je la cite

24:03

Speaker A

précisément parce qu'elle met mal à l'aise. Les historiens ont un principe pour évaluer les sources qu'on appelle le critère d'embarras. Quand un texte raconte un truc gênant pour la communauté qui le transmet, il y a de bonnes chances que ce soit

24:18

Speaker A

authentique. Parce que personne n'invente un détail qui le dessert, on invente que ce qui nous arrange.

24:26

Speaker A

Et bien la voilà, la scène embarrassante. Matthieu 15. Une femme cananéenne, une païenne donc, supplie Jésus de guérir sa fille.

24:36

Speaker A

Réponse de Jésus. Ouvrez les guillemets. "Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël." Elle insiste, elle se prosterne. Deuxième réponse.

24:46

Speaker A

"Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens." Fermez les guillemets.

24:52

Speaker A

Les enfants, c'est Israël. Les petits chiens, c'est les païens. Je vous laisse encaisser. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est l'Évangile de Matthieu, chapitre 15. Vous pouvez vérifier. Alors oui, la femme a de la répartie. Elle répond que même les

25:07

Speaker A

petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table. Jésus est touché, il salue sa foi, il guérit la fille. La scène finit bien.

25:16

Speaker A

Mais le réflexe initial est là. Et il est limpide. Ma mission c'est Israël. Cette scène, aucun chrétien de la 2e génération n'avait à l'inventer.

25:28

Speaker A

Une église en pleine expansion chez les païens qui inventent une histoire où Jésus compare les païens à des chiens.

25:34

Speaker A

Impossible. Si elle est dans le texte, c'est parce qu'elle y était avant, parce qu'elle était trop connue pour être supprimée.

25:41

Speaker A

C'est une pièce authentique et elle pèse lourd. Alors attention, je vais être honnête jusqu'au bout parce que le dossier a aussi des pièces dans l'autre sens.

25:50

Speaker A

À la toute fin de Matthieu, après la résurrection, vous avez le fameux, allez, "Faites de toutes les nations des disciples." L'ordre missionnaire universel.

26:01

Speaker A

Il existe, il est dans le texte, je ne vais pas faire semblant qu'il n'y est pas.

26:06

Speaker A

Mais notez trois choses. Un, il est placé après Pâques, dans la partie du récit où l'historien marche sur des œufs puisque par définition on est au-delà de ce que la méthode historique peut vérifier.

26:17

Speaker A

Deux, il est en contradiction frontale avec la consigne du chapitre 10, "N'allez pas vers les païens." contre "Allez vers toutes les nations." dans le même Évangile. Il faut choisir. Et trois, et c'est l'argument le plus fort, gardez-le précieusement pour la suite.

26:36

Speaker A

Si Jésus avait réellement donné cet ordre de manière claire, alors le comportement de ses disciples après sa mort devient totalement inexplicable.

26:46

Speaker A

Parce que spoiler, ils ne vont pas vers les nations pendant des années. Et quand la d'accueillir des païens finit par se poser, c'est la crise générale. On en reparle dans le retournement.

26:59

Speaker A

Dernier élément pour cette pièce numéro 2. Et celui-là, je l'adore parce qu'il est d'une élégance folle.

27:05

Speaker A

Pourquoi 12 ? Vous vous êtes déjà posé la question. Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? 12.

27:13

Speaker A

Comme les 12 tribus d'Israël. Et ce n'est pas moi qui brode, c'est explicite dans le texte.

27:19

Speaker A

Jésus dit à ses disciples qu'ils siégeront sur 12 trônes pour juger les 12 tribus d'Israël.

27:26

Speaker A

C'est dans Matthieu, c'est dans Luc. Le chiffre 12, c'est un manifeste. C'est un symbole que n'importe quel juif de l'époque décodait en une demi-seconde.

27:36

Speaker A

Les 12 tribus, dont 10 sont été dispersées par les Assyriens des siècles plus tôt, c'est le symbole d'Israël au complet.

27:43

Speaker A

Israël restauré, Israël rassemblé à la fin des temps comme les prophètes l'avaient annoncé. En choisissant 12 hommes, Jésus fait une déclaration sans prononcer un mot.

27:55

Speaker A

Je suis en train de rassembler le nouvel Israël. Pas une nouvelle religion pour remplacer Israël. Israël restauré, réparé, préparé pour le grand soir.

28:06

Speaker A

Bart Ehrman, l'un des spécialistes américains les plus connus du Nouveau Testament, insiste énormément là-dessus.

28:13

Speaker A

Jésus était un prophète apocalyptique juif. Sa grande annonce, ce n'était pas je fonde une église pour les 20 prochains siècles. C'était le royaume de Dieu arrive. Maintenant, bientôt, de votre vivant. Il le dit texto dans Marc.

28:30

Speaker A

Certains de ceux qui sont ici présents ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le royaume de Dieu venir avec puissance.

28:36

Speaker A

De votre vivant. On y reviendra. Parce que cette petite phrase-là, elle a des conséquences vertigineuses sur toute notre enquête.

28:44

Speaker A

Bilan de la pièce numéro 2. Un ciblage explicite sur Israël, une scène authentifiée par l'embarras qu'elle provoque, un symbole des 12 tribus assumé et un horizon qui n'est pas la fondation d'une institution durable mais l'imminence du royaume.

28:59

Speaker A

Deux pièces, deux fois le même profil. Passons à la pièce que tout le monde attend, la pièce que les avocats de la défense vont brandir. Sur cette pierre, je bâtirai mon église.

29:11

Speaker A

Alors là, on touche au monument. Matthieu 16, verset 18. Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église et les portes de l'Hadès ne prévaudront pas contre elle. Cette phrase, elle est gravée en lettres géantes, en latin, à

29:27

Speaker A

l'intérieur de la coupole de la basilique Saint-Pierre de Rome. Tu es Petrus et super anc petram edificabo ecclesiam mim.

29:35

Speaker A

Des lettres de 2 m de haut. C'est le verset fondateur de la papauté, la charte officielle de l'église catholique. Jésus a fondé l'église, il en a donné les clés à Pierre, Pierre est mort à Rome, le pape est son successeur,

29:49

Speaker A

circulez. Si cette phrase dit ce qu'on lui fait dire, mon enquête s'arrête ici et je vous souhaite une bonne soirée. Sauf que approchons-nous de la pièce, mettons les gants, sortons la loupe et je vous préviens.

30:03

Speaker A

Ce qu'on va trouver est fascinant. Premier problème, le mot église. Quand vous entendez église, votre cerveau affiche ?

30:12

Speaker A

Des cathédrales, un clergé, le Vatican, la papamobile, l'encens, les scandales financiers, toute la boutique.

30:21

Speaker A

2000 ans d'histoire institutionnelle compressée dans un mot. Mais le mot grec du texte, c'est ecclesia.

30:28

Speaker A

Et ecclesia au 1er siècle, ça ne veut pas dire tout ça. Ça veut dire assemblée. C'est même un mot banal du vocabulaire politique grec.

30:37

Speaker A

À Athènes, l'ecclesia, c'est l'assemblée des citoyens, c'est la réunion municipale et surtout surtout dans la Bible grecque que lisaient les juifs de l'époque, la Septante, ecclésia, c'est le mot qui traduit l'hébreu qahal, l'assemblée d'Israël, la communauté du peuple de Dieu rassemblée au désert.

30:58

Speaker A

Autrement dit, quand un juif du 1er siècle entend "Je bâtirai mon ecclésia", il ne voit pas le Vatican, il voit le qahal Israël, l'assemblée d'Israël. Ce que la phrase dit à ses auditeurs c'est "Je vais rassembler ma communauté

31:12

Speaker A

d'Israël." C'est exactement le programme des 12 tribus qu'on vient de voir. C'est un projet de rassemblement à l'intérieur d'Israël formulé avec un vocabulaire 100 % juif.

31:24

Speaker A

La rétroprojection de l'église institution sur le mot ecclésia, c'est l'anachronisme du vitrail, encore lui.

31:31

Speaker A

On prend le résultat final et on le réinjecte dans les paroles d'origine. En finance, on appellerait ça un délit d'initié temporel. Tu lis le passé avec la formation du futur. 2e problème, et là ça devient une affaire de manuscrit.

31:45

Speaker A

Cette phrase n'existe que dans Matthieu. Je répète parce que c'est le genre de détail qui change tout. La scène existe ailleurs.

31:54

Speaker A

La scène de Césarée de Philippe où Jésus demande "Qui dites-vous que je ?" et où Pierre répond "Tu es le Messie." Cette scène-là, vous l'avez dans Marc, vous l'avez dans Luc. Mais dans Marc, le plus ancien des évangiles, la réponse de

32:08

Speaker A

Jésus à la déclaration de Pierre, c'est ? Pas de tu es Pierre et sur cette pierre.

32:14

Speaker A

Pas d'église, pas de clé, pas de fondation. Dans Marc, Jésus leur ordonne de ne le dire à personne. Et quelques versets plus loin, quand Pierre proteste contre l'annonce de la passion, il se fait traiter de Satan.

32:28

Speaker A

"Arrière de moi, Satan." Même scène, même endroit, même dialogue de départ. Chez Marc, Pierre repart avec un Satan dans les dents et c'est tout. Chez Matthieu, écrit 15 ou 20 ans plus tard, la scène du Satan est toujours là.

32:46

Speaker A

Matthieu la garde, il faut être honnête. Mais Matthieu insère juste avant un bloc entier qui n'existe pas chez Marc.

32:53

Speaker A

La bénédiction de Pierre, les clés du royaume, l'église en fondation. Vous voyez le problème. Quand la version la plus ancienne d'un témoignage ne contient pas la phrase clé et que la phrase clé apparaît dans une version ultérieure, rédigée à une époque où

33:08

Speaker A

justement la communauté est en train de s'organiser et a bien besoin d'une autorité fondée sur Pierre, n'importe quel enquêteur fronce les sourcils. Ça ne prouve pas mathématiquement que Jésus ne l'a jamais dit.

33:21

Speaker A

Mais énormément d'historiens considèrent ce verset comme une composition de la communauté de Matthieu, une relecture après coup.

33:29

Speaker A

Au tribunal, on dirait pièce ajoutée au dossier après les faits, recevabilité douteuse. Et le troisième problème, c'est le mot bâtirait.

33:40

Speaker A

Le futur. Je bâtirai. Même si on prend la phrase comme authentique à 100 % dans la bouche d'un prophète apocalyptique qui annonce le royaume imminent, je bâtirai mon assemblée ne décrit pas un plan d'organisation institutionnelle sur deux millénaires avec concile, dogme

33:58

Speaker A

et banque du Vatican. Ça annonce le rassemblement eschatologique du peuple de Dieu pour la fin des temps qui arrivent. Le mec annonce l'assemblée du grand soir, pas le siège social.

34:09

Speaker A

Et c'est ici, mes amis, que je vous ressors la phrase du début. La phrase à 10 mots.

34:15

Speaker A

Elle est d'Alfred Loisy, prêtre catholique professeur exégète brillant, l'un des pionniers de la lecture historique de la Bible en France. En 1902, dans son livre L'Évangile et l'Église, Loisy écrit, ouvrez les guillemets, "Jésus annonçait le royaume et c'est l'église qui est

34:33

Speaker A

venue. Fermez les guillemets. Voilà. Tout est là. Tout notre épisode tient dans cette phrase.

34:41

Speaker A

Jésus annonçait le royaume, l'irruption de Dieu dans l'histoire, imminente, bouleversante. Et ce qui est arrivé à la place, c'est l'église.

34:52

Speaker A

Une institution qui s'est construite dans la durée quand le royaume n'est pas venu. Cette phrase est d'une puissance folle. Et ce qui la rend encore plus puissante, c'est son prix.

35:03

Speaker A

Loisy a été mis à l'index, puis excommunié en 1908, excommunication majeure, le tarif maximum. Le mec est devenu officiellement infréquentable pour tout catholique. Et 120 ans plus tard, une énorme partie de ce que disait Loisy est tranquillement enseignée dans

35:20

Speaker A

les facultés de théologie, y compris catholiques. C'est ça qui me tue à chaque fois avec les institutions, et pas seulement religieuses, hein, c'est valable partout. Elles excommunient le lanceur d'alerte, puis elles digèrent ses idées une génération plus tard, sans jamais

35:35

Speaker A

présenter d'excuses. Loisy a pris la foudre pour avoir dit tout haut ce que les documents murmuraient.

35:41

Speaker A

Bilan de la pièce numéro 3. Le verset le plus célèbre de la défense, une fois remis sous la loupe.

35:49

Speaker A

Un mot, ecclésia, qui désigne l'assemblée d'Israël et pas l'institution romaine. Une phrase absente du plus ancien évangile et apparue dans un texte tardif qui avait de bonnes raisons de l'écrire.

36:01

Speaker A

Et un futur qui colle à l'annonce du royaume, pas à un organigramme. La pièce maîtresse de la défense ressort du labo sérieusement fragilisée.

36:11

Speaker A

On passe à la dernière pièce avant le retournement. Quatrième pièce à conviction, et c'est un test d'une simplicité redoutable.

36:19

Speaker A

Le christianisme, tel qu'on le connaît, se distingue du judaïsme par une série d'abandons très concrets. Les chrétiens ne circoncisent pas leurs fils par obligation religieuse, ne mangent pas casher, ne font pas shabbat le samedi, ne célèbrent pas les fêtes juives, n'ont

36:35

Speaker A

plus de rapport au temple. Cinq ruptures majeures. La question de l'enquêteur est donc toute bête.

36:42

Speaker A

Pour chacune de ces cinq ruptures, est-ce qu'on trouve dans les évangiles un ordre de Jésus qui la ? Il a eu, selon les textes, des mois et des mois de ministère public, des centaines d'heures d'enseignement.

36:55

Speaker A

S'il voulait fonder une religion sans circoncision, sans cacherout, sans sabbat, sans temple et sans fêtes juives, il a eu tout le temps de le dire. Cherchons.

37:06

Speaker A

La circoncision, d'abord, le marqueur d'identité juive par excellence, le signe de l'alliance d'Abraham, gravé dans la chair depuis des siècles.

37:16

Speaker A

Combien de prises de position de Jésus sur la circoncision dans les quatre ? Je vous laisse deviner.

37:24

Speaker A

Zéro. Une seule mention, en passant, dans l'évangile de Jean, et encore, comme argument dans un débat sur le sabbat, pas comme sujet en soi. Zéro prise de position sur son maintien ou son abandon.

37:38

Speaker A

Le sujet qui va littéralement déchirer le mouvement chrétien 20 ans après sa mort. On va le voir, il y a des engueulades homériques là-dessus dans les lettres de Paul. C'est le sujet qui fâche de la première génération. Ce

37:51

Speaker A

sujet-là, Jésus n'en parle jamais. Et vous savez pourquoi il n'en parle ? Parce que la question ne se posait pas.

37:58

Speaker A

Tout son public était juif, tout le monde était circoncis, débat clos avant d'exister. C'est ça l'indice en creux, et il est énorme.

38:08

Speaker A

Le silence de Jésus sur la circoncision prouve que la question des païens n'était pas à son agenda.

38:13

Speaker A

Tu ne trouves pas de position sur un problème qu'il n'a jamais eu à se poser.

38:17

Speaker A

Si le patron avait prévu l'expansion internationale, il aurait laissé une note sur le dossier le plus explosif de l'Internationale. Il n'y a pas de note, il n'y a rien.

38:28

Speaker A

La cacherout. On l'a vu au chapitre 2. La seule phrase abolitionniste est un commentaire du narrateur de Marc censuré par Matthieu et contredit patience par le comportement des disciples après sa mort. Ce qu'on peut ajouter, c'est le sens de la controverse

38:45

Speaker A

d'origine. Le débat de Marc 7 à la base ne porte même pas sur le le casher et le non casher, il porte sur le lavage rituel des mains avant le repas qui est une tradition pharisienne, pas un commandement de la Torah. Jésus défend

39:00

Speaker A

la priorité de la pureté du cœur sur une tradition humaine. C'est un débat de style ilélite si vous me passez l'expression, c'est une position dans le débat juif encore une fois.

39:11

Speaker A

De là à manger du saucisson, il y a un canyon et ce canyon, ce n'est pas Jésus qui l'a creusé. Le sabbat. On a vu les controverses. Peut-on ? Peut-on arracher des épis pour manger le jour du ? À

39:26

Speaker A

chaque fois, la structure du débat est la même. Jésus argumente en juif à partir des écritures. David a bien mangé les pains d'offrande. Vous détachez bien votre âne pour l'abreuver le jour du sabbat. La circoncision elle-même se pratique le jour du sabbat quand c'est

39:41

Speaker A

le 8e jour. C'est de l'argumentation rabbinique, du raisonnement a fortiori, du calvaomé comme disent les rabbins.

39:49

Speaker A

Jamais pas une fois, il ne dit le sabbat est aboli ou désormais ce sera le 1er jour de la semaine.

39:57

Speaker A

Le dimanche chrétien, le jour du Seigneur, c'est un développement postérieur lié à la mémoire de la résurrection.

40:05

Speaker A

Décision d'après, pas consigne d'avant. Et petite pièce annexe savoureuse. Dans le discours apocalyptique de Matthieu 24, Jésus dit à ses disciples, en parlant des catastrophes à venir, priez pour que votre fuite n'arrive pas en hiver ni un jour de sabbat.

40:23

Speaker A

Réfléchissez 2 secondes. Pourquoi prier pour ne pas avoir à fuir un jour de sabbat si le sabbat est ?

40:30

Speaker A

Cette phrase n'a de sens que pour des gens qui observent le sabbat et pour qui fuir ce jour-là serait un déchirement.

40:37

Speaker A

L'évangéliste écrit pour une communauté qui fait shabbat des décennies après la crucifixion. La pièce est petite mais elle est en acier. Le temple.

40:47

Speaker A

Alors là, on tient le seul vrai geste de rupture apparente. L'épisode des marchands du temple, le coup de sang, les tables renversées, le fouet. C'est d'ailleurs, selon Sanders et beaucoup d'autres, l'acte qui a directement conduit à son arrestation.

41:03

Speaker A

Tu fais un esclandre dans le lieu le plus sensible du pays pendant la Pâque avec des centaines de milliers de pèlerins et l'armée romaine sur les dents, tu attires l'attention des autorités. C'est mécanique. Mais regardez ce qu'il dit en renversant les

41:17

Speaker A

tables. Ma maison sera appelée maison de prière et vous en faites une caverne de bandits.

41:23

Speaker A

Ma maison. Maison de prière. Il cite Isaïe et Jérémie, deux prophètes juifs. Est-ce que c'est le vocabulaire d'un homme qui veut fermer la ?

41:34

Speaker A

Tu ne fais pas le ménage dans une maison que tu veux raser. Tu ne t'énerves pas contre la corruption d'un lieu dont tu veux te débarrasser. Tu t'énerves contre la corruption d'un lieu que tu aimes.

41:46

Speaker A

Ce geste, c'est le geste d'un prophète dans la plus pure tradition d'Israël. Jérémie aussi avait fait un scandale dans le temple. Jérémie aussi avait annoncé sa destruction si le peuple ne changeait pas et personne n'a jamais accusé Jérémie de vouloir fonder une

42:01

Speaker A

autre religion. La critique du temple, c'est un grand classique juif. Les Esséniens considéraient carrément le temple de leur époque comme illégitime et son clergé comme corrompu et ils étaient tout ce qu'il y a de plus juif.

42:16

Speaker A

C'était même les ultra-orthodoxes de l'époque. Les fêtes, enfin. Jésus monte à Jérusalem pour Pessa'h, la Pâque juive, comme des centaines de milliers de pèlerins. Et son dernier repas, la fameuse Cène, la Cène du tableau de Léonard de Vinci.

42:33

Speaker A

C'est un repas pascal juif. Les Évangiles synoptiques le disent explicitement. Les disciples lui demandent où préparer la Pâque. Le repas fondateur de l'Eucharistie chrétienne, le geste répété chaque dimanche dans chaque messe du monde, c'est à l'origine un dîner de

42:50

Speaker A

Pessa'h entre juifs à Jérusalem avec le pain, les coupes de vin, les bénédictions. La messe est la petite fille du Seder.

42:59

Speaker A

La plupart des chrétiens qui vont à la messe l'ignorent complètement et je ne leur jette pas la pierre. On ne leur a jamais dit. Bilan de la 4e pièce et il est sans appel.

43:09

Speaker A

Zéro consigne d'abandon. Sur les cinq ruptures qui définiront le christianisme, on trouve zéro ordre du fondateur présumé. Pas une. Les cinq décisions ont été prises après. Alors la question qui tue arrive toute seule.

43:24

Speaker A

Après, par ? Et c'est exactement ici que l'enquête bascule. Parce que jusqu'à maintenant, on a examiné le suspect principal.

43:33

Speaker A

Maintenant, on va examiner ce que ses proches ont fait juste après sa mort. Et croyez-moi, en matière criminelle comme en matière historique, le comportement des proches juste après les faits, c'est de l'or.

43:48

Speaker A

Les gens peuvent mentir sur ce qu'ils pensent. Ils mentent beaucoup plus difficilement sur ce qu'ils font. Alors maintenant, faites l'expérience de penser avec moi. Imaginons que la version scolaire soit vraie. Imaginons que Jésus ait clairement fondé une nouvelle religion, qu'il ait clairement

44:04

Speaker A

aboli la loi, clairement ordonné la mission universelle, clairement institué l'église. Ses disciples ont passé des années avec lui, jour et nuit, sur les routes. Ils ont tout entendu, plusieurs fois.

44:18

Speaker A

Question, à quoi devrait ressembler leur vie, disons 5 ans après sa ? Logiquement, ils devraient avoir tourné la page du judaïsme.

44:28

Speaker A

Fini le temple, fini le casher, en avant vers les nations, comme le patron l'a demandé.

44:34

Speaker A

Maintenant, ouvrons le dossier. Ce qu'on sait de la première communauté, on le sait principalement par les Actes des Apôtres et par les Lettres de Paul, qui sont d'ailleurs, détail que beaucoup de gens ignorent, les documents chrétiens les plus anciens qu'on

44:48

Speaker A

possède, écrits avant les Évangiles, dans les années 50. Et qu'est-ce qu'on ? Accrochez-vous, parce que c'est là que toute l'affaire bascule. Les disciples restent à Jérusalem.

45:00

Speaker A

Pas en Galilée, pas à Antioche, pas à Rome. À Jérusalem, la ville sainte, l'épicentre du judaïsme.

45:08

Speaker A

Et qu'est-ce qu'ils y ? Actes chapitre 2, verset 46, ouvrez les guillemets, "Chaque jour, d'un commun accord, ils étaient assidus au temple." Fermez les guillemets. Chaque jour, au temple.

45:22

Speaker A

Actes chapitre 3, verset 1, "Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l'heure de la prière.

45:29

Speaker A

C'était la 9e heure." La 9e heure, c'est-à-dire 3h de l'après-midi, c'est-à-dire l'heure du sacrifice quotidien du soir, le Tamid.

45:39

Speaker A

Vous réalisez ce que dit ce ? Pierre, le Pierre de "Sur cette pierre, je bâtirai mon église", le premier pape selon la tradition, Pierre a un abonnement au temple de Jérusalem.

45:52

Speaker A

Il monte prier aux heures juives de la prière, calées sur les sacrifices juifs, dans le sanctuaire juif. C'est sa routine, des années après la crucifixion. Et là, il faut que je vous parle du rapport d'expertise le plus important de cette partie de l'enquête.

46:07

Speaker A

C'est un livre de Paula Fredriksen, professeur émérita de l'université de Boston, l'une des plus grandes spécialistes vivantes des origines chrétiennes. Un livre publié en 2018 dont le titre est déjà tout un programme.

46:22

Speaker A

When Christians were Jews. Quand les chrétiens étaient juifs. Sous-titre la première génération. Et franchement ce bouquin, c'est une pépite. Fredriksen y démontre, sources à l'appui, que la première génération du mouvement de Jésus a vécu et est morte à l'intérieur

46:41

Speaker A

du judaïsme. Elle a cette formule que je trouve lumineuse. Pour un juif pieux du 1er siècle l'orientation positive vers le temple et son culte était quasiment l'indice universel de la piété.

46:55

Speaker A

Et les disciples de Jésus cochaient toutes les cases. Ils priaient au temple. Ils observaient la loi. Ils attendaient le retour imminent de leur Messie à Jérusalem parce que c'est à Jérusalem que les prophéties situaient le grand rendez-vous de la fin des temps.

47:11

Speaker A

Ce que décrit Fredriksen, ce n'est pas une nouvelle religion en phase de lancement. C'est un mouvement messianique juif en salle d'attente. Ces gens ne se vivaient pas comme les membres d'une religion nouvelle. Le mot chrétien, rappelons-le, n'existait même

47:26

Speaker A

pas. Il apparaîtra plus tard à Antioche comme un surnom donné de l'extérieur et vraisemblablement avec une nuance moqueuse, les gens du Christ, un peu comme on dira les macronistes ou les swifties. C'est les autres qui te collent l'étiquette. Eux-mêmes

47:43

Speaker A

s'appelaient les disciples de la voie. À l'intérieur du judaïsme, ils étaient une tendance parmi d'autres comme les pharisiens ou les esséniens.

47:53

Speaker A

Les nazaréens, les gens de Yeshua de Nazareth, ceux qui affirmaient que le Messie était déjà venu et qu'il allait revenir finir le travail.

48:02

Speaker A

Et maintenant, la scène que je vous promets depuis le début, la scène qui à elle seule réduit en miettes l'idée que Jésus aurait aboli les lois alimentaires et ordonné la mission universelle.

48:15

Speaker A

Actes chapitre 10. Écoutez bien parce que c'est peut-être le passage le plus sous-côté de tout le Nouveau Testament.

48:23

Speaker A

Pierre est sur une terrasse à Jaffa, il a faim, il tombe en extase, vision.

48:28

Speaker A

[raclement de gorge] Une grande nappe descend du ciel remplie d'animaux, y compris toutes les bêtes non casher. Une voix lui dit "Lève-toi Pierre, tue et mange." Réponse de Pierre, je cite "Oh non Seigneur, jamais rien de souillé ni d'impur n'est

48:45

Speaker A

entré dans ma bouche, jamais." J'insiste sur ce "jamais". Dans la bouche de Pierre, des années après la mort de Jésus, [grognement] ce mot signifie que Pierre a mangé casher toute sa vie, y compris pendant les années passées au côté de Jésus, y

49:01

Speaker A

compris depuis. La voix insiste, Pierre refuse. La scène se répète trois fois. Il faut la répéter trois fois à Pierre alors que c'est une voix céleste qui parle. Il faut littéralement une intervention divine en triple exemplaire avec effets spéciaux pour préparer

49:20

Speaker A

Pierre à l'idée d'entrer dans la maison d'un païen, le centurion Corneille. Et quand il finit par y aller et que l'esprit descend sur ces païens, il rentre à Jérusalem et là, Actes chapitre 11, il se fait engueuler par la communauté.

49:36

Speaker A

"Tu es entré chez des incirconcis et tu as mangé avec eux." Il doit se justifier, raconter la vision, plaider son dossier devant les frères scandalisés.

49:46

Speaker A

Alors moi je pose la question calmement, comme un enquêteur pose une question en en à vue. Si Jésus avait déclaré purs tous les aliments, pourquoi Pierre, son bras droit, son numéro 1, l'homme qui a vécu avec lui pendant des années,

50:01

Speaker A

répond "Jamais rien d'impur n'est entré dans ma bouche." Si Jésus avait ordonné "Allez vers toutes les nations", pourquoi il faut trois visions célestes pour convaincre Pierre d'entrer chez un ? Et pourquoi toute la communauté de Jérusalem lui tombe dessus quand il le ?

50:17

Speaker A

Il n'y a que deux réponses possibles. Soit les disciples étaient les pires élèves de l'histoire de l'humanité, des mecs qui ont passé des années en formation continue avec le maître et qui n'ont rien retenu du programme, soit le programme ne contenait pas ces

50:31

Speaker A

consignes, soit ils ont tout oublié, soit il n'avait rien dit de tel. Et quand je dois choisir entre les témoins directs ont tous simultanément oublié l'essentiel et l'essentiel a été ajouté après, désolé, mais l'enquêteur qui est en moi n'hésite pas longtemps.

50:48

Speaker A

Et je n'ai même pas encore sorti la pièce la plus lourde. Jacques. Jacques, le frère de Jésus. Oui, Jésus avait des frères, c'est dans les textes.

50:58

Speaker A

Marc les nomme. Jacques, José, Jude, Simon. Les traditions catholiques et orthodoxes y voient des cousins ou des demi-frères.

51:06

Speaker A

Les historiens lisent en général le mot grec comme il s'écrit. Bref, pas le sujet du jour.

51:12

Speaker A

Le sujet, c'est que ce Jacques, après la mort de Jésus, devient le chef de la communauté de Jérusalem, pas Pierre. 1.

51:20

Speaker A

Jacques. Le patron de la maison mère, c'est le frère du fondateur. Et ce Jacques, comment les sources le ?

51:29

Speaker A

Toutes, chrétiennes comme extérieures, le décrivent comme un juif d'une piété exemplaire. La tradition lui donne le surnom de Jacques le Juste et les récits anciens le montrent en habitué du temple, un homme respecté bien au-delà de son mouvement pour son observance

51:46

Speaker A

scrupuleuse. Quand il meurt lapidé en 62, sur ordre d'un grand prêtre profitant d'une vacance du pouvoir romain.

51:55

Speaker A

C'est l'historien juif Flavius Joseph qui raconte l'épisode, source non chrétienne, pièce externe au dossier, sa mort scandalise les juifs pieux de Jérusalem qui protestent contre le grand prêtre.

52:08

Speaker A

Vous avez bien entendu. À sa mort, le frère de Jésus, chef des chrétiens de Jérusalem, est défendu par les juifs observant de la ville.

52:17

Speaker A

30 ans après la crucifixion, le mouvement de Jésus à Jérusalem est encore si profondément juif que son chef est considéré comme un tsadik, un juste, par le judaïsme environnant.

52:29

Speaker A

Et la scène finale de ce chapitre, je la trouve vertigineuse. Actes 21, Paul. On va parler de lui longuement, patience.

52:38

Speaker A

Paul revient à Jérusalem après des années de mission chez les païens. Il rencontre Jacques et les anciens. Et Jacques lui dit, ouvrez les guillemets, "Tu vois, frère, combien de milliers de juifs ont cru et tous sont zélés pour la

52:52

Speaker A

loi." Fermez les guillemets. Des milliers de croyants en Jésus, tous zélés pour la loi, à Jérusalem, vers l'an 57.

53:01

Speaker A

Et Jacques demande à Paul de prouver publiquement qu'il n'enseigne pas l'abandon de la loi en finançant les sacrifices de purification de quatre hommes au temple et en s'y purifiant lui-même. Et Paul le fait. Paul, l'apôtre des païens, va se purifier

53:16

Speaker A

rituellement au temple de Jérusalem pour prouver qu'il est un bon juif. Si vous n'aviez qu'une seule image à retenir de tout cet épisode, prenez celle-là. Donc voilà le retournement.

53:27

Speaker A

On cherchait le fondateur du christianisme, on a examiné Jésus et les pièces disent, réformateur juif, prophète du royaume, fidèle à la loi. On se retourne vers ses héritiers directs, ceux qui l'ont connu, et les pièces disent, des juifs pratiquant au temple tous les

53:44

Speaker A

jours, cachés toute leur vie sous l'autorité du frère du patron, lui-même surnommé le juste pour sa piété juive.

53:52

Speaker A

Alors, la question s'impose d'elle-même. Et elle fait un peu froid dans le dos vu de l'histoire d'après. Si ni Jésus ni ses disciples directs n'ont fondé une religion séparée du judaïsme, qui l'a ?

54:04

Speaker A

Et c'est maintenant qu'entre en scène le personnage le plus fascinant, le plus controversé, le plus mal connu de toute cette histoire.

54:12

Speaker A

Un petit bonhomme de Tarse, fabricant de tentes de profession, qui n'a jamais rencontré Jésus de sa vie.

54:18

Speaker A

Mesdames et messieurs, Paul. Alors Paul. Saul de Tarse. Et je vous le dis d'entrée.

54:25

Speaker A

Ne rangez pas Paul dans la case suspect de plus. Paul, c'est la pièce qui fait basculer toute l'enquête. C'est le moment du dossier où tu comprends que tu ne cherchais pas au bon endroit depuis le début. Le personnage est tellement

54:38

Speaker A

énorme que je lui ai déjà consacré une enquête entière sur cette chaîne. Paul de Tarse a-t-il inventé le ?

54:47

Speaker A

Et je vous la recommande en complément direct de celle-ci. Mais ici, on va se concentrer sur ce que Paul change dans notre dossier à nous.

54:54

Speaker A

D'abord, le parcours, parce qu'il est extraordinaire. Paul est un juif de la diaspora, né à Tarse en Cilicie, dans l'actuelle Turquie.

55:05

Speaker A

Un juif hellénisé qui parle grec, qui écrit grec, qui connaît la Bible dans sa version grecque et qui se présente lui-même comme pharisien, formé dans le zèle le plus strict. Il le raconte dans sa lettre aux Galates. Il était

55:19

Speaker A

tellement zélé qu'il persécutait le mouvement de Jésus. C'était un anti-Jésus de la première heure.

55:25

Speaker A

Et puis, sur la route de Damas, l'expérience qui a fait entrer l'expression "chemin de Damas" dans le langage courant.

55:32

Speaker A

Une vision du Christ ressuscité. L'ennemi numéro 1 devient le militant numéro 1. Le procureur passe à la défense et il paiera sa nouvelle conviction de sa liberté et probablement de sa vie. Mais le point capital, celui qu'il faut avoir en tête en permanence,

55:48

Speaker A

Paul n'a jamais rencontré Jésus. Jamais. Il n'était pas là en Galilée, il n'était pas là à Jérusalem pendant le procès, il n'a pas entendu une seule parole du Jésus terrestre.

56:00

Speaker A

Toute sa connaissance du Christ vient de sa vision et, dit-il, de révélations. Il le revendique d'ailleurs fièrement dans la lettre aux Galates. Mon Évangile, je ne l'ai reçu d'aucun homme, je l'ai reçu par révélation. Vous mesurez le truc. Le

56:15

Speaker A

personnage qui a écrit la plus grande partie des textes fondateurs. Sur les 27 livres du Nouveau Testament, 13 portent le nom de Paul, même si les historiens n'en retiennent que sept comme certainement authentiques.

56:30

Speaker A

Le théologien le plus influent de l'histoire du christianisme est un homme qui n'a jamais croisé le fondateur. C'est comme si la doctrine officielle d'une entreprise avait été rédigée par un consultant arrivé après la mort du créateur, qui ne l'a connu

56:45

Speaker A

qu'en rêve. Je le dis sans ironie méchante hein. Mais factuellement, c'est ça le dossier.

56:53

Speaker A

Et qu'est-ce qu'il fait, ? Il part en mission autour de la Méditerranée. Antioche, la Galatie, Philippe, Thessalonique Corinthe Éphèse.

57:04

Speaker A

Et il prêche à des païens. Et c'est là qu'il prend la décision. La décision dont on peut défendre qu'elle a changé l'histoire du monde plus sûrement que bien des batailles.

57:13

Speaker A

Un païen peut rejoindre le mouvement du Christ sans devenir juif, sans circoncision, sans cacherout, sans le joug complet de la loi.

57:23

Speaker A

La foi dans le Christ suffit. Il faut bien comprendre pourquoi c'est révolutionnaire. Le judaïsme accueillait déjà des sympathisants païens.

57:32

Speaker A

Les sources les appellent les craignant Dieu, des Grecs et des Romains qui fréquentaient les synagogues, admiraient le monothéisme, mais ne franchissaient pas le pas de la conversion complète. Et on peut les comprendre. Pour un homme adulte, la conversion passait par la

57:46

Speaker A

circoncision, sans anesthésie, je vous laisse méditer la proposition commerciale. Le judaïsme leur disait "Vous êtes les bienvenus en tribune, mais pour jouer sur le terrain, il faut le maillot complet." Paul arrive et dit "Le terrain est ouvert, le maillot n'est

58:03

Speaker A

plus obligatoire." Vous imaginez l'avantage concurrentiel. Et derrière cette décision, il y a une doctrine que Paul martèle dans la lettre aux Galates et la lettre aux Romains.

58:15

Speaker A

Ce n'est pas la pratique de la loi qui rend juste devant Dieu, c'est la foi dans le Christ. Voilà. Cette phrase-là, cette doctrine-là, la justification par la foi, c'est la matrice théologique de ce qui deviendra le christianisme. Et

58:30

Speaker A

elle est de Paul, pas de Jésus, de Paul. Alors évidemment, ça ne passe pas tout seul.

58:37

Speaker A

Et j'adore cette partie de l'histoire parce qu'on nous vend souvent les origines chrétiennes comme une success story harmonieuse, tout le monde main dans la main sous la colombe du Saint-Esprit.

58:47

Speaker A

La réalité documentaire, c'est les conflits, des clans, des engueulades épiques. [grognement] La première grande crise, c'est précisément là-dessus. Des militants venus de Jérusalem débarquent à Antioche et disent aux convertis païens "Si vous ne vous faites pas circoncire, vous ne

59:03

Speaker A

pouvez pas être sauvés." Panique chez les nouveaux membres, comme on imagine. Ça remonte au sommet.

59:10

Speaker A

Réunion à Jérusalem vers l'an 48 ou 49, ce qu'on appellera le concile de Jérusalem. Actes 15.

59:18

Speaker A

D'un côté, les partisans de la ligne dure, conversion complète, circoncision. De l'autre, Paul et Barnabé.

59:27

Speaker A

La foi suffit. Arbitrage final rendu par devinez ? Jacques, le frère de Jésus, toujours lui.

59:37

Speaker A

Les païens n'ont pas à se faire circoncire, mais qu'ils respectent quelques règles minimales. S'abstenir des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des viandes étouffées et de l'immoralité sexuelle. Un compromis très proche d'ailleurs de ce que la tradition juive attend des non-juifs justes.

59:54

Speaker A

Ce qu'on appellera les lois noachides. Notez bien ce que ce compromis implique dans notre enquête. En 49, 20 ans après la mort de Jésus, la direction du mouvement doit se réunir en urgence pour trancher une question que le fondateur, s'il avait fondé une

60:12

Speaker A

religion universelle, aurait forcément réglé lui-même. Le concile de Jérusalem est la preuve institutionnelle que Jésus n'avait pas laissé de consigne. On ne convoque pas un sommet de crise pour appliquer une directive claire du patron.

60:27

Speaker A

On convoque un sommet de crise parce qu'il n'y a pas de directive. Et le compromis ne règle pas tout. La preuve par l'incident d'Antioche, ma scène préférée de tout le Nouveau Testament, je crois. Galates chapitre 2, raconté par Paul lui-même. À Antioche, Pierre

60:45

Speaker A

mangeait tranquillement à la même table que les convertis païens. Arrivent des gens de l'entourage de Jacques, la maison-mère de Jérusalem, la ligne observante. Et Pierre, gêné, se met à l'écart. Il arrête de manger avec les païens.

61:01

Speaker A

Et là, Paul écrit, ouvrez les guillemets, "Lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face parce qu'il était répréhensible." Fermez les guillemets.

61:11

Speaker A

Je lui résistai en face. Céphas, c'est Pierre. Vous êtes en train de lire le récit d'un clash frontal entre le futur Saint Pierre et le futur Saint Paul. Les deux statues qui encadrent l'entrée de la basilique Saint-Pierre de Rome, les deux piliers

61:27

Speaker A

du christianisme. En train de s'engueuler publiquement dans une cantine d'Antioche sur la question de savoir si on peut partager la table des païens.

61:35

Speaker A

Ça, on ne vous le raconte pas au catéchisme. Et cette scène est un document en or massif pour l'historien.

61:43

Speaker A

Elle est racontée par un témoin direct dans une lettre authentique. Et elle montre qu'au milieu du 1er siècle, les plus hauts responsables du mouvement n'étaient d'accord ni sur la loi, ni sur les païens, ni sur ce que le fondateur

61:57

Speaker A

aurait voulu. Chacun tirait la couverture à soi. Si Jésus avait tranché, le débat n'existerait pas.

62:04

Speaker A

Alors du coup, la grande question. Est-ce que c'est Paul le vrai fondateur du ?

62:11

Speaker A

Et là, il faut que je vous présente le livre le plus sulfureux du dossier, The Myth Maker de Hyam Maccoby, publié en 1986.

62:21

Speaker A

Sous-titre, je : Paul et l'invention du christianisme. Maccoby, c'était un érudit juif britannique, spécialiste du Talmud. Et sa thèse est un char d'assaut. Selon lui, Jésus était un pharisien, parfaitement fidèle à la loi.

62:37

Speaker A

Et le christianisme comme religion séparée était essentiellement une création de Paul qui aurait bricolé sa nouvelle religion en mixant le messianisme juif avec des schémas de religions à mystères gréco-païennes.

62:50

Speaker A

Le dieu qui meurt et ressuscite, le repas sacré. Alors je vous le dis franchement, ce livre se lit comme un polar. Il est jouissif par moment.

63:00

Speaker A

Mais la majorité des historiens, y compris ceux qui n'ont aucun intérêt religieux dans l'affaire, trouvent qu'il va trop loin. Il fait de Paul un imposteur quasi conscient. Et ça, les documents ne le soutiennent pas. C'est le problème des thèses trop belles. À

63:15

Speaker A

force de vouloir un méchant unique, on simplifie une histoire qui était un bordel collectif. Et la version plus solide, plus subtile et pour moi beaucoup plus fascinante, c'est encore Paula Fredriksen qui la donne dans son autre grand livre Paul

63:31

Speaker A

The Pagans Apostle 2017. Paul, l'apôtre des païens. Et sa thèse va vous surprendre après tout ce que je viens de dire. Paul non plus n'a pas voulu fonder une nouvelle religion.

63:43

Speaker A

Paul est resté un juif toute sa vie jusqu'au bout des ongles. "Ce que fait Paul, dit Fredriksen, ne se comprend que dans un cadre juif apocalyptique.

63:54

Speaker A

Suivez-moi bien parce que c'est le nœud de toute l'affaire, les prophètes d'Israël. Isaïe Zacharie Michée avaient annoncé qu'à la fin des temps, les nations païennes abandonneraient leurs idoles et viendraient adorer le Dieu d'Israël à Jérusalem.

64:11

Speaker A

Pas devenir juives, venir en tant que nation, se joindre au peuple de Dieu pour le grand final.

64:17

Speaker A

Paul est convaincu que la fin des temps c'est maintenant. Le Christ est ressuscité, c'est le signal. Le retour est imminent.

64:25

Speaker A

Il écrit aux Thessaloniciens en parlant de "nous les vivants restés pour l'avènement du Seigneur." Il pense en faire partie. Il écrit aux Corinthiens que "le temps est court." Donc sa mission auprès des païens, dans sa tête, c'est ça. Accomplir la

64:43

Speaker A

prophétie, ramasser les nations avant la fermeture, brancher les branches d'olivier sauvage, les païens, sur l'olivier franc, Israël. C'est sa propre image, Lettre aux Romains chapitre 11.

64:59

Speaker A

Les païens n'ont pas besoin de devenir juifs pour la même raison que dans la prophétie.

65:04

Speaker A

Ils viennent en tant que nation. C'est le programme de la fin des temps. Paul ne se voit pas comme le fondateur d'une religion numéro 2.

65:12

Speaker A

Il se voit comme l'ouvrier de la dernière heure du judaïsme, celui qui exécute le plan final annoncé par les prophètes.

65:19

Speaker A

Et là, mes amis, on touche à ce que je trouve être l'ironie la plus vertigineuse de toute cette histoire.

65:26

Speaker A

Ni Jésus ni Paul ne préparaient un avenir long. Tous les deux annonçaient l'imminence de la fin.

65:33

Speaker A

Jésus "Certains ici ne goûteront pas la mort avant de voir le royaume." Paul "Nous, les vivants." Ces gens ne posaient pas les fondations d'une cathédrale pour 1000 ans.

65:45

Speaker A

Ils faisaient l'appel avant l'embarquement immédiat. Et le royaume n'est pas venu. La génération est morte. L'embarquement a été retardé, Cindy. Et c'est précisément parce que la fin n'est pas venue que leur mesure d'urgence, la communauté rassemblée, les païens

66:01

Speaker A

intégrés sans la loi, se sont figés en institution. L'église, quelque part, c'est un camp de base devenu ville.

66:10

Speaker A

C'est le provisoire qui a duré. Loisy, encore lui. Jésus annonçait le royaume et c'est l'église qui est venue. Maintenant, vous comprenez toute la profondeur de la phrase.

66:22

Speaker A

[soupir] L'église n'est pas le projet réalisé, l'église est ce qui a poussé à la place du projet dans le délai imprévu.

66:30

Speaker A

Comme ces baraquements militaires provisoires qui deviennent des quartiers définitifs. Le christianisme est né, si vous me passez la formule, dans le retard du royaume.

66:39

Speaker A

Bon, récapitulons où on en est parce qu'on a abattu du travail. Jésus réformateur juif, pas de rupture. Les disciples juifs pratiquants jusqu'au bout. Paul un juif apocalyptique qui ouvre la porte aux païens sans penser fonder autre chose.

66:58

Speaker A

Alors la question finale de l'enquête, c'est quand est-ce que le christianisme devient réellement une religion distincte du ? Qui a signé l'acte de divorce et ?

67:10

Speaker A

Et la réponse des historiens modernes va vous surprendre. Il n'y a pas d'acte de divorce.

67:15

Speaker A

Il n'y a pas de date. Il y a un processus long, progressif, conflictuel qui s'étale sur des générations.

67:23

Speaker A

Les chercheurs ont même une expression consacrée pour ça, "The Parting of the Ways", la séparation des chemins. C'est au pluriel, "The Partings of the Ways".

67:34

Speaker A

Le titre du livre de référence de James Dunn, grand spécialiste britannique du Nouveau Testament, publié en 1991.

67:42

Speaker A

Et le pluriel est voulu. Il n'y a pas eu une séparation, il y en a eu plusieurs, à des rythmes différents selon les lieux.

67:50

Speaker A

Et Dunn situe l'essentiel de la séparation entre deux dates, deux catastrophes, 70 et 135.

67:58

Speaker A

L'an 70 d'abord. C'est l'événement sismique. La destruction du temple de Jérusalem par les légions de Titus à la fin de la grande révolte juive.

68:10

Speaker A

Pour notre enquête, cet événement change tout et à deux niveaux. 1er niveau, la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem, la maison mère, celle de Jacques.

68:21

Speaker A

Jacques lui-même est mort en 62. Cette communauté-là est dispersée, marginalisée. Elle ne s'en remettra jamais vraiment.

68:29

Speaker A

Le centre de gravité du mouvement bascule définitivement vers les communautés de la diaspora, majoritairement issues des païens convertis via la ligne de Paul. En clair, la branche juive du mouvement perd sa capitale et la branche païenne devient majoritaire par défaut.

68:46

Speaker A

2e niveau, plus profond. Le judaïsme lui-même doit se réinventer sans temple, autour des rabbins, de la synagogue et de l'étude.

68:55

Speaker A

C'est la naissance du judaïsme rabbinique. Et donc, ironie de l'histoire totale, le judaïsme rabbinique et le christianisme sont deux frères nés de la même catastrophe, deux réponses à la destruction du temple, deux manières de continuer le judaïsme biblique quand son

69:13

Speaker A

cœur battant a disparu. Ce ne sont pas une mère et une fille, ce sont deux enfants de la même mère.

69:21

Speaker A

D'ailleurs, il y a des chercheurs qui utilisent exactement cette image, deux jumeaux rivaux, Jacob et Esaü se disputant l'héritage.

69:29

Speaker A

Ensuite, les frontières se durcissent des deux côtés. Côté synagogue, la tradition rapporte l'introduction, vers la fin du 1er siècle, d'une bénédiction, en réalité, une malédiction, contre les minim, les hérétiques, dans la prière quotidienne, ce qui rendait compliqué pour un disciple de Jésus de

69:49

Speaker A

continuer à fréquenter tranquillement la synagogue. Les historiens débattent de la portée réelle du truc, mais la tendance est claire. Côté chrétien, on commence à se définir contre.

70:01

Speaker A

Et le moment symbolique, je vous en ai parlé au début, c'est Ignace d'Antioche, vers 110, qui écrit noir sur blanc qu'il est absurde de professer le Christ tout en vivant en juif.

70:11

Speaker A

Christianismos contre Judaismos, c'est chez lui que le mot christianisme apparaît. Et notez bien, il apparaît précisément dans une phrase qui interdit de mélanger les deux.

70:22

Speaker A

Le mot naît comme un panneau de frontière, un mot de douanier. Puis 135 2e catastrophe, la révolte de Bar Kokhba.

70:33

Speaker A

Un chef de guerre juif soulève la Judée contre Rome et le plus grand rabbin de l'époque, Rabbi Akiba, le proclame messie.

70:42

Speaker A

Vous voyez le problème pour les disciples de Jésus, ils ne peuvent pas suivre. Pour eux, le messie est déjà venu, merci, la place est prise.

70:50

Speaker A

Impossible de combattre sous la bannière d'un messie concurrent. Résultat, rupture politique et charnelle avec le reste du peuple juif en pleine guerre.

71:00

Speaker A

Et on ne pardonne pas facilement à ceux qui ne montent pas au front avec toi.

71:04

Speaker A

Après l'écrasement de la révolte, Rome interdit Jérusalem aux Juifs et l'église de Jérusalem, pour la première fois de son histoire, se dote d'un évêque non-juif. La maison-mère est passée sous direction païenne.

71:18

Speaker A

Pour Dunn, à ce stade, l'essentiel du divorce est consommé. Mais je dois vous parler d'une thèse plus récente et plus dérangeante, celle de Daniel Boyarin, professeur à Berkeley, grand talmudiste, un des esprits les plus stimulants du domaine.

71:33

Speaker A

Boyarin, dans Borderlines, puis dans The Jewish Gospels, traduit en français sous le titre Le Christ juif, aux éditions du Cerf, dit en : Même 135, c'est trop tôt. Sur le terrain, les frontières sont restées floues pendant des siècles.

71:52

Speaker A

Il y avait des gens qui allaient à la synagogue le samedi et à l'assemblée chrétienne le dimanche, des chrétiens qui observaient la Torah, des Juifs qui s'intéressaient à Jésus, tout un monde intermédiaire, un dégradé, pas une frontière. Et selon Boyarin, ce sont les

72:08

Speaker A

professionnels de la définition, les héréséologues chrétiens et les rabbins, qui ont construit la frontière en traçant des listes. Ça, c'est chrétien, ça, c'est juif et tout ce qui est entre les deux, c'est hérétique, dégagez. La frontière n'a pas été constatée, elle a

72:24

Speaker A

été fabriquée et elle a été fabriquée en grande partie pour faire disparaître les gens du milieu. Et Boyarin va plus loin.

72:32

Speaker A

Il soutient que même des idées qu'on croit typiquement chrétiennes, comme l'attente d'un Messie à la fois humain et divin, le fameux fils de l'homme du livre de Daniel, était déjà présente dans le judaïsme d'avant Jésus.

72:46

Speaker A

Même la carte d'identité théologique du christianisme est faite de matériaux juifs. Sa thèse est débattue, je vous le signale.

72:54

Speaker A

Mais elle a le mérite immense de casser l'image d'une séparation nette et rapide. La vérité du terrain, c'est des siècles de flou.

73:04

Speaker A

Et les perdants de cette histoire, il faut leur rendre hommage 2 minutes parce que personne ne parle jamais d'eux.

73:11

Speaker A

Les judéo-chrétiens, les ébionites, les nazoréens. Les descendants spirituels de la communauté de Jacques, ces gens qui continuaient, génération après génération, à suivre Jésus et la Torah.

73:24

Speaker A

Circoncis, casher, shabbat et Jésus comme Messie. Les héritiers directs de la toute première communauté, celle de Jérusalem, celle des témoins oculaires. Ils avaient même leurs propres évangiles, l'évangile des ébionites, l'évangile des nazoréens.

73:42

Speaker A

Des textes qui ont fini éliminés eux aussi. Et si ce sujet vous intéresse, j'ai fait une enquête entière sur les évangiles que l'Église a écartés. Elle est sur la chaîne.

73:53

Speaker A

Et bien, vous savez ce qui leur est ? Ils se sont fait déclarer hérétiques par les deux côtés. Pour la grande Église devenue païenne, ils étaient trop juifs.

74:02

Speaker A

Irénée de Lyon condamne les ébionites dès le 2e siècle, notamment parce qu'ils rejetaient Paul, qu'ils considéraient comme un apostat de la loi.

74:11

Speaker A

Pour le judaïsme rabbinique, ils étaient des minimes, des hérétiques à cause de Jésus. Trop juifs pour les chrétiens, trop Jésus pour les juifs. Les premiers de la classe, historiquement parlant.

74:24

Speaker A

Les plus proches de ce qu'était réellement le mouvement d'origine, ont fini éliminés du jeu par les deux équipes qu'ils avaient contribué à faire naître. Et ils se sont éteints quelque part entre le 4e et le 5e siècle.

74:37

Speaker A

L'histoire est écrite par les vainqueurs, on le sait. Mais là, on a un cas d'école. La version d'origine du mouvement a été déclarée hérésie par la version qui a gagné.

74:47

Speaker A

C'est comme si les fondateurs d'une boîte se faisaient virer par les nouveaux actionnaires pour non-conformité au projet initial.

74:54

Speaker A

Ça devrait faire réfléchir tout le monde sur ce que veut dire le mot orthodoxie.

74:58

Speaker A

Et le point final, l'acte notarié de la séparation, si vous voulez une scène de clôture, je vous propose celle-là.

75:05

Speaker A

L'an 325, concile de Nicée, convoqué par l'empereur Constantin. L'Empire romain, celui-là même qui avait crucifié Jésus, est en train d'adopter le christianisme. Comment on en est arrivé ? Comment une secte juive persécutée a fini par mettre la main sur

75:23

Speaker A

? C'est toute l'histoire que j'ai racontée dans l'épisode sur comment le christianisme a conquis l'Empire romain sans aucune armée.

75:32

Speaker A

Allez le voir. Les deux enquêtes s'emboîtent parfaitement. Et parmi les décisions du concile, détacher définitivement la date de Pâques du calendrier juif, pour ne plus dépendre du calcul de Pessa'h.

75:46

Speaker A

La lettre de Constantin aux Églises à ce sujet dit explicitement qu'il serait indigne de dépendre de l'usage des Juifs pour la plus sainte des fêtes. Trois siècles après, un seder de Pessa'h entre Juifs à Jérusalem, la religion issue de ce repas décide

76:02

Speaker A

officiellement de ne plus rien avoir à faire avec le calendrier de ceux qui l'ont vu naître.

76:07

Speaker A

La boucle est bouclée et le fils a fait retirer le nom de sa mère de son état civil.

76:12

Speaker A

Bon, il est temps de rendre le verdict. On a examiné les pièces, on a entendu les experts, on a suivi les protagonistes sur trois siècles. La question posée en ouverture, est-ce que Jésus a fondé le ?

76:27

Speaker A

Et comme dans toute bonne enquête, la réponse tient en deux temps. Et les deux temps ont l'air de se contredire, sauf qu'ils ne se contredisent pas.

76:36

Speaker A

Premier temps. Oui, évidemment, Jésus est à l'origine du christianisme. Ça, c'est incontestable et aucun historien sérieux ne dit le contraire. Sans Jésus, pas de mouvement, pas de disciples, pas de Paul, pas d'église, rien.

76:54

Speaker A

C'est sa vie, sa mort et la conviction de ses disciples qu'il était ressuscité qui ont tout déclenché. Le mouvement dont le christianisme est né, c'est lui qui l'a lancé avec une puissance de frappe spirituelle qui, 2000 ans plus

77:08

Speaker A

tard, fait encore se lever des centaines de millions de personnes le dimanche matin. Il est la source.

77:16

Speaker A

Personne ne débat de ça. Mais le deuxième temps, c'est notre vraie question. Est-ce qu'il a voulu fonder une religion distincte du ?

77:26

Speaker A

Est-ce que le christianisme, tel qu'il existe, séparé du judaïsme, sans la loi, majoritairement païen, correspond à une intention de ? Et là, le dossier est accablant dans l'autre sens. Reprenons les pièces une dernière fois, à la volée.

77:43

Speaker A

Son rapport à la loi. Fidélité proclamée jusqu'au dernier iota, débats internes normaux, aucune abolition.

77:51

Speaker A

La seule phrase abolitionniste est un ajout du narrateur, son public. Les brebis perdues de la maison d'Israël, interdiction explicite d'aller vers les païens, 12 apôtres pour 12 tribus. Sa fameuse église, une assemblée, un kahal, formulée en vocabulaire juif dans un verset absent

78:10

Speaker A

du plus ancien évangile. Les pratiques. Zéro consigne d'abandon sur la circoncision, le casher, le sabbat, le temple, les fêtes.

78:21

Speaker A

Ses disciples directs, des juifs pratiquant toute leur vie, au temple chaque jour, dirigés par son propre frère, Jacques le Juste, mort en juif pieux et pleuré par les juifs pieux. Le concile de Jérusalem.

78:35

Speaker A

La preuve qu'aucune directive n'existait et l'ouverture aux païens sans la loi. Une décision de Paul, un homme qui n'a jamais rencontré Jésus, prise dans une logique de fin des temps imminente qui ne s'est pas produite.

78:50

Speaker A

Verdict sur l'intention. Le Jésus de l'histoire était un prophète juif qui annonçait le royaume de Dieu à Israël, qui voulait réformer, purifier, rassembler son peuple pour la grande échéance.

79:04

Speaker A

Une religion séparée du judaïsme avec un clergé, des basiliques et des dogmes grecs ne figure nulle part dans le dossier de ses intentions. La quasi totalité de ce qui fait du christianisme une religion distincte s'est construite après sa

79:18

Speaker A

mort. Par Paul, par la 2e génération, par la catastrophe de 70, par Bar Kokhba, par les pères de l'église, par Constantin.

79:29

Speaker A

Jésus a allumé le feu, mais la maison qui s'est construite autour du feu, il n'en a pas dessiné les plans.

79:36

Speaker A

Fondateur oui. Architecte, non. Le christianisme est peut-être la plus grande conséquence involontaire de l'histoire.

79:44

Speaker A

Alors maintenant, deux mots importants avant de se quitter, un pour chaque camp, parce que je vous connais.

79:51

Speaker A

Pour mes amis croyants, chrétiens, qui ont peut-être trouvé certains passages rugueux, notez bien ce que cette enquête ne dit pas. Elle ne dit pas que votre foi est fausse. La théologie chrétienne a une réponse parfaitement cohérente à tout ce

80:04

Speaker A

qu'on a vu. C'est l'Esprit Saint qui a guidé l'église après la mort de Jésus, l'ouverture aux nations était le plan de Dieu, révélé progressivement, et la vision de Pierre à Jaffa raconte exactement ça. C'est une lecture qui se

80:19

Speaker A

tient de l'intérieur de la foi. Et l'historien n'a aucun moyen de la réfuter, pas plus que de la prouver. Ce sont deux étages différents, je vous l'ai dit au début.

80:30

Speaker A

L'histoire travaille sur les documents, la foi travaille sur le sens. D'ailleurs, l'Église catholique elle-même répète depuis des décennies que Jésus était pleinement juif et que le christianisme est greffé sur Israël.

80:45

Speaker A

Relisez ce que disent les papes récents sur le sujet, vous seriez surpris. Le Jésus juif n'est plus un scandale, c'est un acquis. Et pour mes amis de l'autre camp, ceux qui se frottent les mains en mode "Donc le christianisme est une arnaque

81:00

Speaker A

de Paul." doucement. Ce n'est pas ce que dit le dossier non plus. Paul n'était pas un imposteur qui a détourné l'héritage en douce. C'était un juif convaincu de vivre les derniers jours du monde, qui a pris des décisions

81:13

Speaker A

sincères dans une urgence qu'il croyait réelle. Le christianisme n'est pas né d'un mensonge, il est né d'une attente.

81:20

Speaker A

Une attente déçue qui s'est transformée en institution. Et cette transformation s'est faite à ciel ouvert, sur plusieurs générations, avec des débats qu'on peut encore lire aujourd'hui dans les textes mêmes que l'Église a conservés.

81:34

Speaker A

C'est d'ailleurs ça qui me fascine le plus quand j'y pense. Toutes les pièces de cette enquête, absolument toutes, viennent des documents chrétiens eux-mêmes.

81:43

Speaker A

La consigne de ne pas aller vers les païens, c'est Matthieu. Le "Jamais rien d'impur dans ma bouche." de Pierre, c'est les Actes. L'engueulade d'Antioche, c'est Paul en personne.

81:54

Speaker A

L'Église a transmis pendant 2000 ans, recopié à la main, siècle après siècle, moine après moine, les documents qui permettent de reconstituer une histoire plus compliquée que sa propre légende officielle.

82:07

Speaker A

Elle aurait pu tout lisser, tout harmoniser, faire disparaître la cananéenne et l'incident d'Antioche. Elle ne l'a pas fait.

82:15

Speaker A

Par respect du texte. Quelque part, c'est un hommage involontaire à l'honnêteté des copistes. Et c'est grâce à eux qu'on peut faire de l'histoire.

82:24

Speaker A

Rendons à César, si j'ose dire. Moi, ce que je retiens de cette plongée, au-delà du dossier lui-même, c'est une leçon qui dépasse largement la religion.

82:34

Speaker A

Les fondateurs ne contrôlent jamais ce qu'ils fondent, jamais. Ce qu'une idée devient dépend moins de celui qui la lance que de ceux qui la ramassent, des catastrophes qui la percutent, des empires qui la récupèrent.

82:49

Speaker A

Jésus annonçait le royaume et c'est l'église qui est venue. Et vous pouvez décliner la formule à l'infini.

82:56

Speaker A

Les pionniers d'Internet annonçaient la libération de l'information et c'est l'économie de l'attention qui est venue.

83:03

Speaker A

À chaque fois, le même schéma, une annonce, un retard et une institution qui pousse dans le retard.

83:10

Speaker A

Si cet épisode vous a appris un truc, j'espère que c'est ce réflexe-là. Devant n'importe quel héritage, toujours se demander ce que le fondateur a réellement dit, ce que les héritiers en ont fait et ce que le temps a figé

83:23

Speaker A

entre les deux. Voilà pour l'enquête du jour. Et si vous voulez continuer à creuser, les compagnons naturels de cet épisode sont déjà sur la chaîne.

83:33

Speaker A

L'enquête sur Paul de Tarse, parce que vous l'avez compris aujourd'hui, le personnage mérite son procès à lui tout seul. Et l'enquête sur comment Jésus est devenu Dieu, c'est-à-dire comment on est passé du rabbi galiléen au dogme de la Trinité.

83:48

Speaker A

La suite logique, chronologique et vertigineuse de ce qu'on vient de voir. Toutes les références des livres cités sont en description. Vermes, Sanders, Fredriksen Dunn Boyarin Maccoby Loisi. Lisez-les, ce sont des enquêteurs de génie et la plupart sont traduits ou

84:08

Speaker A

accessibles. Vérifiez ce que je vous ai raconté, ne me croyez pas sur parole, c'est le principe même de tout ce qu'on fait ici.

84:16

Speaker A

On vérifie. Et venez défendre votre opinion en commentaire, je lis tout, y compris les réfutations, surtout les réfutations, c'est les meilleurs. Merci d'avoir suivi cette enquête jusqu'au bout. On se retrouve très vite pour une nouvelle enquête. La raison d'abord, le reste

84:32

Speaker A

après. Ouais.

Topics: Jésus de Nazareth christianisme judaïsme saint Paul Jacques le Juste Nouveau Testament histoire des religions Ignace d'Antioche Ier siècle origines du christianisme

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