**Clandestins : les routes les plus dangereuses vers l'Europe — Transcript & Summary | SozAI**
Source: https://sozai.app/transcript/clandestins-routes-dangereuses-europe/

Documentaire sur les routes périlleuses des migrants clandestins vers l'Europe via la Libye, raconté à travers le parcours de deux Camerounais.

## Key Takeaways

- La Libye est devenue un corridor majeur et dangereux pour l'immigration clandestine vers l'Europe.
- Les migrants prennent des risques extrêmes, y compris la traversée du désert et de la Méditerranée sur des embarcations précaires.
- Les passeurs jouent un rôle clé mais exploitent aussi la vulnérabilité des migrants.
- La solidarité entre migrants est un facteur crucial pour surmonter les difficultés du voyage.
- Le rêve d'une vie meilleure en Europe pousse des milliers de personnes à affronter des conditions inhumaines.

## What the video covers

- Pascal Le Toubou, passeur libyen, conduit clandestins africains à travers le désert vers la Méditerranée.
- Émile et Élie, deux jeunes Camerounais, tentent de rejoindre la France malgré les dangers du voyage.
- Le parcours migratoire dure plusieurs années, avec des étapes de travail pour financer la suite du trajet.
- La traversée inclut le désert libyen, des zones de conflits, et une traversée maritime risquée sur des bateaux de fortune.
- Les migrants font face à la violence des milices, la peur des arrestations, la torture et des conditions inhumaines.
- Le documentaire suit aussi d'autres migrants d'Afrique et d'Asie, illustrant l'ampleur du phénomène.
- Les réseaux de passeurs sont puissants et organisés, mais aussi dangereux et coûteux.
- La solidarité entre migrants est essentielle pour survivre aux épreuves du voyage.
- Le rêve européen est motivé par l'espoir d'une vie meilleure, malgré les risques mortels.
- Le film offre un témoignage inédit et humain sur la réalité des migrations clandestines vers l'Europe.

## Chapters

1. 00:00 Introduction et départ dans le désert libyen
2. 02:32 Le parcours difficile vers Mourzouq
3. 05:27 Préparatifs et départ vers la Méditerranée
4. 08:44 Les dangers du désert et des milices à Sebha
5. 14:18 La traversée maritime et les conditions inhumaines
6. 20:00 Les réseaux de passeurs et la solidarité entre migrants
7. 27:17 Arrivée en Europe et espoirs d'une nouvelle vie
8. 36:18 Réflexions finales et témoignages

Answers

## Questions about this video

Qui est Pascal Le Toubou dans ce documentaire ?

Pascal Le Toubou est un passeur libyen qui conduit des migrants clandestins à travers le désert libyen vers la Méditerranée, jouant un rôle central dans le parcours migratoire.

Quels sont les principaux dangers rencontrés par les migrants dans ce voyage ?

Les migrants affrontent des conditions extrêmes dans le désert, la menace des milices armées, les risques d'arrestation et de torture, ainsi qu'une traversée maritime dangereuse sur des bateaux de fortune.

Pourquoi les migrants choisissent-ils ce parcours périlleux ?

Ils sont motivés par le rêve d'une vie meilleure en Europe, malgré les risques mortels, car les visas sont difficiles à obtenir et leurs pays d'origine offrent peu d'opportunités.

## Full Transcript — Download SRT & Markdown

00:04

Speaker A

Dans le matin glacé du désert libyen, Pascal Le Toubou fait une pause, avant une longue journée de route.

00:12

Speaker A

Comme tous les hommes de sa tribu, il connaît cette mer de sable comme sa poche.

00:17

Speaker A

Indispensable dans son métier. Pascal est un passeur d'immigrés. Toutes les semaines, il conduit des clandestins qui arrivent de toute l'Afrique vers le haut, comme il dit, vers la Méditerranée.

00:32

Speaker A

Demain matin, Pascal et son assistant ont deux Camerounais à convoyer. Un voyage périlleux qu'il vaut mieux bien préparer.

00:42

Speaker A

La voiture doit être en parfait état. Pas question de tomber en panne dans le désert.

00:48

Speaker A

Pour conjurer le sort, Pascal a un grigri. Et pour le moral, deux bouteilles de gin.

00:58

Speaker A

Mais, le plus important est d'être bien armé. Depuis la révolution, le gouvernement libyen a du mal à reprendre le contrôle de son pays.

01:07

Speaker A

Il faut pouvoir se défendre contre les bandits de grands chemins qui pullulent dans le désert.

01:12

Speaker A

Ce sont des roquettes. Pascal habite la ville la plus au sud de la Libye, Mourzouq, une oasis de 20 000 habitants.

01:27

Speaker A

Depuis la mort de Kadhafi en 2011, la Libye est devenue le principal corridor de l'immigration clandestine.

01:33

Speaker A

Des centaines d'Africains illégaux viennent s'échouer dans ses rues. Mourzouq est une ville étape. Les clandestins s'y arrêtent pour se refaire une santé financière.

01:44

Speaker A

Ils gagnent ici quelques centaines d'euros. De quoi payer la suite de leur voyage vers l'Europe.

01:50

Speaker A

C'est exactement le parcours des deux clients de Pascal. Ce matin, c'est le grand départ.

01:57

Speaker A

L'assistant du passeur vient les réveiller. Émile, 19 ans, sans diplôme, est parti de son pays à l'âge de 16 ans.

02:12

Speaker A

Élie, 24 ans, footballeur professionnel. Tous deux vont risquer leur vie pour un rêve, rejoindre la France coûte que coûte.

02:20

Speaker A

Leur dangereux périple a commencé en 2010. Tous les deux ont quitté leur pays natal, le Cameroun, avant de passer par le Tchad, où ils se sont rencontrés.

02:32

Speaker A

Une lente avancée de trois ans, pour finalement échouer à Mourzouq, où ils sont devenus maçons pour payer la suite de leur voyage.

02:41

Speaker A

En France, Élie compte bien redevenir le grand sportif qu'il était dans son pays. Il fallait qu'on trouve un moyen pour que je sorte du pays.

02:56

Speaker A

Les problèmes de visa au Cameroun, surtout pour la France, ce n'est pas très évident.

03:00

Speaker A

Mon souhait, c'est d'être dans le show-biz, le show business. C'est ce que j'adore le plus au monde.

03:10

Speaker A

Après son bac, Émile a fait un stage à la télé camerounaise. Réussir dans le show-biz en France est devenu une obsession.

03:19

Speaker A

Quand il parle de Paris, il a des étoiles plein les yeux. Je vois la France le plus souvent à la télé.

03:26

Speaker A

Des grands immeubles, les Champs-Élysées. Les gens sont libres, s'expriment comme ils veulent, se promènent comme ils veulent.

03:36

Speaker A

Il y a du travail, il y a tout ce que je veux. Il y a ça là-bas en France, donc je souhaite vraiment y aller.

03:44

Speaker A

Après deux ans passés à Mourzouq, leurs deux existences se résument à cette simple valise.

03:55

Speaker A

On voyage en combattants, comme ça a toujours été, dès le début. C'est deux ou trois fringues pour la route.

04:06

Speaker A

Oui. Allez, go ! Ce matin-là, ils sourient, mais leur rêve est soudain devenu terrifiant.

04:14

Speaker A

Ils vont affronter 2 000 kilomètres. D'abord le désert, et surtout la mer Méditerranée, qu'ils vont traverser sur un bateau de fortune.

04:23

Speaker A

Allez, il faut monter, monte ! L'assistant de Pascal prend place à l'arrière. Toi, pareil, il faut descendre dès qu'il y a une panne après.

04:44

Speaker A

Le long voyage démarre sur les chapeaux de roue car Pascal, le passeur, est un peu éméché.

04:49

Speaker A

Il multiplie les coups d'accélérateur. Les deux Camerounais restent confiants. On est contents de partir, on est aussi tristes d'avoir laissé tout le reste de nos compagnons avec qui on a passé du temps ensemble.

05:15

Speaker A

Il y a la fierté, mais c'est aussi un peu mêlé de tristesse. Le cœur serré, Élie enregistre un dernier message que l'assistant remettra aux copains restés à Mourzouq.

05:27

Speaker A

Chaque fois que tu auras un problème, un événement malheureux ou heureux, tu peux compter sur nous.

05:35

Speaker A

Nous sommes tes frères. Ce n'est que la mer qui nous sépare et j'espère que très bientôt on va se revoir.

05:57

Speaker A

Pour atteindre Paris, les deux jeunes Camerounais vont prendre des risques insensés. Comme Émile et Élie, ils seraient près de 150 000, chaque année, à vouloir franchir les frontières illégalement, pour rejoindre ce qu'ils croient être l'eldorado européen.

06:16

Speaker A

Seuls ou en famille, ils sont prêts à prendre tous les risques pour y arriver, quitte à perdre la vie.

06:22

Speaker A

Ils viennent d'Afrique et d'Orient. Pour la première fois, des caméras de télévision ont suivi pendant un an, le parcours incroyable de ces migrants.

06:32

Speaker A

Avec Émile et ses compagnons, nous avons franchi les déserts, traversé la Méditerranée sur un bateau de fortune au fond d'une cale, dans des conditions inhumaines comme les esclaves d'autrefois.

06:47

Speaker A

Un enfer, plus que l'enfer. Avec Javid, Lukman et leurs amis afghans, nous avons gravi des montagnes et passé des frontières interdites.

07:00

Speaker A

Croisé des passeurs sans pitié, bravé le froid, la faim et la soif. Il reste combien de montagnes à traverser ?

07:08

Speaker A

Tout ça. - Tout ça ?! Tous n'atteindront pas la France. C'est leur terrible histoire que nous allons vous raconter.

07:30

Speaker A

Dans la voiture qui emmène Élie et Émile vers la Méditerranée, le mélange est détonnant, musique, alcool et pied au plancher les emporte à 180 kilomètres par heure.

07:43

Speaker A

Ça, c'est Wenge Musica, voilà un groupe d'Afrique. D'un seul coup, Pascal quitte la nationale.

07:57

Speaker A

Le goudron, comme on dit en Afrique. Il emprunte des pistes que seuls les hommes du désert connaissent.

08:06

Speaker A

Sans lui, c'est la mort assurée. D'ailleurs, cette science fait sa renommée, mais aussi son prix.

08:15

Speaker A

Pour chaque passager, il a empoché 500 euros, soit cinq fois le salaire moyen d'un Libyen.

08:28

Speaker A

Pour Élie et Émile, la somme est énorme, mais c'est l'assurance de ne jamais tomber sur une patrouille de police.

08:37

Speaker A

Quand on vous arrête, ce n'est pas facile. Parfois, il faut payer, parfois, on vous met en prison.

08:44

Speaker A

Vous avez peur qu'on vous attrape ? Oui, bien sûr. Ce n'est pas facile, la torture.

08:53

Speaker A

Il leur a fallu huit heures pour parcourir les 150 kilomètres de désert entre Mourzouq et Sebha.

09:01

Speaker A

La première étape de leur voyage. Ici, ils vont récupérer un autre candidat à l'Europe.

09:08

Speaker A

C'est un ami, un Camerounais comme eux. Sebha marque la limite du territoire de Pascal.

09:16

Speaker A

Maintenant, c'est une autre filière qui les prend en main. Mais tout ne va pas se passer comme prévu.

09:23

Speaker A

La ville de Sebha n'est pas totalement pacifiée. Elle est en proie à de violents combats entre milices.

09:29

Speaker A

Le passeur qui devait les récupérer n'est pas là. Élie angoisse. Ça lui rappelle les galères de son premier voyage vers la Libye.

09:37

Speaker A

On attend, il y a eu des moments quand on est arrivés, on a attendu le passeur pour la Libye pendant près d'un mois et demi, six semaines, donc, on attend.

09:50

Speaker A

Émile est effondré. Le propriétaire des lieux les installe dans son garage. Pendant ce temps, Joseph, l'ami qui part avec eux en Europe, vient d'arriver en taxi.

10:05

Speaker A

Bonjour. - Comment ça va ? Ça va très bien. Joseph est maçon lui aussi.

10:12

Speaker A

Il s'est installé à Sebha il y a trois ans. Aujourd'hui, il tente ce voyage de l'impossible à cause des combats meurtriers qui ravagent la ville de Sebha.

10:22

Speaker A

J'ai dit aux amis, voilà les amis, l'occasion se présente pour moi de partir. Le pays est dans l'insécurité.

10:29

Speaker A

Le pays est en mouvement. Chaque jour, des troubles, des coups de feu par-ci, par-là, c'est mieux de sauver sa tête et sa vie, donc le mieux serait de bouger parce que les choses empirent de jour en jour.

10:43

Speaker A

Alors Ivan, vous étiez où, là ? Depuis le matin, personne n'a mangé. Du pain, du Pepsi.

10:54

Speaker A

Avant de repartir, un des hommes de Pascal est allé acheter de quoi dîner. Il assure aux clandestins qu'ils reprendront la route sans faute demain matin.

11:03

Speaker A

Malgré le retard, tout semble bien organisé. La nuit n'a pas calmé les combats. Bien au contraire, ils redoublent d'intensité.

11:20

Speaker A

Pour ne rien arranger, le thermomètre a plongé. Il flirte avec les zéros degrés. Les clandestins ont un chauffage et quelques couvertures.

11:31

Speaker A

Quelques heures plus tard, c'est la panne d'électricité. Il fai

12:09

Speaker A

Toujours pas de trace du passeur et Élie commence à douter sérieusement de sa filière.

12:17

Speaker A

Je ne sais vraiment pas ce qui se passe. Je pense que le passeur, il n'a jamais existé, ce passeur dont on nous a tant parlé.

12:28

Speaker A

Continuer le voyage seul est bien trop dangereux. Ils n'ont pas d'autre choix que d'attendre.

12:37

Speaker A

Le propriétaire des lieux accepte de les héberger, mais à une condition. Il veut qu'ils construisent un mur pour un salaire non négociable, 20 euros chacun.

12:51

Speaker A

Émile ne l'entend pas de cette oreille. Ce salaire de misère, il n'en veut pas.

12:57

Speaker A

Pour lui, c'est de l'esclavage. C'est fini le travail avec les Libyens, je ne travaille plus.

13:03

Speaker A

Tu ne vas pas travailler là ? Non. - C'est vrai ? Oui. - Pourquoi Émile ?

13:10

Speaker A

Ils nous ont assez maltraités comme ça. Je lui demande de faire semblant, même s'il ne veut pas travailler, qu'il fasse semblant.

13:17

Speaker A

C'est un petit travail par rapport à ce qu'on a déjà enduré ici. On nous a bouffé des milliers de dinars ici.

13:26

Speaker A

Tu travailles dans un chantier pendant deux mois, après on te sort la kalach, on te demande de foutre le camp.

13:32

Speaker A

Donc, qu'il essaye de faire semblant. À contrecœur, il se met au travail. À cet instant, le moral d'Émile, Élie et Joseph est au plus bas.

13:42

Speaker A

Comment continuer le voyage sans passeur ? Le défi qui les attend est énorme. À l'autre bout de la planète, un nouveau jour se lève sur Kaboul, en Afghanistan.

14:03

Speaker A

Kaboul, trois millions d'habitants, pour la plupart des paysans déplacés épuisés par 30 ans de guerre.

14:11

Speaker A

Parmi eux, deux cousins, candidats au voyage en Europe. Javid, en blanc, Rohani, en gris.

14:18

Speaker A

Comme eux, 10 000 jeunes Afghans tentent leur chance en Europe, chaque année. En Asie, ce sont les plus nombreux à émigrer vers Paris ou Londres.

14:26

Speaker A

Javid et son cousin Rohani sont obligés de quitter l'Afghanistan. Ils nous racontent que dans leur région, ce sont les talibans qui font la loi.

14:35

Speaker A

Et pour s'être opposés à une de leurs décisions, leur tête a été mise à prix.

14:42

Speaker A

Je veux aller en Europe. Ici, je suis en danger. J'ai des problèmes dans ma province avec les talibans et je ne peux plus y retourner.

14:54

Speaker A

Alors, je me cache ici à Kaboul. J'ai peur car les talibans peuvent m'atteindre. Même ici, en pleine ville.

15:04

Speaker A

Fils de paysans aisés, Javid et Rohani auraient les moyens de se payer un billet d'avion pour Paris.

15:10

Speaker A

Mais pour un Afghan, obtenir un visa européen est quasiment impossible. Leur seule option, fuir le pays clandestinement.

15:20

Speaker A

Ce matin, ils ont rendez-vous avec le chef de la filière des passeurs. D'autres futurs clandestins sont aussi présents.

15:30

Speaker A

Moi, je vais vous amener sur une route plutôt tranquille. Contrairement aux autres passeurs. Je fournis le pain, la nourriture et les vêtements.

15:42

Speaker A

Vous irez de passeurs en passeurs tout au long du parcours. Je resterai en contact avec eux.

15:48

Speaker A

Ils vous amèneront sains et saufs en Grèce, sans problème. Contrairement à l'Afrique, les passeurs afghans organisent tout, du départ jusqu'à l'arrivée, comme une agence de voyages.

16:00

Speaker A

Une fois l'argent empoché, ils ont une obligation de résultat, sauf sur deux points. Qu'est-ce qui se passe si on se fait voler ou kidnapper ?

16:10

Speaker A

Si vous mourez ou si vous tombez malade, moi, je ne suis pas responsable. Bon, pour le voyage, vous allez me payer 7 000 dollars.

16:17

Speaker A

Allez, mon frère, un bon geste, fais-le-nous à 6005. OK 6005. Mais si en chemin, vous prenez un autre passeur, je vous préviens, je ne rembourse pas.

16:25

Speaker A

Même avec cette ristourne, 6 500 dollars est une somme considérable quand on sait que le salaire moyen à Kaboul ne dépasse pas 100 euros.

16:34

Speaker A

La plupart des clandestins empruntent pour partir. Les deux cousins ont de la chance. Leurs familles paient une partie du trajet.

16:42

Speaker A

Mais ça ne suffit pas. Javid est obligé de vendre sa voiture. Et elle vaut combien sur le marché ?

16:49

Speaker A

Elle est cotée 4 500 dollars, je crois. L'affaire est conclue. Avec cette vente, les deux cousins vont payer les 2 000 dollars d'acompte réclamés par le passeur.

17:03

Speaker A

Le reste de l'argent sera versé par leur famille au fur et à mesure de leur avancée vers l'Europe.

17:08

Speaker A

Une sécurité indispensable pour éviter de se faire arnaquer par la filière. Avant de quitter Kaboul, leur dernier plaisir est de passer chez leur barbier.

17:18

Speaker A

Les Afghans aiment porter beau, quelles que soient les circonstances. Tous les deux sont célibataires.

17:27

Speaker A

À part leur famille, rien ne les retient à Kaboul, une ville qu'ils espèrent ne jamais revoir.

17:36

Speaker A

Voilà notre capitale. Je ne reviendrai pas. Là-bas, à Paris, c'est propre. Il n'y a pas de poussière. Ici, on ne voit même pas un arbre.

17:46

Speaker A

C'est sûr, Kaboul ne va pas nous manquer. Je ne sais pas comment va se passer notre voyage.

17:51

Speaker A

Il y aura des chemins dangereux, de la marche, on va traverser des forêts, des montagnes, ça va être très difficile.

18:03

Speaker A

Le lendemain matin, la grande migration vers Paris commence. Comme l'a promis le passeur, tout est bien organisé.

18:11

Speaker A

Un minibus confortable a été affrété. À l'intérieur, 30 hommes qui passent pour des touristes.

18:17

Speaker A

Le voyage démarre de façon plutôt agréable. Mais tout cela n'est qu'illusion. Leur aventure va se compliquer.

18:24

Speaker A

Ils vont parcourir à pied, en voiture et en bateau, 7 000 kilomètres à travers le Pakistan, l'Iran, la Turquie et enfin la Grèce.

18:38

Speaker A

Sur la route, ils croisent deux blindés américains. Dernière image de la guerre et de ses cauchemars pour Javid et Rohani.

18:46

Speaker A

Les Américains sont sales et méchants. Ils bloquent les routes en prétextant qu'il y a une bombe, mais en réalité, il n'y en a pas.

18:58

Speaker A

Tout ce qu'ils font, c'est nous gêner. Trois heures plus tard, une file de plusieurs kilomètres de camions annonce la frontière avec le Pakistan.

19:12

Speaker A

Tous attendent de passer le contrôle. L'endroit est sulfureux et particulièrement surveillé. C'est le point de passage de tous les trafics.

19:22

Speaker A

Un nid d'espions. Ici se croisent les services secrets pakistanais, afghans et même la CIA, à la recherche de djihadistes et de talibans.

19:34

Speaker A

Javid et Rohani passent la frontière à pied. Nous les filmons discrètement. Ce sera la seule frontière qu'ils franchiront sans stress.

19:43

Speaker A

Il n'y a pas besoin de passeport pour les Afghans se rendant au Pakistan. En trois jours, le petit groupe de clandestins avale près d'un millier de kilomètres en bus pour arriver jusqu'à Lahore.

20:02

Speaker A

Dernière étape, avant d'attaquer les terribles montagnes iraniennes. Même bien organisés, ces voyages illégaux ne se font jamais d'une traite.

20:14

Speaker A

Parfois, il faut attendre des jours ou des mois, dans une sombre cage sans confort.

20:19

Speaker A

Cette fois-ci, ce n'est pas le cas. À Lahore, le passeur pakistanais les a planqués en ville.

20:25

Speaker A

À l'intérieur, la communauté s'organise. Chacun a une fonction bien précise. Les tâches ménagères ne les empêchent pas de rêver.

20:34

Speaker A

Ils ont tous une vision très poétique de la France. À Paris, ils aspergent la ville de parfum.

20:40

Speaker A

C'est ce qu'on m'a dit. Il faut fermer les yeux. Si tu regardes en l'air, tu en prends plein la tête.

20:49

Speaker A

Au début, ça va être compliqué là-bas à Paris. Oui, c'est toujours compliqué quand on change de culture.

20:58

Speaker A

Et surtout, ça va être vraiment compliqué d'apprendre l'égalité. Ils rigolent, mais il y a une chose qui les terrorise.

21:07

Speaker A

La traversée de l'Iran à pied. Faouad était routier. Ses problèmes ont commencé le jour où sa société a travaillé pour les Américains.

21:18

Speaker A

Considéré comme un traître par les talibans, il a décidé de fuir en Europe. Faouad a déjà tenté le voyage, mais il a échoué.

21:26

Speaker A

Arrêté en Iran, il a été expulsé. Il est donc le seul à savoir ce qui les attend dans les montagnes.

21:33

Speaker A

Faouad, dis-moi, toi qui es déjà allé en Iran, la route est si difficile ?

21:37

Speaker A

Oui, c'est très dur. Combien de chance on a d'arriver là-bas ? Cinq pourcent de chance, pas plus.

21:51

Speaker A

Tu ne peux pas savoir à quel point c'est difficile. Ça me fait rire quand je vous vois aussi optimistes.

21:59

Speaker A

Tu crois vraiment que ça va être une promenade de santé ? C'est vraiment ce que tu crois ?

22:08

Speaker A

Le voyage organisé continue. Après l'appartement, le passeur leur a acheté des billets de train pour la frontière iranienne.

22:17

Speaker A

Javid et Faouad ressemble davantage à des touristes qu'à des clandestins. Dans le groupe, certains ne fuient pas les talibans, mais les vendettas qui font des ravages dans le pays.

22:29

Speaker A

Le jeune Lukman a rejoint le groupe à Lahore. Une partie de sa famille a été décimée, dont son propre père.

22:36

Speaker A

Tout ça, pour quelques hectares de terrain. Pour nous, le voyage s'arrête à la frontière.

22:49

Speaker A

Entrer en Iran clandestinement pour des journalistes, c'est prendre le risque d'être pris pour des espions.

22:54

Speaker A

Une accusation très grave qui mène tout droit en prison. Nous laissons à Lukman et ses amis une petite caméra.

23:01

Speaker A

Ce sont eux qui vont filmer cette partie-là du périple. À partir de cet instant, le voyage prend une autre tournure.

23:11

Speaker A

Le pickup a remplacé le minibus, mais l'ambiance reste légère. Je meurs, on est 30 assis dans ce pickup.

23:22

Speaker A

et il y en a trois assis sur ma jambe. Trente personnes, 36 même. Tassés dans ce pickup, ils n'ont pas encore conscience de ce qui les attend.

23:35

Speaker A

Cette épopée, ils l'ont filmé de bout en bout à travers les montagnes du Baloutchistan et ses dizaines de cols à plus de 3000 mètres, et surtout l'impitoyable désert de Makran.

23:47

Speaker A

Deux mille kilomètres à travers l'Iran pour rejoindre Ourmia à la frontière turque. Tout cela en évitant soigneusement les villages et les patrouilles de police.

24:01

Speaker A

Ça va Raiber ? - Oui, ça va. On commence juste le voyage. Que Dieu nous protège.

24:10

Speaker A

On est nombreux ici. On est quand même plus de 100. 160 exactement. Ce n'est pas par hasard s'il y a autant de clandestins.

24:20

Speaker A

Pour rentabiliser le voyage, plusieurs réseaux se regroupent. Comme ça, ils mutualisent la nourriture et les planques pour dormir.

24:29

Speaker A

On doit escalader cette montagne. Vous avez vu combien on est ? Cette première ascension leur donne vite une idée de l'effort à fournir dans les prochains jours.

24:49

Speaker A

Allez, les gars là, on avance, on avance ! Je suis mort de fatigue !

25:00

Speaker A

Mort de fatigue ! Ça fait cinq heures qu'on marche. Allez, dépêche-toi avance ! On va être en retard.

25:09

Speaker A

Javid aperçoit le sommet. Il croit dur comme fer que de l'autre côté, c'est enfin l'Iran.

25:16

Speaker A

Pour tous les migrants, le choc va être brutal. Il reste combien de montagnes à traverser ?

25:32

Speaker A

Tout ça. Tout ça ?! Faouad, on est encore au Pakistan ou déjà en Iran ?

25:42

Speaker A

Au Pakistan. En descendant là-bas, c'est toujours le Pakistan ? Jusqu'à là-bas, c'est le Pakistan.

25:50

Speaker A

Oui, je t'assure, c'est là-bas. Et après, c'est l'Iran ? Oui. Après deux jours de marche harassante, les voici enfin en Iran.

26:24

Speaker A

Rien n'indique la frontière, si ce n'est la plaque de ce vieux camion. C'est le ravitaillement.

26:32

Speaker A

À court de vivres, les Afghans sont rassurés. Mais la surprise est amère. Contrairement à ce qu'avait promis leur passeur, tout est payant et les prix sont exorbitants.

26:43

Speaker A

Les 160 clandestins n'ont pas le choix. Ce racket ne sera pas le dernier du voyage.

26:53

Speaker A

Le groupe de clandestins passe à la latitude de Bandar Abbas, tout près du golfe Persique.

26:59

Speaker A

Mais ils ne verront jamais la mer. Ils ne traversent que des gorges encaissées, chauffées à blanc par le soleil, un four à ciel ouvert.

27:11

Speaker A

Les jours les plus torrides, la température peut atteindre 47 degrés. Lukman, le plus jeune des Afghans, commence à regretter d'avoir quitté son pays.

27:26

Speaker A

C'est insoutenable, ce soleil nous tue. Et on va continuer comme ça jour et nuit.

27:37

Speaker A

Au moins 18 heures sans s'arrêter. Pas le temps de manger, boire ou même d'uriner.

27:47

Speaker A

C'est vraiment une très longue marche Il n'est pas le seul à se plaindre. Un migrant pakistanais est aussi très en colère contre les passeurs.

28:03

Speaker A

Comment se passe le voyage ? C'est tout pourri, enf\*\*\*\*\* de passeurs. Ils nous avaient assurés qu'on marcherait au maximum pendant une heure.

28:13

Speaker A

Mais là, ça fait 8 heures qu'on crapahute et malheureusement, ce n'est toujours pas fini.

28:19

Speaker A

Les passeurs, vous ne les verrez jamais. Ils ne se laissent pas filmer, ils ouvrent la marche d'un pas militaire.

28:26

Speaker A

Et tant pis pour les traînards comme Javid et Faouad. Pourtant, s'éloigner du groupe, c'est aussi risquer sa vie.

28:35

Speaker A

Il faut se dépêcher, il faut rester au milieu du groupe. En plus, la nuit approche et ce n'est pas bon.

28:43

Speaker A

Il y a des voleurs. Je pense qu'il y en a. Ils ont l'habitude de voler l'argent, les sacs, et même les chaussures.

28:53

Speaker A

Javid, Faouad et Lukman ont atteint un point de non-retour. Perdus au milieu de nulle part, il leur est impossible de faire machine arrière.

29:03

Speaker A

Maintenant, il faut qu'ils regardent droit devant, vers la frontière turque à plus de 1500 kilomètres.

29:21

Speaker A

En Libye, le moral est au plus bas pour les trois Camerounais. Le passeur n'est toujours pas là et le mur qu'ils construisent pour payer leur séjour est bientôt terminé.

29:33

Speaker A

Le propriétaire risque de les mettre à la porte. Alors Joseph va prendre leur destin en main.

29:42

Speaker A

Oui bonjour. Comment se passe la matinée ? Tu es dans ton lieu de service ?

29:49

Speaker A

Joseph a des connexions. Plusieurs amis à lui ont déjà organisé des traversées. Après des dizaines de coups de téléphone et des heures de prières.

30:15

Speaker A

Le miracle arrive enfin. Joseph a trouvé un nouveau passeur. L'homme promet de les emmener sans encombre jusqu'à la mer.

30:26

Speaker A

Donc, le départ, c'est ce soir ? Encore une fois, ils refont valise commune. Et avant de partir, le propriétaire des lieux leur verse leur salaire, 160 dinars libyens, soit les 20 euros promis pour chacun d'eux.

30:45

Speaker A

120 140 150 155 160. Mais il y a un problème. Les nouveaux passeurs refusent d'être suivis par des journalistes.

31:04

Speaker A

Ils ne peuvent pas courir le risque de nous mélanger à vous donc, ils ont décidé qu'on prenne notre véhicule.

31:13

Speaker A

Et vous, vous allez trouver votre moyen de transport, un moyen pour vous retrouver à Tripoli.

31:19

Speaker A

Nous, on partira à trois de notre côté. Nous filons donc par la route principale les attendre à Tripoli la capitale libyenne, 700 kilomètres plus au nord.

31:34

Speaker A

Eux, vont prendre un autre chemin. Une fois de plus, ils passent par le désert et des routes secondaires dans de vieux pickups, mais aussi à pied.

31:45

Speaker A

Puis tout dérape. Les passeurs se comportent en tortionnaires. La souffrance des trois Camerounais va durer six jours au lieu des deux prévus.

31:55

Speaker A

Nous avons suivi leur calvaire par téléphone. Combien de changements de passeurs et d'étapes vous avez fait depuis Sebha ?

32:06

Speaker A

Vous avez changé cinq fois de passeur ? Donc là, vous êtes à combien de kilomètres de Tripoli ?

32:23

Speaker A

Donc, vous avez à peine fait 100 km ? Oui. Les passeurs les maltraitent. Et quand ils osent se plaindre, Vous n'avez plus rien, là ?

32:52

Speaker A

Ils vous ont volé ça ? L'argent que vous avez gagné à Sebha ? Mais ils l'ont trouvé où ?

33:12

Speaker A

Une semaine plus tard, nous les retrouvons donc à Tripoli. Ils ont été recueillis par la communauté camerounaise.

33:20

Speaker A

Ils ont perdu du poids. On dirait des fantômes. Voici leur récit. On est fatigués.

33:33

Speaker A

C'était très dur ? - Ouais, très dur. On n'imaginait pas ça comme ça, dans tous les cas.

33:41

Speaker A

On se voyait en route peut-être maximum pour deux jours, peut-être trois jours, mais pas jusqu'à six jours.

33:49

Speaker A

Avec ce qu'on a enduré comme difficultés, comme torture. Parce que là, c'était vraiment de la torture.

33:56

Speaker A

Un enfer, plus que l'enfer. Parce que je n'ai jamais vu depuis ma naissance, je n'ai jamais vu des choses aussi horribles.

34:06

Speaker A

Il y a des gens qui pleurent, des gaillards, des papas qui pleurent à chaudes larmes.

34:12

Speaker A

Puis quand tu te mets à pleurer, ils passent avec le bâton, au-dessus de la couverture, ils tapent fort, un gros bâton comme ça.

34:19

Speaker A

Ils nous traitent d'esclaves, ils disent, "écoute, ferme-là esclave !" À un moment donné, nous sommes arrivés.

34:26

Speaker A

Il nous a parqués quelque part, Pas de nourriture, pas d'eau. Je sors ma Bible pour prier au calme.

34:36

Speaker A

Il me voit avec la Bible. Il demande "qu'est-ce que tu es en train de faire esclave ?" Il vient, me tabasse, il arrache ma Bible, il la jette.

34:50

Speaker A

Les moins résistants sont abandonnés purement et simplement dans le désert. C'est ce qui est arrivé à ces migrants qui ont trouvé la mort à la frontière entre la Libye et l'Algérie.

35:05

Speaker A

Pour Émile, ce voyage restera gravé à jamais dans sa mémoire. Il a aidé à marcher, puis porté un homme à bout de force sur près de deux kilomètres.

35:18

Speaker A

Mais à un moment donné, il ne pouvait même plus parler. Il me disait seulement "aide-moi".

35:23

Speaker A

Le gars est tombé, je suis en train de soulever le gars, il pèse plus que moi.

35:27

Speaker A

Je mets la main sur le cou du gars, ça ne bat plus. Je mets la main sur le cœur, ça ne bat plus.

35:33

Speaker A

Je dis à l'Arabe que le gars est mort, il me dit, "s'il est mort, tire le au sol".

35:39

Speaker A

J'ai dit "non, je ne peux pas le tirer comme ça". C'est quand même un mort, on doit le respecter.

35:43

Speaker A

Il m'a dit "si tu ne veux pas le tirer", il m'a mis le fusil ici, sur la tête.

35:48

Speaker A

Je lui ai dit que je ne peux pas. Il a commencé à me taper avec le fusil, il me crachait dessus.

35:58

Speaker A

Ils ont porté le gars, ils l'ont mis là-bas. Je ne sais pas comment ils ont fait avec lui.

36:01

Speaker A

Je n'ai aucune idée de ce qu'ils ont fait de lui. Mais au bout de toutes ces souffrances, une récompense.

36:15

Speaker A

Voir enfin la Méditerranée. Leur dernier défi est devant eux. De l'autre côté, il y a l'Europe.

36:42

Speaker A

Cette mer, il faut maintenant la traverser. Cela fait près de trois ans qu'ils ont laissé le Cameroun derrière eux.

36:50

Speaker A

Chacun se prend à rêver. Joseph pense qu'il a de l'or dans les mains. Il est sûr que son talent fera merveille en France.

36:59

Speaker A

Les gens disent que je suis un génie dans la décoration. Je peux devenir un artiste de la décoration, on ne sait jamais.

37:08

Speaker A

Malgré ses 19 ans, Émile a des rêves plus sages. Mon rêve, c'est de réussir à avoir une maison, des enfants, une femme.

37:20

Speaker A

Je sais qu'en Europe, c'est la galère pour les sans papiers. Et je sais aussi qu'il y a ceux qui sont arrivés sans papiers et aujourd'hui, ils ont les papiers, donc, pourquoi pas moi ?

37:32

Speaker A

Pour Élie, ce voyage est une revanche. C'est avant tout pour faire ses preuves qu'il l'a entamé.

37:39

Speaker A

Dans ma famille, il y en a beaucoup qui n'ont pas cru en moi. J'ai tout fait pour qu'ils sachent que peut-être ma réussite, c'était de l'autre côté de la Méditerranée.

37:49

Speaker A

Je sais que je suis fort physiquement, fort mentalement. En Europe, il y a beaucoup d'ouvertures, parce que je me dis que la chance que je n'ai pas pu avoir en Afrique, au Cameroun plus précisément, peut-être que de l'autre côté, je pourrais l'avoir.

38:03

Speaker A

Pour eux, c'est l'ultime étape avant Paris. Pourtant, leurs galères sont loin d'être terminées. Traverser la Méditerranée est hors de prix, même sur un bateau de fortune.

38:15

Speaker A

Or, ils sont ruinés. Les passeurs leur ont pris toutes leurs économies. Ils vont devoir travailler sur des chantiers à Zouara.

38:23

Speaker A

Nous sommes en janvier, nous les retrouverons dans cinq mois. C'est du port de Zouara, à 100 kilomètres de Tripoli, que partent la majorité des bateaux d'illégaux.

38:43

Speaker A

Été comme hiver, la ville est envahie de clandestins. Tous ne survivront pas à cette traversée vers l'île italienne de Lampedusa.

38:54

Speaker A

250 kilomètres de mer qui s'effectuent sur des bateaux de pêche comme celui-ci. Prévus pour quelques marins, les passeurs y entassent des centaines d'immigrés afin de faire un maximum de profit.

39:09

Speaker A

Toutes les semaines, les militaires ramassent sur les plages de Zouara, les corps des suppliciés rejetés par la mer.

39:43

Speaker A

Cinq mois plus tard, Émile, Joseph et Élie ont gagné assez d'argent pour traverser la Méditerranée.

39:53

Speaker A

Ils nous ont téléphoné. Nous les retrouvons sur leur dernier chantier. On est presque au bout, donc, on est bien, on essaye de travailler au maximum car il ne faut pas juste payer le transport pour Lampedusa, il faut aussi arriver avec un peu d'argent de poche.

40:14

Speaker A

À Zouara, rien de plus facile que de rencontrer des passeurs. Il y en a à tous les carrefours.

40:21

Speaker A

Et ce sont souvent eux qui démarchent les clandestins. Joseph et Élie ont rendez-vous avec l'un d'entre eux.

40:33

Speaker A

Ils vont négocier leur passage, mais aussi le nôtre. Nous filmons la rencontre en caméra cachée.

40:39

Speaker A

Le passeur, c'est cet homme de dos, à la casquette et au téléphone rose. J'ai des amis qui veulent traverser.

40:47

Speaker A

Ils ont appelé hier. Ils cherchent une bonne filière pour passer. Ouais, ils sont cinq.

40:58

Speaker A

Les trois Camerounais, plus nous. Combien vous pouvez mettre ? 600, 800 euros ? OK, je réfléchis. Donne-moi ton numéro.

41:14

Speaker A

Après plusieurs jours de négociations, ils finissent par s'entendre sur un prix. Ce sera 900 euros par journaliste et 600 euros pour chacun des Camerounais.

41:29

Speaker A

Maintenant, on déterre nos économies. Le voyage, c'est demain. Cet argent, c'est la sueur de mon front.

41:52

Speaker A

J'ai bien travaillé, je le mérite très bien. Je mérite plus que ça. On a travaillé, on ne nous a pas tout payé avec la souffrance qu'on a enduré ici.

42:00

Speaker A

Ça nous réconforte quand même, parce que ça paye le transport jusqu'à l'Italie. Je ne suis jamais monté sur un bateau, c'est la première fois.

42:08

Speaker A

Tu n'as pas trop peur ? Si, j'ai peur. Mais pas trop. La hantise du naufrage est dans toutes les têtes.

42:17

Speaker A

Surtout qu'ils ne savent pas sur quelle embarcation ils vont voyager. Certaines traversées se font sur des coquilles de noix comme celle-là.

42:27

Speaker A

Début octobre, trois bateaux ont sombré, dont un, avec 500 personnes à bord. En deux ans, 3 600 clandestins auraient trouvé la mort en mer.

42:38

Speaker A

Le risque est immense, mais la promesse d'une vie meilleure en Europe est plus forte que tout.

42:51

Speaker A

Deux jours plus tard, le moment tant attendu est arrivé. Ils sont convoqués sans bagages sur une plage au nord de Zouara.

43:02

Speaker A

Émile, comme les autres, retient son souffle. Le bruit pourrait les signaler aux policiers qui patrouillent.

43:09

Speaker A

Après une heure d'attente, le signal est donné. Les dizaines de migrants prennent d'assaut les petites embarcations des passeurs.

43:44

Speaker A

Quelques minutes plus tard, ils les pressent de grimper à bord d'un bateau beaucoup plus gros.

43:54

Speaker A

Les migrants ne voient rien, ne savent pas combien ils sont. Une seule certitude, maintenant, ils sont livrés à eux-mêmes.

44:21

Speaker A

Sur le pont, cette femme enceinte se sent déjà mal et son voyage n'a pas commencé.

44:40

Speaker A

À 5 heures du matin, l'aube leur permet de découvrir l'embarcation et leurs compagnons d'infortune.

44:48

Speaker A

Au total, ils sont 260. Parmi eux, des Érythréens, des Somaliens, des Libyens. À bord, devant le danger, les différences religieuses s'effacent.

45:15

Speaker A

Chacun s'en remet à son Dieu. Joseph cherche Élie et Émile. Ils ont été séparés à l'embarquement.

45:30

Speaker A

Je suis en train de chercher un passage, pour qu'on puisse trouver mes deux frères en bas.

45:41

Speaker A

Mais la cale avant est inaccessible. Il n'y a pas possibilité d'y pénétrer. Il y a trop de monde, l'endroit est bouché, complètement bouché.

45:55

Speaker A

Nous parvenons néanmoins à descendre par la trappe arrière, le pire endroit du bateau. Une centaine de clandestins s'y entassent les uns sur les autres.

46:06

Speaker A

Il règne une odeur insoutenable et la chaleur est suffocante. Il n'y a aucun souffle d'air.

46:14

Speaker A

Le bruit assourdissant du moteur casse les têtes. Mais je n'ai pas le choix. Une heure après le départ, les passeurs ont organisé un petit-déjeuner frugal.

47:01

Speaker A

Une distribution d'eau, de pain et de fromage. Les visages se dérident. Ils ne le savent pas encore, mais ce sera leur seul repas pendant la traversée.

47:24

Speaker A

Pas sûr que les damnés de la cale, eux, aient le cœur à manger. De Tripoli à Lampedusa, moi, j'ai payé 1 400 dollars par personne.

47:37

Speaker A

Pour nous, trois. Pour moi, ma femme et la petite Aïcha. Les prix du trajet sont peut-être différents, mais tous se sont ruinés pour la même raison.

48:03

Speaker A

On le sait que c'est risqué. Mais si on est tous là, c'est pour enfin avoir quelque chose à manger dans nos assiettes.

48:13

Speaker A

Pour les passeurs, ce trafic est très rentable. D'après nos estimations, les 260 migrants ont rapporté à la filière près de 200 000 euros.

48:22

Speaker A

Et pourtant, à bord, pas un seul gilet de sauvetage ni aucune fusée de détresse en cas de naufrage.

48:28

Speaker A

Pour s'orienter, le capitaine ne possède que le strict minimum, une boussole et un GPS grand public.

48:35

Speaker A

On tient le bon cap grâce à ce petit GPS et cette boussole. Pour le moment, tout va bien.

48:44

Speaker A

Lampedusa est encore loin. Il leur reste 12 heures de navigation, et le pire est encore à venir.

49:06

Speaker A

Dépêche-toi, tu es toujours le dernier. De leur côté, les Afghans, Javid Faouad Rohani et Lukman ont bien avancé en Iran.

49:25

Speaker A

Ils ont parcouru 3 500 kilomètres. Ils se trouvent maintenant dans la région iranienne de Fars, au centre du pays.

49:35

Speaker A

Ils sont exténués. Les passeurs impitoyables imposent une cadence infernale. Plus vite le groupe arrive à destination, plus vite ils pourront aller en chercher un autre.

49:46

Speaker A

Au septième jour de marche, Lukman commence à craquer. On a franchi au moins 50, ou 60 montagnes, mais ça continue.

49:58

Speaker A

À ce stade de la marche, les muscles deviennent douloureux, les articulations souffrent. Rohani n'en peut plus.

50:08

Speaker A

Mes jambes me font très mal. Cet endroit est très difficile. D'autant qu'aucun clandestin n'est réellement équipé pour une marche aussi longue.

50:23

Speaker A

Beaucoup sont en chaussures de ville ou en baskets de mauvaise qualité. Javid, lui, souffre depuis plusieurs heures.

50:31

Speaker A

Ses chaussures pakistanaises se sont désintégrées sur les rochers. Ça, ce sont les chaussures made in Pakistan.

50:41

Speaker A

Ses pieds ne sont pas en meilleur état. On n'a pas pu se laver, on est très sales.

50:48

Speaker A

Regarde un peu mes chaussettes. Et tu as vu le pied de Faouad? Tu as vu son ampoule ?

51:02

Speaker A

Ces épreuves n'empêchent pas la solidarité entre marcheurs clandestins. Depuis une heure, ce vieil homme souffre le martyre à chaque pas.

51:11

Speaker A

Et c'est Javid qui va le soigner. Tu es tombé ? Oui. Ça te fait mal ?

51:19

Speaker A

Oui, ça me fait très mal. Prévoyant, Javid a emporté une petite trousse de secours.

51:28

Speaker A

Sers le bandage davantage. Ce sera plus efficace. Tu peux marcher, Baba ? Oui. Que quelqu'un reste à ses côtés.

51:42

Speaker A

Après la fatigue, l'autre ennemi, c'est la déshydratation. On a soif, tellement soif. Chacun porte une bouteille, mais quand elle est vide, les Afghans dépendent des trous d'eau croisés au hasard de la marche.

51:58

Speaker A

La plupart du temps, c'est une eau sale, mais ils n'hésitent pas à y plonger leur bouteille, au risque de tomber malade.

52:14

Speaker A

Tu as soif ? Oui, j'ai très soif, mais il n'y a pas d'eau. Enfin si, il y en a, mais elle est sale et on a besoin de boire.

52:24

Speaker A

Elle a quel goût ? Elle est vraiment infecte. Javid a trouvé une astuce peut-être pas très efficace, mais simple.

52:36

Speaker A

Il filtre l'eau avec son foulard. Au dixième jour de marche, la colonne des 160 clandestins s'étire et finit par se disloquer.

52:59

Speaker A

Certains sont à la traîne, épuisés par la fatigue, ils n'arrivent même plus à rattraper le groupe.

53:07

Speaker A

Javid et ses camarades s'écroulent. On est fatigués, on est trop fatigués. Des gens sont restés loin derrière.

53:21

Speaker A

Oui, ils sont nombreux à la traîne. Un Pakistanais est salement amoché. S'il reste là, tu crois qu'il va mourir ?

53:32

Speaker A

Bien sûr qu'il va mourir. Et toi, Faouad ? Tu te caches derrière les branches ?

53:37

Speaker A

Comment tu te sens ? Je ne me sens pas bien. À partir de Chiraz, la frontière turque est encore à 1 000 kilomètres.

53:46

Speaker A

Mais une surprise les attend. Certaines portions du trajet vont se faire en voiture. 30 kilomètres ici, 20 kilomètres là de gagnés, puis, retour à l'effort.

54:07

Speaker A

Je ne comprends pas. Pourquoi ils nous ont fait descendre du camion ? Ils nous font passer par ailleurs.

54:14

Speaker A

Peut-être que la route est bloquée. Depuis qu'ils sont en Iran, ils alternent les bivouacs en pleine montagne, loin des repas promis par les passeurs.

54:26

Speaker A

Ne mange surtout pas ce pain, il est moisi,tu vas être malade. Et les planques pas forcément plus confortables.

54:42

Speaker A

Il fait une chaleur. C'est horrible. Ils nous ont forcés à sortir et à rester dehors.

54:53

Speaker A

Il fait une chaleur de dingue. Qu'est-ce qu'on peut faire maintenant ? Il fait tellement chaud, ça me tue.

55:10

Speaker A

Je n'ai rien à boire avec ce gâteau. Pas d'eau. Ça reste collé dans ma gorge.

55:15

Speaker A

C'est pas terrible. Ces caches ont un avantage, elles ont l'électricité, ce qui leur permet de recharger leur téléphone.

55:35

Speaker A

Et c'est loin d'être un luxe. Bizarrement, les guides abandonnent parfois les clandestins en leur indiquant juste la direction à suivre.

55:46

Speaker A

Quand le groupe se perd, c'est la panique. Comme ce jour-là, Javid, à bout de nerfs, appelle le passeur.

55:54

Speaker A

Envoyez-nous quelqu'un ! Si personne ne vient, je vous dénonce à la police. Va te faire voir.

56:06

Speaker A

Il a dit qu'il nous envoyait quelqu'un dans 20 minutes. C'est ce qu'il vient de me dire.

56:13

Speaker A

Il dit ça depuis des heures. Les télécoms iraniens sont plutôt performants. Il y a du réseau dans toutes les montagnes.

56:31

Speaker A

Passé Téhéran, la capitale iranienne, ils filent droit vers la Turquie, entassés dans une vieille Peugeot.

56:37

Speaker A

Certains sont même enfermés dans le coffre. Nous sommes à la mi-mai. Ils ont quitté l'Afghanistan il y a un mois et ils atteignent maintenant les montagnes du Kurdistan qui les séparent de la Turquie.

56:51

Speaker A

Nous les retrouvons à cette étape et reprenons le fil du tournage. Ici, les paysages tranchent avec les montagnes pelées du centre de l'Iran.

57:02

Speaker A

Place aux alpages et au climat frais. Les passeurs ont prévu des vêtements chauds pour les Afghans.

57:10

Speaker A

Les gâteaux ne sont plus moisis. Ils retrouvent visage humain. Ce jour-là, tous se font aussi chics que possible.

57:20

Speaker A

Séance photo improvisée. Le passeur local a préparé des demandes d'asile turques avec de faux noms.

57:27

Speaker A

Il n'y a plus qu'à coller les photos. Regarde, c'est drôle, maintenant, je m'appelle Hamid Ahmadzai.

57:38

Speaker A

S'il y a des contrôles de police, grâce à ces papiers, on va pouvoir rejoindre Istanbul tranquillement.

57:46

Speaker A

Leur traversée est prévue dans dix jours. Là-bas, c'est la montagne où on doit passer la frontière.

57:54

Speaker A

Derrière la chaîne du Kurdistan, c'est la Turquie, la porte de l'Europe. Mais pour l'atteindre, ils vont devoir affronter le froid et la neige.

58:10

Speaker A

Troisième heure de souffrance pour les 260 clandestins africains. Au fond de la cale, Émile ne se sent pas bien.

58:28

Speaker A

Elie, de son côté, réussit à s'extraire de cet enfer. Joseph lui a fait une petite place à côté de lui.

58:47

Speaker A

J'ai le cœur et le ventre qui bourdonnent, j'ai le cœur qui va de haut en bas.

58:54

Speaker A

Ça me donne l'envie de vomir, mais je n'ai pas encore vomi. Tout le monde là-bas vomit depuis hier.

58:59

Speaker A

Trois fois, deux fois, moi je n'ai pas encore vomi. Je n'ai même pas mangé, je n'arrive à rien avaler.

59:06

Speaker A

Joseph vérifie que son agenda très spécial n'a pas été effacé. Il a mis les pieds dans l'eau avant de monter sur le bateau.

59:16

Speaker A

Ce sont les numéros de téléphone que j'ai marqués là, parce que les Libyens, les passeurs prennent tous les téléphones et les SIM Cards, je l'ai pressenti.

59:28

Speaker A

J'ai écrit tous les numéros là. Le capitaine vient d'annoncer que l'heure libyenne, c'est terminé.

59:51

Speaker A

Il vient d'annoncer, il y a 30 secondes. Bonne nouvelle ? - Bonne nouvelle. D'un seul coup, tout devient possible.

60:04

Speaker A

Mais rares sont les bateaux qui dépassent les eaux territoriales. À la cinquième heure de traversée, le son assourdissant du moteur se tait.

60:26

Speaker A

Une odeur inquiétante se répand sur le pont. C'est une pièce du moteur qui a pris feu.

60:38

Speaker A

Ce sont des choses qui arrivent, c'est la machine. Ils vont dépanner et puis on va partir.

60:42

Speaker A

Elie reste philosophe. Contrairement à la femme enceinte. C'est une sale journée. Si le bateau prend feu, on va tous mourir.

60:54

Speaker A

Tais toi, tais toi ! On va tous mourir, je te dis. Ça ne sert à rien de paniquer.

61:02

Speaker A

Notre vie dépend de lui. On est obligé de lui faire confiance. Une demi-heure plus tard, le moteur repart.

61:23

Speaker A

Mais l'incident a marqué les esprits. Une certaine tension règne désormais à bord. Ce jeune Libyen ne supporte plus les allers et venues de certains passagers.

61:35

Speaker A

Il tente l'intimidation puis se lève, menaçant. Au retour, il manque de blesser la passagère enceinte.

61:50

Speaker A

C'est à cause de ceux qui sont devant. Ça suffit, s'ils se mettent debout, ils vont nous faire chavirer.

62:08

Speaker A

À la douxième heure de navigation, un hélicoptère de la sécurité civile italienne les survole.

62:18

Speaker A

Un premier signe, ils vont peut-être pouvoir tourner le dos à leur ancienne vie de misère.

62:26

Speaker A

Certains étaient fonctionnaires ou même militaires, des postes privilégiés dans leur pays, mais qui leur permettaient pourtant tout juste de survivre.

62:36

Speaker A

Je n'imaginais pas un instituteur ou un professeur ou un militaire en train de gagner sept dollars par mois.

62:45

Speaker A

Mais qu'est-ce que ça représente sept dollars ? Comment quelqu'un va vivre avec sept dollars ?

62:53

Speaker A

Si on donne sept dollars à un Belge ? Là où il y a le siège de l'Union européenne qui crée toutes les lois pour bloquer l'immigration.

63:02

Speaker A

Pour vivre par mois, qu'est-ce qu'il va faire avec sept dollars ? Prévenue par la sécurité civile, la marine italienne intervient.

63:18

Speaker A

Immédiatement, le capitaine du navire lâche la barre. l'armée prend des photos et s'il est identifié comme tel, la sanction est automatique.

63:55

Speaker A

20 minutes plus tard, un bâtiment militaire italien vient à leur rencontre. Les migrants s'énervent.

64:06

Speaker A

Ils sont restés assis et comprimés pendant plus de dix heures. Le Lybien qui jouait du couteau cherche encore une fois la bagarre.

64:27

Speaker A

Combien y a-t-il d'enfants ? Trois. Des femmes enceintes ? Des gilets de sauvetage au cas où un clandestin tomberait à l'eau dans la bousculade.

64:46

Speaker A

Ne vous inquiétez pas, il y en aura pour tout le monde. Il y en aura pour tout le monde !

64:55

Speaker A

Asseyez-vous ! Rapproche-toi, vas-y, envoie la corde. Le transbordement des Africains va durer des heures.

65:16

Speaker A

Les Camerounais sont les derniers à monter à bord. Joseph, Élie et Émile respirent. Ils ont vaincu la Méditerranée.

65:34

Speaker A

Quand ils touchent enfin le sol de Lampedusa, 21 heures se sont écoulées depuis leur départ de Libye.

65:42

Speaker A

Leur voyage vers Paris est loin d'être terminé. Pour atteindre la capitale, il va falloir qu'ils s'échappent de l'île de Lampedusa.

65:55

Speaker A

Cela fait 20 ans que l'île toute proche des côtes tunisiennes et libyennes est la cible des migrants africains.

66:07

Speaker A

Dans le port, le cimetière des rafiots clandestins témoigne des arrivées massives. En 2013, 15 000 personnes auraient cherché à débarquer à Lampedusa.

66:20

Speaker A

Les trois Camerounais sont recueillis dans ce camp spécialement construit par l'État italien. Prévu pour 250 personnes, il en accueille plus d'un millier.

66:32

Speaker A

Et l'été, quand la mer est calme, l'afflux de migrants est tel qu'ils sont obligés de dormir dehors.

66:39

Speaker A

Logiquement Emile Joseph et Élie devraient y rester au minimum un an, le temps que leur demande d'asile soit examinée.

66:50

Speaker A

Si elle est rejetée, ils seront renvoyés au Cameroun. Mais un événement imprévu va bousculer leur destin.

66:59

Speaker A

Début juillet, le pape François se rend à Lampedusa célébrer une messe à la mémoire des migrants morts en mer.

67:07

Speaker A

Avant son arrivée, une partie du camp est vidée, pour éviter les débordements. Les Camerounais et d'autres clandestins sont évacués par avion en Sicile.

67:25

Speaker A

Dans un autre camp de rétention, Cara Mineo. Un ancien lotissement pour militaires américains de l'OTAN.

67:35

Speaker A

Il est, lui aussi, surpeuplé, 4 000 migrants pour 1 500 places. La caméra n'est pas la bienvenue.

67:52

Speaker A

Pour retrouver Élie, Émile et Joseph, pas d'autre solution que d'entrer clandestinement de nuit. Une fois à l'intérieur, nous sommes accueillis par le chef de la communauté camerounaise.

68:10

Speaker A

Il nous fait visiter une petite ville avec ses cybercafés, ses épiceries, ses lieux de prostitution.

68:18

Speaker A

Les migrants sont tous dans la même galère et pourtant les nationalités ne se mélangent pas.

68:23

Speaker A

Les tensions sont même fréquentes entre elles. Les carabiniers italiens s'en lavent les mains. Il n'y a jamais de gendarmes qui patrouillent ?

68:41

Speaker A

Chaque quartier est occupé par une communauté. Robert nous emmène dans la maison où vivent les Camerounais.

68:50

Speaker A

À l'intérieur, l'ambiance semble sympathique. Il n'y a pas de meubles, mais il y a de quoi trinquer.

69:07

Speaker A

Joseph, Émile et Élie sont effondrés. Ils ne partagent pas l'enthousiasme général. On m'a envoyé dans une maison, il est presque minuit, mais les gens ne dorment pas, les gens marchent partout.

69:30

Speaker A

La maison, c'est la boutique, c'est le bar. C'est la maison où on dort, que voulez-vous ?

69:39

Speaker A

Joseph est révolté. Il s'attendait à un autre accueil. On ne leur sert qu'un repas par jour.

69:46

Speaker A

Quand quelqu'un doit manger, est-ce que c'est normal pour un immigré de manger ceci ?

69:54

Speaker A

Si c'est de cette façon qu'on traite les immigrés ici en Italie, vraiment, c'est lamentable.

70:10

Speaker A

Au Cameroun, on aime le show. Quand ils ont faim, une seule solution. La boutique de Mama Véronique.

70:21

Speaker A

Qu'est-ce que tu fais, ici ? Je vends, je me débrouille, pour ne pas chômer, pour ne pas rester sans rien faire.

70:31

Speaker A

Je m'occupe un peu. Mama Véronique fait ses courses dans le village d'à côté. Car tous ont le droit de sortir du camp dans la journée avec une obligation, revenir le soir.

70:44

Speaker A

Je vais acheter ça, je viens, je détaille encore petit à petit pour avoir au moins un euro par paquet.

70:52

Speaker A

Ce sont les Africains qui achètent. Si je ne fais pas ça, la vie du camp va m'obliger à me prostituer.

70:59

Speaker A

Comme je ne veux pas me prostituer, je suis obligée de faire quelque chose pour gagner du temps.

71:08

Speaker A

Obtenir un titre de séjour est loin d'être simple. Mieux vaut venir d'un pays en guerre ou être persécuté.

71:15

Speaker A

Sinon, c'est l'expulsion et retour à la case départ. Mais les commissions d'examens sont débordées et les réponses arrivent parfois des mois, voire des années après.

71:39

Speaker A

Aucun des Camerounais ne veut attendre aussi longtemps. Ils vont filer à l'anglaise. J'ai pris ma décision, je pars.

71:48

Speaker A

Tu comprends ? - Je pars aussi. Lui aussi a pris sa décision, il part, mais cela doit être fait en toute âme et conscience.

71:59

Speaker A

C'est un chemin de non-retour qu'on va prendre. Je ne peux pas rester ici dans la galère.

72:04

Speaker A

Le problème, c'est qu'on a engagé une procédure concernant la résidence. Je préfère être sans papiers toute ma vie que de passer deux ans dans ce camp.

72:15

Speaker A

Peut-être que c'est là que je vais mourir, me transformer, et peut-être devenir un criminel.

72:21

Speaker A

Je préfère être dehors dans le noir, plutôt que de rester dans ce camp. Javid, Lukman et Rohani se reposent à Istanbul depuis près d'une semaine.

72:41

Speaker A

Leur visage est maintenant détendu. Pourtant, ils sont arrivés en piteux état. Le passage entre l'Iran et la Turquie n'a pas été une partie de plaisir.

72:58

Speaker A

Le groupe d'Afghans a dû batailler avec la pluie, la neige et le froid. Leur prochaine destination, la Grèce.

73:13

Speaker A

Ils vont la rejoindre à bord d'un bateau de clandestins. Avant de risquer leur vie en mer, ils ouvrent grand leurs yeux sur Istanbul.

73:23

Speaker A

Un choc culturel. C'est la première fois que les Afghans voient des femmes qui ne sont pas couvertes de la tête aux pieds et osent montrer autant leur corps.

73:40

Speaker A

Tu as vu ? Les filles sont habillées super légèrement ici. Chez nous, les femmes ne peuvent pas s'habiller comme ça.

73:50

Speaker A

Parce qu'en Afghanistan, on a la charia. Et si les talibans voyaient des femmes habillées aussi léger, il y aurait des réactions très violentes.

74:02

Speaker A

Javid et Rohani sont avant tout des montagnards, des paysans qui n'ont jamais vu la mer.

74:11

Speaker A

La traversée vers les îles grecques a tout pour les inquiéter. C'est la première fois que je vois la mer.

74:22

Speaker A

Ça a l'air très profond, c'est terrifiant. J'ai très peur de l'eau. Mais demain, on prend le bateau, pas le choix.

74:33

Speaker A

Il n'y a pas d'autres chemins. Le 22 mai, ils quittent Istanbul, cachés dans un minibus fourni par la filière des passeurs.

74:43

Speaker A

Direction Kusadasi, célèbre station balnéaire dans l'ouest de la Turquie. Un mois après leur départ d'Afghanistan, ils s'apprêtent à entrer en Europe.

74:55

Speaker A

Mais ce plan bien huilé va mal tourner. Alors qu'ils se dirigent à pied vers le point de rendez-vous avec le passeur, ils vont se faire surprendre par la police turque.

75:04

Speaker A

Nous les retrouvons juste après leur débandade. Au total, la police a arrêté 50 clandestins.

75:10

Speaker A

Ils ne sont plus qu'une dizaine. On va rester ici jusqu'à ce soir. Ça ne craint rien.

75:20

Speaker A

Le passeur a été arrêté. Ils sont livrés à eux-mêmes. Paniqué, Javid appelle le chef de la filière en Turquie.

75:32

Speaker A

Si on trouve un taxi, on retourne à Istanbul ou à Kusadasi. Allez, on commence à aller vers Kusadasi, après il nous rappelle.

75:48

Speaker A

À Kusadasi, ils seront pris en main par un nouveau passeur. Deux jours plus tard, c'est la grande traversée.

75:59

Speaker A

Comme les Africains, les Afghans s'apprêtent à prendre la mer. Cette fois-ci, ce n'est pas l'Italie qui est visée, mais la Grèce.

76:08

Speaker A

Sur la plage, tout le monde se tait. Un silence si profond que l'on entend même les moustiques.

76:20

Speaker A

Saleté de moustiques. Là, on n'est plus très loin de la frontière grecque par la mer.

76:32

Speaker A

La frontière est au milieu de la grande mer On va traverser cette étendue à bord d'un petit bateau.

76:42

Speaker A

On est peut-être 35. On va se retrouver sur ce petit bateau. C'est très dangereux.

76:53

Speaker A

Le signal est donné. Ils embarquent sur un bateau gonflable poussé par un simple moteur de 15 chevaux.

77:02

Speaker A

Direction l'île grecque de Samos, dont on aperçoit les lumières juste à un kilomètre de là.

77:10

Speaker A

À bord, tous évitent de bouger. L'embarcation est tellement petite, qu'elle pourrait chavirer À cause du poids, l'eau s'infiltre, mais Javid ne s'affole pas.

77:23

Speaker A

Sa peur de la mer n'est plus un problème. Moi, je n'ai peur que d'une seule chose, c'est de Dieu.

77:40

Speaker A

Soudain, ils se retrouvent pris dans les phares des garde-côtes grecs. Logiquement, les policiers devraient leur venir en aide.

77:49

Speaker A

Mais ce soir-là, ils vont se montrer cruels. Les garde-côtes prennent leur moteur et les repoussent dans les eaux turques.

78:02

Speaker A

À la dérive, Ils sont maintenant à la merci d'une mauvaise vague. Les policiers nous ont pris le moteur et l'essence.

78:11

Speaker A

Et ils nous ont abandonnés. Les sales Grecs ! Ils nous ont pourri notre voyage et en plus ils nous ont abandonnés.

78:23

Speaker A

Sans moteur, l'embarcation est devenue instable. Ballottés par les vagues, les 35 naufragés ont peur.

78:41

Speaker A

Le petit pneumatique dérive au gré des courants. Résignés, les clandestins se mettent à fumer.

78:51

Speaker A

À l'inverse de tout à l'heure, ils cherchent à se faire repérer. Lève le briquet pour qu'ils nous voient.

79:04

Speaker A

A l'aube, l'espoir renaît sous la forme d'un bateau des garde-côtes turcs. Il recueille les migrants pour les ramener à terre.

79:19

Speaker A

Montez à bord ! Un par un. OK, c'est bon, on fait comme ça. Ils ont sauvé leurs vies, mais la partie est loin d'être gagnée.

79:31

Speaker A

Le gouvernement turc n'est pas très tendre avec les clandestins. Nos trois Afghans, risquent l'expulsion immédiate.

79:42

Speaker A

En Sicile, Élie, Émile et Joseph ont fui le camp de rétention sans attendre leur carte de séjour.

79:49

Speaker A

Les conséquences sont graves. Ils ont perdu leur statut de réfugiés et sont maintenant considérés comme clandestins en Europe.

79:57

Speaker A

On attend le bus pour aller au port, pour prendre un ferry cette nuit qui va nous conduire à Napoli demain, on essaiera demain matin.

80:08

Speaker A

Ils n'ont qu'une idée en tête rallier le continent et Paris où ils ont des contacts et des amis.

80:19

Speaker A

Seul problème, ils n'ont même pas un passeport camerounais en poche. Et pour acheter un billet de bateau, le document est obligatoire.

80:31

Speaker A

Une sécurité pour éviter que des clandestins ne quittent l'île. Mais il y a une faille dans ce système.

81:02

Speaker A

La surprise est énorme. Le bus monte sur le ferry, et là, personne ne leur demande de papiers.

81:10

Speaker A

Tout à l'heure, on nous a dit qu'on ne pouvait pas emprunter le bateau sans passeport.

81:14

Speaker A

Et subitement, je me retrouve dans un bus dans le bateau. Tu comprends que c'est surprenant ?

81:23

Speaker A

Pour aller jusqu'à Rome, ils n'ont sur eux que 125 euros. De l'argent récolté grâce à un peu de business dans le camp et aux quelques euros envoyés par leur famille.

81:39

Speaker A

Le rêve français est enfin à portée de main. Entre Paris et eux, il n'y a plus que 1 500 petits kilomètres.

81:55

Speaker A

En Turquie, le voyage vers l'Europe a tourné court pour les Afghans. Après leur arrestation en mer, ils ont été emprisonnés.

82:09

Speaker A

Au bout de trois semaines, Javid et Rohani ont été renvoyés en Afghanistan. Seuls deux ont échappé aux autorités turques.

82:21

Speaker A

Le jeune Lukman, en blanc et Faouad, le chauffeur routier. Début juillet, nous les retrouvons à Istanbul.

82:31

Speaker A

Faouad et moi, on s'en est tirés car on a dit qu'on avait 16 ans et demi.

82:35

Speaker A

Du coup, on a été envoyé dans un camp pour mineurs. De là, on s'est échappés et nous sommes revenus à Istanbul.

82:44

Speaker A

Après plusieurs tentatives ratées de passage en Grèce, la filière modifie l'itinéraire. Un changement de cap qui va coûter 3 500 euros de plus à leurs familles.

82:56

Speaker A

Direction, la Sicile. Les deux Afghans la rejoignent, cachés dans un bateau de tourisme. De là, ils gagnent Rome.

83:08

Speaker A

Nous les retrouvons devant le Colisée. C'est incroyable, j'ai déjà vu ce monument dans les films.

83:18

Speaker A

J'en ai entendu parler bien sûr, c'est très vieux. Ça doit dater d'il y a 1 000 ans au moins.

83:28

Speaker A

Rome, c'est ici que s'arrête le contrat des passeurs. Lukman et Faouad doivent se débrouiller maintenant tout seul.

83:38

Speaker A

Contrairement aux Africains, ils ne se sont jamais fait racketter. Il leur reste quelques économies.

83:44

Speaker A

Suffisamment pour rejoindre Paris. Deux tickets pour Vintimille. Le train de 15 heures. Oui, deux tickets.

83:56

Speaker A

Les trois Camerounais étaient dans cette même gare deux semaines plus tôt, mais eux n'avaient plus un sou en poche.

84:04

Speaker A

Nous les suivons depuis près de huit mois, des liens se sont tissés. Et devant leur détresse, nous avons choisi de leur venir en aide en payant leur billet de train jusqu'à Paris.

84:20

Speaker A

Sur le quai, Émile et ses deux amis sont ébahis devant tant de modernité. Les clandestins camerounais et afghans ont donc fait le même voyage.

84:41

Speaker A

À quelques semaines d'intervalle. De Rome à Paris, ils ont pris les mêmes trains, admiré les mêmes paysages, dormi dans les mêmes gares.

84:58

Speaker A

Mesdames et messieurs, bonjour, vos chefs de bord et l'équipe TGV vous souhaitent la bienvenue à bord du TGV à destination de Paris, gare de Lyon.

85:08

Speaker A

Habillés comme des vacanciers, Afghans et Camerounais n'ont attiré l'attention d'aucun policier pendant tout leur trajet.

85:21

Speaker A

Enfin, nous voici à Paris. C'était notre rêve. Maintenant, on y est. Cette gare est impressionnante.

85:32

Speaker A

C'est sûrement la plus grande du monde. Maintenant, ils vont devoir se fabriquer une nouvelle vie.

85:41

Speaker A

Et c'est là que tout se complique. Les choses ne sont pas aussi simples, ni aussi évidentes qu'ils le pensent.

85:54

Speaker A

Au début, tout le monde est joyeux. Un ami d'enfance d'Élie, arrivé il y a sept ans comme étudiant, vient les accueillir.

86:03

Speaker A

Éli va dormir chez lui. Pour Joseph aussi, tout s'enchaîne bien. Oui, nous sommes à Marcadet actuellement.

86:18

Speaker A

Un vieux copain va l'héberger. Il y a tous les bouchons sur la route, mais il arrive.

86:26

Speaker A

Le seul à rester sur le carreau, c'est Émile. Aucune de ses connaissances à Paris ne veut l'accueillir.

86:42

Speaker A

J'ai beaucoup de personnes ici qui ont refusé de me recevoir. Eric, le copain d'Élie, tente de lui trouver une solution.

86:57

Speaker A

Au moins pour la nuit. Je suis en train d'appeler un cousin, chez qui Émile pourra dormir.

87:10

Speaker A

Émile peut souffler. Pour l'instant. Ce soir, il aura un toit. Mais demain ? Quand nous avons arrêté le tournage, Émile, Elie et Joseph, les trois Camerounais, n'étaient plus hébergés par personne.

87:34

Speaker A

Lukman et Faouad, de leur côté, se sont dirigés vers la seule adresse qu'ils connaissent un square parisien bien connu de leurs compatriotes.

87:43

Speaker A

Ici, il va y avoir plein d'Afghans. On va voir du monde qu'on connaît et même peut-être de notre famille.

87:54

Speaker A

Comme les Africains, eux aussi, ont vite déchanté. La vie de réfugiés à Paris est loin d'être celle qu'ils imaginaient.

88:02

Speaker A

Il n'y a pas de travail et personne pour les aider. Heureusement, leur nouveau copain leur livre le mode d'emploi pour survivre dans la jungle parisienne.

88:17

Speaker A

Si tu veux manger, tu dois faire le tour des mosquées, tu fais tes ablutions, tes trois prières, tu auras un bon repas.

88:26

Speaker A

Le matin, quand ce parc va ouvrir, tu fais quoi à ton avis ? Tu vas te chercher un tapis et des cartons.

88:32

Speaker A

Et tu vas les poser ici. Ton sac sera ton oreiller et tu dormiras juste pour ne pas penser.

88:39

Speaker A

On ne sait jamais où on va manger le lendemain. Notre situation est tellement mauvaise.

88:47

Speaker A

Ça fait deux ans que je suis ici et je n'ai pas encore envoyé un centime au pays.

88:54

Speaker A

On m'avait dit qu'à Paris, des hélicoptères aspergeaient du parfum sur la ville. Mais dès que je suis arrivé, j'ai compris que c'était pire que Djalalabad, ma ville natale en Afghanistan.

89:10

Speaker A

Je n'aurais jamais pensé que c'était comme ça. On m'avait dit qu'à mon arrivée, j'aurais tout, gare de l'Est.

89:21

Speaker A

Et puis là, je vois des gens beaucoup plus malheureux que moi. Alors, je fais quoi ? Je reste ou je rentre ?

89:32

Speaker A

La nuit, le square ferme ses portes. Lukman et Faouad partagent le sort des Afghans de Paris.

89:42

Speaker A

Quand je suis arrivé à Paris, je croyais que le gouvernement allait nous aider. Et ici, je vois mes frères afghans dormir dans la rue.

89:54

Speaker A

et mon rêve est totalement brisé. Quatre mois après son départ du Pakistan, Lukman erre dans Paris en enchaînant les centres d'hébergement et la rue.

90:08

Speaker A

Mais il apprend le français dans une association. Dégoûté, Faouad a préféré tenter sa chance en Allemagne.

90:19

Speaker A

Là-bas, il s'est fait interpeller. Il attend aujourd'hui, que la justice allemande décide de son sort.

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